‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 3)Chapitre 34 sur 106 · Traduction Burnouf ; Hachette · texte numérisé non relu

Traduction Burnouf ; Hachette

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elle coûte la vie à la mère de Néron. Mais ces lâches concessions ne désarment point le tyran, et Burrhus meurt probablement empoisonné. On le regrette, à cause de ses vertus, dont on n'a pas perdu le souvenir: jjcr memoriam vhiitlis; mais c'e^-t une honnôtclé relative, qui ne peut faire oublier ses faiblesses. Racine les a voilées, ou, du moins, adoucies. Clicz lui, f^urrlius n'a pas toute la fermeté ni surtout toute la clairvo3ance désirables ; mais c"est un homme de bien, un peu naïf et crédule, homme de cœur pourtant, à l'occasion, et capable d'ébranbi Néron lui-même par la chaleureuse honnêteté d'une parob convaincue.

On voit à quel point est dramatique le résultat de cette double transformation : le Narcisse et le Burrhus de Tacite n'auraient pas formé entre eux une opposition assez frappante; au contraire, l'antilhèse est parfaite entre le Narcisse et le Burrhude Racine, entre le fourbe et l'honnête homme, entre la perfection dans la scélératesse et la naïveté dans la vertu. Mais h' fond même des caractères n'est pas altéré : Narcisse, jusqu'en sa scélératesse, reste un politique cauteleux; Burrhus, avec toute sa probité, n'est qu'un honnête homme de cour, qui gémit des folies de son élève en y applaudissant, mœrens ac laudans.

Agi'ippinc et \cpon chez Tacite et chez Racine.

C'est chez Tacite aussi qu'il faut étudier les caractères de premier plan, ceux d'Agrippine et de Néron. D'autres historiens, comme Suétone et Dion Cassius, pourraient être consultés, mais nous apporteraient seulement quelques données complémentaires. Ainsi, Suétone nous esquisse le portrait de ce Doniitius Ahenobail)US qui fut le père de Néron, et nous comprenons mieux parla que Néron a reçu de lui en héritage

Des fiers Domitius l'humeur triste et sauvage.

Jeune, ce Domitius tue son affranchi parce qu'il a refusé de boire autant qu'il l'ordonnait; écrase exprès un enfant sur la voie Appienne; arrache un œil à un chevalier romain qui lui adressait des reproches un peu vifs; mérite en un mot qu'on juge sa vie abominable en tout point, omniparte vitx detestabilem. Mais Suétone, historien bien informé en général, est trop sou-

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vent sec et indifférent à ce qu'il raconte. L'Agrippine qu'il nous peint, qui à douze ans épouse Doniilius, celle qui se débarrasse par le poison de son second mari, l'orateur Crispus Passienus, pour remplacer près de Claude Messaline égorgée, et qui se débarrasse enfin de Claude lui-même, parce que Claude se laisse aller à dire « que sa destinée était de supporter les désordres de ses femmes et de les punir ensuite », n"a point la grandeur tragique de l'Agrippine qui revit si fortement et déjà si dramatiquement devant nos yeux, quand nous lisons Tacite. Aussi l'st-ce de l'autorité de Tacite que Racine se couvre dans sa préface.

A la vérité, j'avais travaillé sur des modèles qui m'avaient extrêmement soutenu dans la peinture que je voulais faire de la cour d'A£rrippine et de Néron. J'avais copié mes personnages d'après le plus grand peintre de l'anliquité, je veux dire d'après Tacite, et j'étais alors si rempli de la lecture de cet excellent historien, qu'il n'y a presque pas un trait éclatant dans ma trau'édie dont il ne m'ait donné l'idée. J'avais voulu mettre dans ce recueil un extrait des plus beaux endroits que j'ai tâché d'imiter; mais j'ai trouvé que cet extrait tiendrait presque autant de place que la tragédie. Ainsi le lecteur trouvera bon que je le renvoie à cet auteur, qui aussi bien est entre les mains de tout le monde, et je me contenterai de rapporter ici quelques-uns de ses passages sur chacun des personnages que j'introduis sur la scène.

