C. de Litt. — RACINE {les Plaideurs
d'Isabelle, à demi prisonnière; mais on n'aime pas à le voir tant préoccupé du bien d'Isabelle, que Chicanneau consume en procès.
On ne voit point sa fille, et la pauvre Isabelle, Invisible et dolente, est en prison chez elle. p;ile voit dissiiier sa jeunesse en ref,'rets. Mon amour en fumée, et son bien en procès. Il la ruinera si l'on le laisse faire.
Racine a compris que la question d'argent, mêlée à la question de sentiment, la gâterait, et il a pris soin de nous peindre Léandre désintéi'essé. C'est dans celte pensée qu'il a notablement abrégé, au début du troisième acte, les conseils que Léandre donne à Cliicanneau, déjà ruiné aux trois quarts : les vers où il était question de l'avenir de la fille ont disparu. C'est dans ce but également qu'il prête à Léandre, au dénouement, les sentiments les plus généreux.
CHICANNEAr.
On a la fille, soit; on n'aura pas la bourse.
LKANDRE.
Hé, Monsieur, qui vous dit qu'on vous demande rien ? Laissez-nous votre fille, et gardez votre bien.
11 semble pourtant que Léandre eût bien fait de prendre sur ce point l'avis de son père, aux dépens de qui il est généreux. Mais il est entendu que l'amour excuse tout, et Léandre n"esl qu'un amoureux. Du moins il n'a pas fait un mauvais choix : Isabelle est sage, et la rime veut qu'elle soit belle : c'est l'Intimé qui lui rend ce témoignage. Elle est fine aussi, et il faut bien qu'elle le soit, pour se défendre contre les caprices oppressifs ou ruineux de son père. Mais sa finesse a de la candeur à la fois et de la malice. Il y a une sorte de douceur triste dans sa première réponse à l'Intimé travesti en sergent.
Monsieur, vous me prenez pour une autre, sans doute 1 Sans avoir de procès, je sais ce qu'il en coûte; Et, si l'on n'aimait pas à plaider plus que moi. Vos pareils pourraient bien cherctier un autre emploi. Adieu.
Lorsque l'Intimé, au lieu d'un exploit, lui présente un billet, il y a une dignité et une fermeté simple dans son refus de l'accepter : livrée à elle-même par la folie d'un père très peu paternel, elle a appris à se garder. Mais il y a aussi une grâce
mutine, une juvénile impatience dans ses instances pour avoir le billet lorsqu'elle sait de qui il lui vient.
ISABELLE
Ah! l'Intimé! pardonne à mes sens étonnés : Donne.
l'intimé.
Vous me deviez fermer la porte au nez.
ISABELLE
Et qui t'aurait connu déguisé de la sorte? Mais donne.
l'intimé.
Aux gens de bien ouvre-t-on votre porte ?
ISABELLE
Hé! donne donc, ^
l'intimé.
La peste!
ISABELLE
Oh ! ne donnez donc pas :
Avec votre billet retournez sur vos pas.
On aime à voir qu'avec une raison précoce elle est restée jeune, vive, et qu'elle a du cœur comme elle a de la tête. Son ingénuité n'est pas celle d'une Agnès; sa décision n'est pas aussi hardie que celle d'une autre Isabelle, héroïne de YÉcole des maris. Mais, comme cette autre Isabelle, elle est contrainte de dissimuler ses sentiments, de recourir aux mots à double entente, qui trompent Chicanneau et sont compris de Léandre ; du moins elle le fait avec une discrétion qui la rend plus charmante encore. Son excuse est dans la tristesse de sa vie cloîtrée. Rapprochés par la manie de leurs parents, dont ils sont également victimes, Léandre et Isabelle se sont vite entendus. Léandre ne déploie pas pour la conquérir plus d'ingéniosité qu'elle pour rejoindre Léandre. Sa présence d'esprit la tire d'un mauvais pas; sa petite diplomatie hâte le succès de la partie dont elle est l'enjeu. Au dénouement, la rusée feint d'être indifférente au résultat qu'elle a tout fait pour obtenir, •et, interpellée par son père, répond hypocritement, en vraie fille de plaideur : a Je n'ose pas, mon père, en appeler. » Sa grâce émerveille son futur beau-père, qui n'a guère été approché jusque-là que par des Babonnettes ou des Pimbesches ; sa sensibilité l'étonné un peu : quelles distractions lui faudrait-il
donc, si elle est insensible même au plaisir de voir tortuiei un accusé dans les règles?
