Littérature et histoire, Didier
3. Lettre à Formey, 17 janvier 17o3. Dans un article du Journal de politique et de littérature (1777), il attribue, au contraire, à Mi^'de Maintenon une part dans la révocation.
MADAME DE MAINTENON 2î
conséquence de l'aulre. Esl-il possible d'ignorer que la solution de celte grande affaire, dont quelques-uns veulent mellre la direction entre les mains d'une femme, était depuis longtemps pressée par des intérêts à la fois politiques et religieux;, que, pour s'en tenir à ceux-ci, le clergé de France et les confesseurs du roi l'avaient préparée de longue main? M'""= de Maintenon ne fit rien pour en prévenir, et fit peu de chose pour en atténuer les funestes effets ^ H y a plus : quand ces effets se furent produits, elle persiste à croire qu'il serait dangereux de rappeler les protestants, et nous avons son opinion fort nettement exposée sur ce point dans un Mémoire de 1697. C'est par politique beaucoup plus que par pitié pour « ces gens-là », ennemis de nos anciens rois, que ce Mémoire propose certains adoucissements dans la persécution au moins extérieure, par exemple « éviter les spectacles qui donnent une idée de martyre, rien n'étant plus dangereux tant pour les nouveaux convertis que pour les anciens ».
Nous ne pardonnons pas aujourd'hui celle atliUule et ce langage à celle qui s'appelle elle-même la pelite-fille d'Agrippa et qui naquit huguenote. Nous ne comprenons pas qu'elle écrive gaiement : « On ne voit que moi dans les églises conduisant quelque huguenot-, » et qu'elle l'écrive à d'Aubigné, son triste frère, cet autre converti convertisseur, qui s'enrichit, sur les conseils de sa sœur, aux dépens des proscrits. D'Aubigné opère en Saintonge, d'où viennent des nouvelles "Surprenantes : la ville de Saintes s'est convertie « par délibéralion » ; Cognac, après une harangue éloquente de son gouverneur, qui est précisément d'Aubigné; tout cela est « miraculeux». M™'= de Maintenon n'ignore pas que l'état de ceux qui abjurent sans
1. « Reste la grosse question, celle de la révocation de l'édit de Xantcs. On ne saurait douter, selon moi. ni que .M"" de Maintenon ait été consultée, ni que la mesure ait reçu son assentiment. Je ne puis admettre un seul moment que le roi n'ait pas mis dans la confidence de ses résolutions la femme qu'il regardait comme sa directrice de conscience, et qu'il n'ait pas trouvé en elle approbation et encouragement. Elle a certainement été tenue au courant de tout et elle a suivi l'entreprise avec l'intérêt passionné de la dévotion. Le mémoire qu'elle rédigea en 1697, sur les tempéraments à apporter aux persécutions, suffirait au besoin à prouver sa jjarticipation à ce qui avait été fait. Mais ce mémoire prouve en même temps qu'elle considéra toujours la révocation comme une affaire beaucoup moins politique que religieuse. Ce sont les intérêts de l'Eglise qui lui paraissaient en jeu. et c'est à ce titre qu'elle s'en était occupée, -ajoutons qu'ici même, et quelque ardeur de prosélytisme qu'elle ait pu y apporter, il faut se garder de confondre l'acquiescement, la complicité, avec l'initiative. Telle que nous avons appris à connaître M"'« de Maintenon, j'ose le dire, la supposition qu'elle ait été l'instigateur, l'auteur premier et responsable de l'abrogation de l'édit de liiOS, manque de toute vraisemblance. » (ScuKriER.)