Pour commencer par Néron, il faut se souvenir qu'il est ici dans les premières années de son règne, qui ont été heureuses, comme l'on sait. Ainsi il ne m'a pas été permis de le représenter aussi méchant qu'il l'a été depuis. Je ne le représente pas non plus comme un homme vertueux, car il ne l'a jamais été. Il n'a pas encore tué sa mère, sa femme, ses gouverneurs ; mais il a en lui les semences de tous ces crimes : il commence à vouloir secouer le joug; il les hait les uns et les autres ; il leur cache sa haine sous de fausses caresses, faclus natura... relare odium fuli.icihua blandili s. E;n un mot, c'est ici un monstre naissant, mais qui n'ose encore se déclarer, et qui cherche des couleurs à ses méchantes actions : Hactennu Nero flagitiis et sceleribus relamenta qusesirit. Il ne pouvait souffrir Octavie, princesse d'une bonté et d'une vertu exemplaires, fado quodam, an quia prœratent illicita...; metuebaturque ne in .ttupra feminartun itlustrium prorumperel...

Toute leur peine (à Burrhus et à Sénèque) était de résister à l'orgueil et h. la férocité d'Agrippine,^»^?, cunctis malœ dominalionis cupidinibits flagrans, hahebat in parlibus Pallantem. Je ne dis que ce mol d'Agrippine, car il y aurait trop de choses à en dire. C'est elle que je me suis surtout efforcé de bien exprimer, et ma tragédie n'est pas moins la disgrâce d'Agrippine que la mort de Britannicus. Cette mort fut un coup de foudre pour elle; et il parut, dit Tacite, par sa frayeur et par sa consternation, qu'elle était aussi innocente de cette mort qu'Octavie. Agrippine perdait en lui sa dernière espérance, et ce crime lui en faisait craindre un plus grand : Sibi supremiim auxitium ereptum et parricidii exemplum inleUigebat.

On voit que, dans la pensée de Racine, Agrippine est tout à fait au premier plan. L'altiére Agrippine de l'bistoire et de la tragédie ne saurait se contenter du second rang. Elle tient à la famille d'Auguste par Julie, sa grand'mère, que ne gênèrent

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jamais les sfTiipiilfs, et qui épousa un parvenu énerfrique, Af,'rippa. C'est celle illuslre orif^ine que J'allas (ait valoir en sa faveur auprès de Claude, son oncle el son mari futur : jeune encore, observe Pallas, el d'une fécondité éprouvée, elle pourrait porter dans une autre famille l'éclat du nom des Césars. Dans lirUanniciis, elle fait sonner bien haut cette ori^dne, et aussi la gloire de son père Germanicus; elle ne parle point disa mère, la première A^rrippine, {)lus vertueuse, mais non moins impérieuse qu'elle. Tacile dit que, chez l'épouse de Ccrmanicus, la chasteté el la tendresse conjugale faisaient tourner au profit de la vertu la hauteur même du caractère. Ce n'était ni la pudeur ni la tendresse conjugale qui pouvait tempérer l'orgueil tyrannique de la seconde Agrippine. Aussi fut-ell'la vraie maîtresse de l'empire, dès quelle se fut imposée à Claude.

Tout ob('issait k une femme, mais cette femme n'était plus Messaline, faisant (le la chose publique le jouet de ses caprices : on crut sentir la main d'un homme qui ramenait ii soi les rênes de l'autorité. Agrippine portait au dehors un visage sévère et plus souvent hautain... Une soif insatiable de l'or se couvrait du i)rélexte de ménager des ressources au pouvoir.