Celte parodie continuelle avait bftsoin de ce sourire : elle eût semblé un peu monotone sans Isabelle. Mais l'amour d'Isabelle et de Léandre n'est, en somme, qu'un épisode, unpetil coin paisible dans ce vaste tableau de ridicules grimaçant.-. C'est peu de chose, et pourtant la comédie entière tient en c peu de chose. Klle n'existerait pas, cette comédie, si Perrin Dandin n'avait un fils, et Chicanneau une fille. De temps ;i autre donc — oh! bien rarement! — au dénouement surtout, on se souvient qu'ils sont pères.
Racine avait-ii le génie eoniiqiie! — Corneille, Racine et .llolît-re.
Si l'on s'en souvenait plus souvfnt, peut-être la comédie serait-elle moins superficielle. Si Perrin Dandin tyrannisait son fils, si Chicanneau. ruinait complètement et désespérait sa fille;. si l'Intimé, faussaire à ses moments perdus, mais, après tout, serviteur dévoué de Léandre, était un de ces intrigants sans aveii qui trompent le fils en volant le père ; si les deux familles étaient exploitées, divisées, désolées, on n'aurait plus qu'une parodie amusante et qu'une satire littéraire. Visiblement lîacine a évité d'aller au fond des' choses, et s'est plu à faire jaillir le comique des incidents inattendus, des travestissements, des souvenirs malins, des parodies voisines du burlesque. C'est un comique de situations, d'attitudes, de mots, plus que de caractères. Lorsque Racine peint de vrais caractères, il n'a nul besoin défaire appel à ces ressources extérieures. Voici quel est, dans sa simplicité, le décor à'Andromaque : « Le théâtre est un palais ù colonnes, et, dans le fond, une mer avec des vaisseaux. .> Au contraire, le décor et les accessoires des Plaideurs sont ceux dune farce italienne.
Il faut deux maisons, un soupirail; deux maisons à côté du théâtre. H faut une trappe, une échelle, un flambeau, des jetons, une batte, le col et les pattes d'un chapon, un fauteuil, des robes, des petits chiens dans un panier, une écritoire, du papier.
Molière, dil^on, eût tiré d'un tel sujet un tout autre parti,
car la manie de juger et de plaider n'est pas tout entière dans les grimaces; elle affecte aussi l'âme plus ou moins profondément; et qui voitl'càme de Chicanneau? Il faut avouer qu'en effet la comédie de Racine est trop contemporaine et particulière, pas assez générale et humaine. On a souvent regretté que Racine n'eût écrit que cette comédie, et que la scène française eût perdu ainsi un émule de Molière. Geoffroy dit : « On voit dans les Plaideurs, pièce abondante en proverbes qui sont restés, que Molière aurait eu un égal, du moins pour le sel de la plaisanterie et pour le vers comique, si Racine n'eût mieux aimé balancer Corneille. » La restriction est judicieuse; pourtant, le rire même et le vers de Molière, sans parler de ses caractères, ont quelque chose de plus large et de plus plein, de plus étoffé, comme dirait Sainte-Beuve. C'est qu'à l'inverse de Racine, il est plus moraliste que satirique. Racine, on le sent en lisant sa préface, se fait de la comédie une idée au moins incomplète : il y voit trop un divertissement passager, et il réserve pour la tragédie les profondes analyses de l'àme. Doué du génie satirique plus que du génie comique, il eût pu nous laisser, sans doute, quelques excellents tableaux de mœurs, dignes d'être comparés aux comédies secondaires de Molière. Xe vaut-il pas mieux qu'il nous ait laissé des tragédies où il est sans rival ? Au reste, le sujet n'est point de ceux qu,i auraient tenté Molière. Il ne l'a envisagé, du moins, comme Racine, que par les petits côtés. Scapin ne fait peur à Argante que des formes de la justice.
