Lettre à M»"^ des Ursins, 23 juillet
2. LeUro ù M. de Villette, 23 octobre 16C0. Et, plus tard, lettre ù l'abbé Gobelin, juin 1G70.
3. Lettre au duc de Noailles, datée de Fontainebleau, 22 octobre 1703.
MADAME DE MAIXTENON 11
lassitude, une envie de connaître autre chose, parce qu'en tout cela rien ne satisfait entièrement '.
Ici, la confidence se tourne en leçon morale; ailleurs, elle a l'accent d'une plainte continue, qui lasse à la longue. Autour d'elle princes et courtisans aussi s'ennuient, mais parce qu'ils sont blasés : « Ils ne sont ordinairement contents nulle part, et s'ennuient de tout à force de chercher du plaisir; ils n'en peuvent trouver; ils vont de palais en palais, à Meudon, à Marly, à Rambouillet, à Fontainebleau, dans le dessein de se divertir; ce sont des lieux admirables, mais eux s'y ennuient, parce que l'on s'accoutume à tout^. » C'est dès le début qu'elle hait la vie de cour. Alors même qu'elle n'était que gouvernante des enfants de M™'^ de Moiitespan, elle connaissait bien ce « pays », et elle en faisait de vives peintures à des amies comme jime (Je Sévigné. Quand elle voit de plus près la cour, ses petitesses et ses mensonges '•>, elle sent croître son mépris pour une existence si opposée à celle que toute sa vie elle a rêvée. Et ce n'est pas seulement sa sincérité, dont elle parle volontiers*, qui est choquée, c'est sa raison. Elle dont la « folie » est de vouloir faire entendre raison à tout le monde, elle succombe à la tristesse de n'entendre dire autour d'elle « rien de raisonnable... Le chapitre des pois dure toujours : l'impatience d'en manger, le plaisir d'en avoir mangé, et la joie d'espérer d'en manger encore, sont les trois points que j'entends traiter depuis quatre jours. » Elle qui déteste tout ce qui est inutile, il faut qu'elle subisse ce « véritable martyre » de passer son temps en inutilités. Elle qui aime la société, et n'aime qu'elle", elle n'en peut plus avoir dans cette foule indifférente et affairée. Elle se résigne parce qu'on lui dit sans cesse que Dieu la veut oîi elle est, mais c'est sans illusion qu'elle regarde et juge cette comédie triste où elle-même doit jouer son rôle. Où les autres ne voient qu'un palais enchanté, elle ne voit que le décor trompeur d'un théâtre où se jouent des pièces fort