Si Sénèque est rappelé de l'exil, c'est qu'Agrippine le croit tout dévoué là ses intérêts; si Burrhusest placé près de Néron, c'est qu'il est une créature d'Agrippine. Soutenu par elle, son fils, le fils de Domitius, monte par degrés successifs jusqu'au trône, gendre d'abord, puis fils adoptif de Claude, puis empereur, après la mort criminellement hâtée et savamment cachée au peuple de l'empereur régnant, ou plutôt du fantôme d'empereur qui achevait de mourir. Son autorité semble affermie désormais, et pourtant jamais elle n'a été moins solide, car son fils, à son école, a appris la dissimulation et la violence. Celte mère ambitieuse, qui a tout sacrifié à son ambition, a d'abord la réalité enivrante, mais n'a plus bientôt que les trompeuses apparences du pouvoir. D'abord elle assiste derrière un voile aux séances du sénat; bientôt elle lasse par sa hauteur et sa sévérité toujours menaçante un fils jeune, avide de plaisirs, et impatient d'une tutelle qui se fait trop sentir. L'amour de Néron pour Acte est le premier écueil de sa fortune : elle se plaint aigrement qu'on lui donne une affranchie pour rivale dans le cœur de son fils; elle s'emporte, menace ; puis, passant d'un extrême à l'autre, elle descend aux complaisances

les plus équivoques. Incapable de se contenir, elle éclate en menaces quand on exile Pallas, à qui elle doit l'empire.

Agrippine, forcenée de colère, sème autour d'elle l'épouvante et la menace ; sans épargner les oreilles du prince, elle s'écriait : que Britannicus n'était plus un enfant, que c'était le véritable fils de Claude, le digne héritier de ce trône, qu'un intrus et un adopté n'occupait que pour outrager sa mère. Il ne tiendrait pas à elle que tous les malheurs d'une maison infortunée ne fussent mis au jour, à commencer par l'inceste et le poison. Grâce aux dieux et à sa prévoyance, son beau-fils au moins vivait encore : elle irait avec lui dans le camp; on entendrait d'un côté la fille de Germanicus et de l'autre l'estropié Burrhus et l'exilé Sénèque, venant l'un avec son bras mutilé, l'autre avec sa voix de rhéteur, solliciter l'empire de l'univers. Elle accompagne ces discours de gestes violents, accumule les invectives, en appelle à la divinité de Claude, aux mânes de Silanus, à tant de forfaits inutilement commis i.

Ce qui caractérise chez Tacite celte femme, si habile et persévérante jusque-là, c'est la maladresse dans la violence. Il lui a fallu des prodiges d'intelligence et de souplesse pour parvenir au pouvoir; mais elle n'a pas su s'y maintenir, paixe qu'il lui manquait la qualité politique par excellence, la possession de soi-même. Son imprudente forfanterie hâte sa propre perle avec la perte de Britannicus. Racine l'a écartée du festin où le malheureux fils de Claude boit la coupe empoisonnée; mais Tacite l'y avait fait asseoir, et nous avait peint, avec le trouble de son visage, l'effroi secret de son âme. Tandis que les moins prudents s'enfuient; que ceux dont la vue pénètre plus avant demeurent immobiles, les yeux attachés surNéron; que Néron lui-même, impassible, affecte de croire à une attaque d'épilepsie, Agrippine s'efforce en vain de composer son visage, et laisse éclater sa frayeur si visiblement qu'on sentit bien qu'elle était étrangère à ce crime ; « et en effet, elle voyait dans cette mort la chute de son dernier appui et l'exemple du parricide. » A partir de ce moment, son influence décline de plus en plus, et elle en précipite le déclin par ses colères et ses intrigues. Néron lui enlève sa garde. Dès que Néron s'est ouvertement prononcé contre elle, sa maison est déserte. Elle voit son fils pourtant, elle se justifie, et, « avec cette crédulité de la joie, si naturelle aux femmes», elle croit avoir ressaisi son autorité d'autrefois. C'est au milieu de ces illusions que le bras d'Ani cetus, armé par son fils, frappe « la meilleure des mères ».