Eh! Monsieur, de quoi parlez-vous là, et à quoi vous résolvez-vous? Jetez les yeux sur les détoursde la justice. Voyez combien d'appels et de degrés de juridiction, combien de procédures embarrassantes; combien d'animaux ravissants par les griffes desquels il vous faudra passer : sergents, procureurs, avocats, greffiers, substituts, rapporteurs, juges et leurs clercs. Pour plaider il vous faudra de l'argent; il vous en faudra pour l'exploit, il vous en faudra pour le contrôle, il vous en faudra pour la procuration, pour la présentation, les conseils, productions et journées du procureur; il vous en faudra pour les consultations et plaidoiries d'avocats, pour le droit de retirer le sac et pour les grosses écritures, sans parler des présents qu'il vous faudra faire.
Bien peu d'écrivains de ce temps ont été plus loin que Racine et Molière. Aucun des traits épars dans les fables de la Fontaine et dirigés contre les abus de la justice n'est bien cruel : un autre Perrin Dandin est pourtant le liéros de l'Huître et les Plaideurs. Dans la satire X de Boileau, dans le Lutrin, même dans VArt poétique, les épigrammes contre les plaideurs et les plaideuses, contre les procès interminables et futiles, contre
les pointes dont les avocats hérissent leur style, ne pénètrent guère plus avant. Vers la fin du siècle, pourtant, la satire se fait plus âpre. Dans les chapitres De la ville, De l'homme, De quelques usages, la Bruyère caractérise avec une singulière énergie les mœurs des gens de robe; oppose à ces habitants d'une étude enfumée le laboureur qui jouit du ciel; trace les portraits du plaideur Antagoras et de la plaideuse Orante (qui plaide depuis dix ans, et dans cinq ans saura peut-être quels sont ses juges); regrette, d'ailleurs, qu'on ait pris l'habitude de ramener sans cesse les avocats au fait et aux preuves loutes sèches, nous apprenant ainsi qu'à l'excès des divagations ampoulées a succédé l'excès de la sécheresse; enfin parle un langage qui eût surpris peut-être et effrayé Hacine.
Le devoir des juges est de rendre la justice, leur métier de la différer. Quelques-uns savent leur devoir, et font leur métier... Celui qui sollicite son juge ne lui fait pas honneur; car ou il se délie de ses lumières et même de sa probité, ou il cherche à le prévenir, ou il lui demande une injustice... Il n'y a aucun métier qui n'ait son apprentissage... Oii est l'école du magistrat? L'essai et l'apiirentissage d'un jeune adfilescent qui passe de la férule à la pourjjre, et dont la consignation a fait un juge, est de décider souverainement des vies et des fortunes des hommes... La question est une invention merveilleuse et tout à fait sûre pour perdre un innocent qui a la complexion faible, et sauver un coupalile qui est né robuste... Une condition lamentable est celle d'un homme innocent à qui la précipitation et la procédure ont trouvé un crime ; celle même de son juge peut-elle l'être davantage?
Mais, au théâtre, oi"! trouve-t-on de pareilles hardiesses? Lesage dit, dans Crlspin rival de son maître : « La justice est une si belle chose qu'on ne saurait trop cher l'acheter ! » Ce n'est qu'un mot '. Voltaire lui-même, en tant qu'auteur dramatique, s'est borné, dans son Enfant prodigue, à donner à la comtesse de Pimbesclie une sœur moins plaisante, en la personne de la comtesse
1. Parmi l's pièces du xvd" et du xviii" siècle où l'on pourrait trouver quelques traits de ressemblance avec les Plaideurs, citons : le Procès do la femme juf/e, un acte en vers (1069), et Trigattdin, cinq actes en vers (1074), de Montllein y ; l'Avocat savetier, un acte, de Scipion (1G70); le Chevalier a la mode, de Dancourt (16S7, caractère de la Baronne', et son théâtre, passim; YAvocat sons sac, un acte en prose, anonyme (1096): le théâtre de Regnard çà et là, particulièrement le Léf/ataire universel (1708) (III, viu); ]es'Plaidenrs, trois actes, d'Ecriteaux, foire Saint-Germain (1712) (mais il s'agit d'un procès entre les acteurs forains et les comédiens du roi); la Réconciliation normande, cinq actes en vers, de Dufresny (1719); le Procureur arbitre, un acte de Poisson (17:28); la Basoche du Parnasse, ou couplets en procès, opéra-comique de Lesage à la foire Saint-Laurent (1738); l' Docteur avocat pour et contre, comédie italienne en trois actes, par Veronèze(175.j ; l'Huitre et les Plaideurs, ou le Tribunal de la Chicane, opéra-comique en un acte, de Sedaine, musique de Philidor, à la foire Saint-Laurent; le Procès ou les Plaideuses, comédie en trois actes, mêlée d'ariettes, par Favart, musique de Duni, au^ Italiens ; l'Avocat consultant, ou un bon avei'ti en vaut deux, proverbe de Carmontel (1703); Rosimond, le savetier avocat, de Taconet (1768), etc.
