‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 3)Chapitre 3 sur 106 · L.es discours académiques de Racine · texte numérisé non relu

L.es discours académiques de Racine

Reçu académicien à trente-quatre ans (12 janvier 1G73), Racine prononça son remerciement à voix basse, et le gâta, dit d'Olivet, par une timidité excessive. Aussi ne le publia-t-il pas. Il venait poui^tant d'écrire Mithridate; mais qu'on songe que la crainte d'avoir à prononcer ce remerciement public suffit à tenir la Rochefoucauld éloigné de l'Académie.

Une double occasion de prendre sa revanche s'offrit à Racine. Directeur de l'Académie, il eut à y recevoir en 1678 l'abbé Colbert, et en 1685 Thomas Corneille. Mais ces deux discours sont bien différents : le premier est un modèle de la fausse éloquence académique ; le second est un chef-d'œuvre. C'est que, dans la première occasion, il s'agissait de louer un académicien de vingt-quatre ans, dont le principal sinon l'unique titre était d'être le fils de Colbert. On comprend que Racine se rejette sur

l'éloge du père, dont le nom, dil-il, est sacré pour les gens de lel.tres. Mais rien ne le forçait à parler de Vhonnnir que l'abbé Colbert faisait à l'Académie, ni à le déclarer un académicien nécessaire, ni à profaner pour ce récipiendaire privilégié le mot d'admiration. Peut-être même n'est-il pas très adroit de s'écrier : <c Oui, Monsieur, elle vous a choisi, car nous voulons bien qu'on le sache, ce n'est point la brigue, ce ne sont point les sollicitalions qui ouvrent les portes de l'Académie : elle va d'elle-mêmeau-devant du mérite; elle lui épargne l'embarras de venir s'of-. frir. »

Combien plus digne est le discours prononcé à la réception de Thomas Corneille! Mais aussi combien le sujet offrait plus deressources! Le prédécesseur de Corneille le jeune dans ce fauteuil académique, c'était le grand Pierre Corneille. Son ancien rival, qui, pendant sa vie, ne l'avait pas toujours épargné, lui rend, après sa mort, le témoignage le plus éclatant et le plussincère. 11 rappelle l'état où se trouvait la scène française quand Corneille commença à travailler : partout l'irrégularité, le désordre, nul goûl, nulle vraisemblance; les règles de l'art et les règles de l'honnêteté également méconnues.

Dans celte enfance, ou, pour mieux dire, dans ce chaos du poème dramatique. Corneille lit voir sur la scène la raison, mais la raison accomi)agnée de toute la pompe, de tous les ornements dont notre langue est capable. La scène retentit encore des applaudissements qu'excitèrent à leur naissance le Cid, Iliirace, Cinna, Pompée \ tuus ces chefs-d'œuvre représentés depuis sur tant de théâtres, traduits en tant de langues, et qui vivront à jamais dans la mémoire des hommes.

Jamais on n'a mieux senti ni mieux loué chez Corneille « ce qui lui est particulier, une certaine force, une certaine élévation, qui surprend, qui enlève ». Piacine va jusqu'à le comparer à ses chers tragiques grecs; il associe sa gloire à celle de Louis XIV, dont il fait un long éloge, et se place modestement au second rang : « La France se souviendra avec plaisir que sous le règne du plus grand de ses rois a tleuri le plus célèbre de ses poètes. » Il se croit obligé de louer jusqu'à ses vertus privées, jusqu'à son assiduité aux séances de l'Académie. On ne regrette qu'une chose : c'est que ce panégyrique, aussi complet qu'éloquent, soit venu si tard, et Ton se souvient, malgré soi, des vers de Pompée :

O soupirs ! ô respects! oh ! qu'il est doux de plaindre Le sort d'un ennemi, quand il n'est plus à craindre !

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