Beaucoup de traits de cette physionomie historique ont été repris par Racine; par exemple, le grand discours du quatrième

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aclc cslunesorle do résumé, oratoire et dramatique, de plusieurs livres de Tacile. Mais, d'une part, Af,'rippine est saisie à un moment unique et ciitique de sa vie, celui où sa disgrâce devient irrémédiable, et elle ne peut que regretter 'inutilement le temps où, d invisible et présente », elle était Tàme du sénat, l'arbitre des destinées de Home, la maîtresse absolue du cœur et de la volonté de son fils. D'autre part, Hacine a réduit à l'unité les traits qui composent celte pbysioiiomie complexe: il a rejeté dans l'ombre, par exemple, l'impudeur Je la femme, en mettant plus en relief l'ambition de la mère, qui est plus mère ici que chez Tacite, sans être jamais inspirée par des sentiments purement maternels. L'orgueil de la fille de Gcrmanicus, ses impatiences et ses imprudences, ressortent d'autant plus qu'elle est jetée dans le début en pleine crise, à la veille de celle mort de Britannicus qui prépare la sienne. Ainsi, le passé n'est rappelé que pour expliquer le présent, et le présent annonce l'avenir. Junie est pour Agrippine, sans le touloir, une rivale plus intéressante et plus pure que l'alfranchie Acte. Agrippine rassemble toute sa force pour reconquérir son fils: mais c'est en étalant et en imposant cette force intempérante qu'elle découvre le mieux sa faiblesse.

Altaï vso raisoiiiiëc do la pièce et jugeaient général.

Si nous en croyons Saint-Évremond, le sujet de Britannicus ne peut souffrir une représentation agréable.

Mais, précisément, ce qui fait l'intérêt de la tragédie, c'est que le caractère des personnages dont parle Saint-Evremond ne nous apparaît nulle part « si noir et si horrible»; que la scélératesse de Narcisse doit se dissimuler, et marcher à son but par des voies détournées, d'autant plus dramatique qu'elle sait mieux se contenir; c'est qu'Agrippine nous offre l'image, non pas d'une ambitieuse criminelle, dont les crimes s'étalent sur la scène, mais d'une ambitieuse déçue, qui sent le pouvoir lui échapper et s'efforce de le ressaisir; c'est qu'enfin Aéron, s'il est un tyran et un monstre, ne l'est tout à fait qu'à la fin de la tragédie. Aucun d'eux ne nous inspire une terreur continue ni une horreur monotone, car aucun d'eux ne se repose dans une méchanceté tranquille. Tous ces caractères s'agitent

et se développent sous nos yeux : ils sont, comme on dit en philosophie, dans le devenir. Si nous pouvons prévoir le dénouement de l'action qui les rapproche et qui les heurte, nous ne pouvons savoir par quels chemins le poète nous conduira au dénouement prévu, et l'intérêt de cette action se soutient jusqu'au bout, parce que chaque acte laisse à l'acte suivant quelque chose à nous apprendre.

Acte !«'■. — Agrippine expose à sa confidente Albine sa situalion vis-à-vis de Kéron : elle atout fait pour ce fils ingrat, à qui elle est devenue importune, et qui vient de faire enlever pendant la nuit Junie, fiancée à Britannicus, le légitime héritier du Irône où Néron s'esl assis grâce aux intrigues de sa mère. De plus en plus inquiète, elle atlend le réveil de son fils pour s'expliquer avec lui. Burrhus, gouverneur de Xéron, l'informe que l'empereur ne peut la recevoir, et, en essayant de l'apaiser, ne réussit qu'à exaspérer encore sa colère oi'gueilleuse. Comme Britannicus accourt pour s'instruire du sort de Junie, elle lui oil're son alliance et lui donne rendez-vous chez l'affranchi Pallas. Un autre affranchi, Narcisse, gouverneur de Britannicus, exhorte celui-ci à la résistance.

Acte IL — Narcisse est un traître ; il révèle le complot naissant à Néron, qui ordonne l'exil de Pallas; il l'encourage par ses suggestions perfides à secouer le joug de sa mère, à répudier sa femme Octavie et à épouser Junie. Néron l'envoie vers Britannicus pour lui annoncer qu'il l'autorise à voir Junie; mais il se propose de vendre cher à Britannicus ce plaisir. A Junie, qu'il étonne et effraye de ses déclarations d'amour, tour à tour galantes et brutales, il fait savoir qu'il entendra, caché derrière une tapisserie, son entretien avec son fiancé. Éperdue, Junie n'ose ouvrir son cœur à Britannicus, qui la croit infidèle et part désespéré; mais la sincérité de leur amour avive encore la colère et la cruauté de Néron.