de Croupillac; mais, dans ÏHomme aux quarante écus, il attaquait la procédure criminelle, et, d'autre part, il se faisait l'infatigable défenseur des Calas, des Sirven, des la Barre. De même, toutes vives qu'elles sont, les éprigrammes du Mariage de Figaro sont peu de chose à côté de ces sanglants Mémoires où Beaumarchais porta un coup mortel à l'institution de la justice sous l'ancien régime.
Si donc les uns ont évité ce sujet, si les autres n'ont fait que l'effleurer, c'est qu'il était de ceux qu'on ne pouvait traiter à fond. Faut-il blâmer Racine de l'avoir choisi? Mais il est. Dieu merci, des formes diverses de la comédie : si celle où la nature humaine est approfondie est considérée à bon droit comme la plus haute, celle où se joue la libre fantaisie n'est pas à dédaigner. Devrons-nous condamner toutes- les comédies de Corneille parce qu'aucune, même le Menteur, n'égale celles de Molière ? Chose curieuse! nos deux grands tragiques du xvu'= siècle se sont essayés dans la comédie, et y ont fait preuve, comme dans la tragédie, de qualités très diverses. Lequel est le plus comique, c'est-à-dire le plus oublieux du ton tragique dans la comédie? Le doute n'est pas possible : c'est Racine. Corneille pourtant s'est longtemps trompé sur sa vocation véritable, et de nombreuses comédies ou tragi-comédies ont préludé, dans 'son théâtre, au triomphe tardif du Ciel. On a vu combien peu franchement comiques étaient ces comédies, qui empruntaient souvent les situations et le ton de la tragédie. Dans le Menteur, venu plus tard, après les premiers chefs-d'œuvre tragiques, la scène capitale, celle des reproches de Géronte à Dorante, s'élève au-dessus de la comédie pure. Le Menteur est pourtant une comédie de mœurs plus profonde que les Plaideurs, mais aussi c'est une comédie moins gaie. L'esprit, dans le dialogue cornélien, est aussi fin, mais d'une finesse moins mordante ; c'est la conversation des honnêtes gens, animée avec discrétion; le comique plus outré de Racine annonce déjà celui de Regnard. En un mot, le comique de Corneille est un comique tempéré ; celui de Racine est un comique de satire et de parodie plus que de comédie vraie. Quand nous lisons les comédies de Corneille, nous nous souvenons trop qu'il est tragique avant tout ; quand nous lisons la comédie de Racine, nous nous étonnons que Perrin Dandin soit venu prendre sa place dans cette galerie de portraits touchants ou terribles qui est le théâtre de Racine, entre la triste Andromaque et le monstrueux Néron.
ii COURS DE LITTERATURE
Ne faisons pas de Corneille et de Racine les égaux de Molière; mais aussi ne les accablons pas sous celte comparaison trop facile, el reconnaissons que quelque chose manquerait à la comédie du xvii'' siècle si nous n'avions ni le Menlcitr ni les Plaideurs.
