Lettre à M™' de Brinon, i;2 féviier lOPO
3. Lettres à Gobelin, mars 1B74- et 2 juin 1682; ù M""° des (Jrsins. M janvier l"i2; à l'archevêque de Paris, 2.Î avril et 14 août 1606 ; au curé Languet de Gergy, 24 mars 1715.
4. Entretien avec M"" de Glapion, vers 1708. « Quand elle l'assiégeait de scrupules sur des divertissements qui faisaient partie nécessaire de l'éclat de sa cour, la plus brillante de l'univers, ne rêvait-elle pas pour lui une piété trop sévère,^ triste, peu digne enfin d'un grand roi ? » (Jacquinet.)
MADAME DE MAINTEXON 21
que je l'aime en vous et par vous, et qu'il m'aime de même. » Si elle fait le salut du roi (avec le sien), elle mourra « en repos ». Elle l'écrit cinq ans après à son archevêque, et elle se croit si obligée de mener cette œuvre abonne fin, qu'elle prend pour confidents uniques, même en se cachant du roi, cet archevêque, l'abbé Gobelin ou l'évêque des Marais. Schérer l'a très bien vu et très bien dit :
Elle voulait, comme elle s'exprime souvent, faire son salut, un terme consacré, qui, dans ce qu'il a précisément de terre à terre et de réaliste, rend bien le genre de piété dont il s'agit. Il ne faut attendre de notre sainte ni les émotions tendres ni les sentiments sublimes. Elle n'a que faire soit des austérités de Port-Royal, soit de la spiritualité de Fénelon. Faire son salut, c'est gagner le ciel; c'est porter au crédit de son compte le plus de mérites possible pour le jour du jugement; c'est pratiquer autant de renoncements et de bonnes œuvres, suivre autant d'offices et répéter autant de petites prières que le train de ce monde le permet. Faire son salut, c'est l'obéissance de l'esprit à l'autorité doctrinale, obéissance qui ne conte rien à une époque cil la critique n'est pas encore née, et c'est la soumission de la conduite au directeur auquel on a remis le soin de son âme. Faire son salut, c'est désirer faire aussi celui des autres, et prendre à cœur les intérêts de la société religieuse à laquelle on a le privilège d'appartenir. Faire son salut, en un mot, c'est mener une vie légèrement ascétique, et, selon ses moyens, servir la grande cause impersonnelle, celle de Dieu et de l'Église. Voilà quelle était la religion de M™^ de Maintenon. Cet idéal d'ordre, de règle, de bonnes mœurs et de bonnes œuvres allait à sa nature, à sa taille. Ajoutons que, volontiers prêcheuse et directrice, elle devait plus qu'une autre devenir convertisseuse. Les circonstances lui laissèrent entrevoir la possibilité de faire le salut du roi en même temps que le sien, et, qui sait"? le salut de la France avec celui du roi, et jiar la France celui de cette chrétienté si grièvement entamée par l'hérésie depuis unsiècle et demi. Lourde mission, et qui contrastait avec ses goûts de retraite, mais en même temps glorieuse mission, et digne d'une àme ambitieuse des nobles rôles.
Le succès ne fut pas immédiat, ou plutôt ce ne fut qu'un succès de forme, dont M™^ de Maintenon, il faut lui rendre cette justice, ne se contentait pas : de la piété on voulait bien prendre les pratiques extérieures, mais non pas l'esprit. Le roi ne manquait pas une « station )),mais s"humiliait-il? étaitil un vrai pénitent? Elle se le demandait avec angoisse '■. Lorsque enfin elle croit avoir réussi (au moins pour le roi, car, pour la cour, elle n'eut sans doute pas d'illusion), lorsque le roi est mortu comme un saint et comme un héros », elle est comme le bon ouvrier qui se repose, sa lâche accomplie. Point de plaintes, mais plutôt des actions de grâces : son état est «heureux » ; elle a quitté le monde qu'elle n'aime pas, pour « laplus
1. Lettres à l'archevêque de Paris, 31 janvier et 17 octobre 1098.
aimable retraite » qu'elle puisse désirera Dieu l'a relevée de ses fonctions. Sa mission providentielle achevée, elle va pouvoir se donner tout entière à sa destinée véritable : née institutrice, c'est institutrice qu'elle mourra.
Si l'on voit sous ce jour, comme elle se voit elle-même, cette auguste préposée au salut du roi et des Français, on est conduit à admettre que son domaine propre a été, non pas la politique, mais la religion, et, dans la religion, non pas ce qu'il y a de plus élevé, mais ce qu'il y a de plus pratique, le choix des évêques, les querelles ecclésiastiques. Saint-Simon, qui nous peint en elle l'intrigante universelle, est bien plus près de la vérité lorsqu'il l'appelle l'abbesse universelle-. Ce rôle de directrice du personnel ecclésiastique de France lui valut bien des déboires, mais l'occupa jusqu'à la passionner. « Ma destinée, écrit-elle à un prélat qui fut son ami après Fénelon, est de mourir par les évêques^. » Mais elle vivait jusqu'à nouvel ordre. A chaque pas des affaires du quiétisme, du jansénisme et de la bulle Unigenitus, on retrouve M'"" de Maintenon, toujours accablée et toujours active.
Mais la révocation de l'édit de Nantes a une autre portée, et Littré, pour ne citer que lui, dénonce la complicité morale de M™<= de Maintenon dans une des persécutions les plus cruelles dont l'histoire fasse mention^. Voltaire avait nié cette complicité, mais avec trop d'assurance.
Pourquoi dites- vous que M"'° de Maintenon eut beaucoup de part à la révocation de l'édit de Nantes? Elle toléra cette persécution, comme elle toléra celle du cardinal de Noailles, celle de Racine; mais certainement elle n'y eut aucune part; c'est un fait certain. Elle n'osait jamais contredire Louis XIV*.
Elle a certainement connu et approuvé la révocation de l'édit de Nantes. Mais de ce que cette révocation et le mariage secret ont été concomitants, il ne résulte pas que l'un soit la
1. Lettre à M"'» des Ursins, H septembre 1715. « N'est-il pas vrai qu'il y a comme «ne note de soulagement dans cette singulière lettre? On y sent la délivrance plus que la tristfsse. Le roi, par la bonne fin qu'il a faite, a donné à son amie le témoignage que les constants efforts et les innombrables dégoûts n'ont pas été vains ; L'Ile peut désormais s'enfermer k toujours dans son cher Saint-Cyr et y contenter ses deux inclinations maîtresses, la retraite et la pédagogie. » (ScHÉnER.)
2. 11 Elle se croyait l'abbesse universelle: c'était là son occupation favorite. De là une mer d'occupations, des lettres et des réponses à l'inQni, des directions d'âmes. »