Acte m. — En vain Burrhus essaye de ramener l'empereur à la raison : il est repoussé avec une ironie hautaine, et sent que son élève lui échappe. Il doit essuyer encore la colère d'Agrippine, qui le croit complice de Néron, et ses imprudentes menaces. Mais Britannicus et Junie se rencontrent, s'expliquent, se réconcilient. Narcisse n'avait point prévu cette rencontre; il court chercher Néron, qui trouve Britannicus aux pieds de Junie. Une vive querelle s'engage entre les deux rivaux : bravé par Britannicus, Néron le fait arrêter, et ordonne à Burrhus épouvanté de faire garder à vue Agrippine elle-même.

ICi COURS DE LITTÉRATURE

Ai:le IV. — Cependant Aprippine e?t admise à se justifier devant Néron, et elle le fait dans un admirable discours, plaidoyer et réquisitoire à la fois, où elle accuse plus qu'elle ne se défend. Néi'on, importuné, feint de céder et d'accepter une réconciliation avec Britannicus ; mais il déclare à Burrhus que s'il embrasse son rival, c'est pour Fétoud'er. Par ses prières, et aussi par de sérieux avertissements qui font réfléchir Néron, rUirrhus lui arrache la promesse d'une réconciliation plus sincère; mais aussitrM la peifide habileté de Narcisse vient détruire l'œuvre de Burrhus, fait tomber les derniers scrupules de Néron, et le décide au crime.

Acte V. — Déjà condamné dans l'esprit de Néron à la fin du quatrième acte, Britannicus, au cinquième, est empoisonné dans le festin même où la réconciliation est célébrée. L'hoiniête Burrhus se désole; Agrippine, pleined'illusions jusque-là sur la solidité de son autorilé reconquise, s'indigne, et jette à l'assassin une sanglante apostrophe; Junie, qui voit se réaliser ses craintes, se réfugie chez les vestales, et Narcisse, qui essaye de s'opposer à sa retraite, est massacré par le peuple; Néron se renferme dans un farouche silence.

S'il est une conclusion qui ressorte clairement de cette analyse, c'est que Néion est le personnage essentiel de la tragédie à laquelle iSritannicus, sa victime, a donné son nom, car tous les personnages ne sont dramatiquement intéressants que dans la mesure où ils s'allient ou s'opposent à Néron; c'est que l'action essentielle se passe dans l'àme de Néron, où l'amour et V'amour-propre, la colère et la peur, font grandir d'heure en heure et enfin éclater à tous les yeux la cruauté native et cachée. Mais ce titre de Britannicus ne doit pas nous étonner, car le sujet de la pièce, c'est Néron meurtrier de Britannicus, et c'est le meurtre de Britannicus qui lui révèle à lui-même aussi bien qu'aux autres le tyran monstrueux qui dormait jusqu'alors en lui.

Comment se fail-il donc que, dans sa seconde Préface, Racine écrive : « C'est Agrippine que je me suis surtout efTorcé de bien exprimer, et ma tragédie n'est pas moins la disgrâce d'Agrippine que la mort de Britannicus? » L'action serait-elle double ? Elle est admirablement une, au contraire. Sans la disgrâce d'Agrippiue, l'empoisonnement de Britannicus est impossible : si Agrippine garde son crédit près de Néron, ou le reconquiert, c'est elle qui règne; Néron demeure son fils obéissant, l'époux

(le la triste Octavie, et Junie est à Britannicus. Il n'y a plus de tragédie. Mais si Agrippine est disgraciée, Kéron, affranchi de ce joug, qui est le plus pesant, el même le seul vraiment pesant pour lui, courra d'un élan spontané à son premier forfait. Il y a donc corrélation étroite entre la disgrâce d'Agrippine, qui est la cause, et la mort de Britannicus, qui est la conséquence, et ces deux faits n'ont d'importance dramatique, à leur tour, que parce qu'ils marquent les deux premières étapes de Néron dans la voie du crime.

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