BIBLIOGRAPHIE
TEXTES
Éditions Bernardin (Delagrave), Comte (Quantin), Favre (Garnier), Gasté (Belin), Mesnard et Lavigne (Hachette), Riuu Delalaiu^.
LIVRES
Deltour. — Les Ennemis de Racine; Hachette, in-16; p. 166 à 201. Deschanel. — Racine; Calmann-Lévy, 1884, in-16 ; t. I", p. 139 à 16S.
— Études sur Aristophane; Hachette, in-12, 1867.
Geoffroy. — Cours de littérature dramatique ; Blanchard, 182o, in-S" ;
La Harpe. — Lycée, 2^ partie, 1. 1er, ch. m. Le Breton. — Le Roman au dix-septiéme siècle; Hachette, in-16, 1890;
ch. IV et vr, sur les romans de Charles Sorel et de Fure-
tière.
Merlet. — Études sur les classiques français ; Hachette, in-12, 1882;
Mesnard. — Notice de la Collection des Grands Écrivains ; Hachette,
iu-8«, 1865; H, p. 127 à 140.
Racine (Louis). — Mémoires sur la vie de Jean Racine. Cf- le t. I'^'"
de l'édit. Mesnard, Hachette, iu-8o, p. 238-239.
— Remarques sur les traqédies de Jean Racine; Amsterdam, Rey, 1732;
Paris, Desaint ; t. !<"•, p. 208 et suiv. : comparaison des Plaideurs et de la comédie d'Aristophane. Sainte-Beuve. — Portraits litté7-aires ; iu-iè, Garnier, t. I'^'', p. 109, 110.
— Port-Royal; Hachette, t. I", p. 373 ; t. VI, p. 129.
— Causeries du lundi; Garnier, iu-12; VllI, 289.
JUGEMENTS
Racine sait, sans s'écarlcr du principal objet, diversifier tous les traits. Le ridicule d'un juge qui croit qu'on ne peut vivre sans juger, est différent du ridicule d'un plaideur qui croit qu'on ne peut vivre sans plaider, et du ridicule d'un avocot qui croit que cliercher de grandes phrases dans les plus petites causes, c'est bien parler. Tous ces traits différents rassemblTs dans celte comédie foiment le plus grand tableau de ce ridicule que la fureur des procès jette dans plusieurs personnes, et toute comédie qui sera une imitation fidèle d'un ridicule pris chez les hommes, les fera rire. Molière, qui se connaissait en lidèle imitations des ridicules, se déclara contre le publii' pour cette pièce, en disant tout haut, quand il la vit représenter, que ceux qui s'en moquaient méritaient qu'on se moquât d'eux. Louis Racine.
Racine a fait les Plaideurs; et, dans cette admirable farce, il a tellement atteint du premier coup le vrai style de la comédie, qu'on peut s'étonner qu'il s'en soit tenu à cet essai.
Saixte-Beuve, Portraits littéraires, l; Garnier.
Racine réduit la vigoureuse satire sociale d'Aristophane aux proportions d'une jolie satire littéraire, en substituant la manie d'un seul homme à la manie de tout un peuple, ou plutôt une caricature de fantaisie à la critique d'une institution publique. Philocléon est devenu Perrin Dandiu; Bdélycléon est devenu Léandre. Dans un sujet et dans un cadre entièrement différents, le poète moderne a pu introduire la ligure nouvelle et originale de Chicanneau ; idée heureuse de mettre en face d'un vieux juge endiablé un plaideur endiablé aussi; et, à son tour, le person-
nage de Chicanneau a amené, comme pendant, celui de la comtesse de Pimbesche. Par là le sujet se retourne : ce ne sont plus lesjvges, ce sont les plaideurs.
Deschanel, Études sur Aristophane ; Hachette.
La pièce des Plaideurs est plus comique que paie, plus satire que comédie, mais toute jaillissante de mots qui peignent, de traits qui percent : c'est une épigramme ou une parodie continuelle, dont le style donne, plus que chez Molière, le modèle du vers propre à la comédie, vif, souple, familier, un peu excentrique, celui que Regnard maniera plus tard avec une ds.xlérité si plaisante.
Faguet, les Grands Maîtres du dix-septième siècle; Lecène.