‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 3)Chapitre 103 sur 106 · JOAS · texte numérisé non relu

JOAS

Pour quelle mère !

Faisons donc la part de la mémoire, — de la mémoire intelligente, car il est diverses façons assurément de répéter et d'appliquer une leçon, — de l'éducation, toujours tournée vers le même but, et de l'inspiration divine qui, à vrai dire, dans cette tragédie, est au fond de la plupart des actes et des paroles, soit qu'elle assiste les uns, soit qu'elle égare les autres. De toute manière, Joas ne peut être réduit au rôle d'écho inintelligent : Uacine l'a fort bien montré dans sa préface, et c'est pour lui l'occasion d'une louange bien délicate adressée au

duc de Bourgogne, ù ce duc qui s'attendrissait sur les infortunes de Joas.

Je crois ne lui avoir rien fait dire qui soit au-dessus de la portée d'un enfant de cet âge qui a de l'cspril et de la mémoire. Mais, quand j'aurais été un peu au delà, il faut considérer que c'est ici un enfant tout extraordinaire, élevé dans le temple par un grand prêtre qui, le regardant comme l'unique espérance de sa nation, l'avait instruit de bonne heure dans tous les devoirs de la religion et de la royauté. Il n'en était pas de même des enfants des Juifs que de la i)lupart des nôtres; on leur apprenait les saintes lettres, non seulement dès qu'ils avaient atteint Tàge de la raison, mais, pour me servir de l'expression de saint Paul, dès la mamelle... Je puis dire ici que la France voit en la personne d'un prince de huit ans et demi, qui fait aujourd'hui ses plus chères délices, un exemple illustre de ce que peut dans un enfant un heureux naturel aidé d'une excellente éducation; et que si j'avais donné au petit Joas la même vivacité et le même discernement qui brillent dans les reparties de ce jeune prince, on m'aurait accusé avec raison d'avoir péché contre les règles de la vraisemblance.

Il répondait par là d'avance aux criliques dirigées non seulement contre l'entretien de Joas et d'Athalie, mais contre l'espèce d'interrogatoire que Joad, au quatrième acte, fait subir à Joas avant de le sacrer roi. C'est un véritable « examen », aux yeux de M. Taine, et Racine s'est souvenu de Téducation du dauphin. « Depuis Y Emile, cette scène paraît déplacée; on sait qu'un enfant ne comprend pas les formules, qu'il les récite. » M. Sarcey y insiste :

Joas est un très gentil enfant, d'un cœur excellent, de mœurs douces, dilangage aimable ; mais on retrouvera en toute occasion sur ses lèvres des formules de catéchisme dont on a farci son intelligence. Il ne lui manque, de ce qui constitue un homme et surtout un roi, qu'un seul point, qui est le vouloir personnel ; le ressort lui manque. Comment l'aurait-il? On l'a, chez lui, de parti pris, énervé, usé. On a toujours pensé, voulu, parlé pour lui. La réponse toute faite lui vient naturellement aux lèvres aussitôt qu'on l'interroge, une réponse au-dessus de son âge, cela va sans dire. Ne vous en étonnez pas : est-ce que les perroquets ne répètent pas des phrases au-dessus de leur intelligence? Joas n'est qu"un perroquet de sacristie, destiné plus tard à devenir un perroquet de cour*.

Il faut accorder que la scène où Joad interroge Joas sur les devoirs d'un roi a, dans la forme, quelque chose d'une leçon de catéchisme, car le maître sait trop d'avance ce que répondra l'élève. Aussi n'est-ce pas, à proprement parler, d'un « examen » qu'il s'agit (Joas pourrait-il ne pas être reçu ?), mais d'une sorte de formalité solennelle qui précédait souvent le couronnement des princes (voyez les questions adressées par

Page 1