‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 3)Chapitre 40 sur 106 · C. de Litt. — R.4CINE [Briiannicus · texte numérisé non relu

C. de Litt. — R.4CINE [Briiannicus

38 COURS DE LlïTÉRATUllE

nicus est résolu. Témoin de ce meurtre, Burrlius hésite enlie la sLupéfaclion et l'horreur. Le calme de Néron surtout le conl'ond; il ne le savait pas comédien si achevé. Enfin l'indignalion l'emporte; il ose se lever du milieu de ces courtisans qui composent leur visage sur le visage de César, traverser la presse d'une cour odieuse, et venir près d'Agrippine, confidente assez mal choisie,

Pleurer Britannicus, César et tout l'Élat.

Dans les transports du premier moment, il déclare qu'il ne pourra survivre à'cet attentat, qu'il quittera la cour et l'empereur. Mais il est plus courtisan qu'il ne pense, et il n'en fait rien. Le dénouement nous le montre retournant avec Agrippine près de Kéron, que désespèrent la retraite de Junieet la mort de Narcisse. Il n'est plus alors aussi confiant, mais il est aussi résigné. C'est un hon ministre, un hon sujet, dévoué à la personne de son monarque avec le « loyalisme » d'un homme du xxu" siècle, déplorant ses crimes et les consacrant par sa présence, un avo,cat attristé du fait accompli quand il n'a pu l'empêcher de s'accomplir. Ingénument convaincu que l'État a hosoin de lui, et périra s'il se relire, il verra Néron tuer sa mère après avoir tué son frère, et il se contentera de gémir en secret. En le peignant plus courageux qu'il n'est chez Tacite, Racine n'a pu qu'atténuer cette faiblesse irrémédiable d'une vertu qui a rendu Burrhus suspect à tous et ne l'a rendu redoutable à personne.

Agrîppîiie. — I/îjnpéralrîce, la femme $ la mère. — Son ambition égoï^^te et son énergie indiscrète» — Comment elle se perd elle-même*

Si Burrhus avait contre Narcisse l'alliance d'Agrippine, la lutte serait moins inégale. Mais Agrippine ne songe qu'à ellemême, et ne soupçonne même pas la crise morale que traverse Néron. Avec un naïf égoïsme, elle rapporte tout à son intérêt. Junie est-elle enlevée , c'est contre Agrippine que le coup est dirigé : on punit en Junie Agrippine qui a favorisé l'amour de Britannicus; on veut faire voir à Rome qu'Agrippine n'a pas assez de pouvoir pour tenir ce qu'elle a promis;

on veut lui donner une rivale. Chez Tacite, l'influence d'Agrippine se heurte à celle d'une rivale moins pure que Junie, l'affranchie Acte, et Agrippine s'en indigne bruyamment. Mais Racine s'est appliqué à mettre surtout en relief, avec l'ambition de l'impératrice, qui n'a élevé son lils au trône que pour régner sous son nom, avec l'orgueil de la fille de Germanicus, qui fait sonner si haut les noms des Césars ses ancêtres, les faiblesses, les vues étroites, les impatiences imprudentes de la femme.

Elle regrette le temps où, « derrière un voile, invisible et présente »,elle assistait aux délibérations du sénat, dont elle seule était l'àme ; elle ne comprend pas que Néron ait conçu l'étrange idée de régner à son tour. Ses regrets s'expriment avec une simplicité presque ingénue.

Que m'importe, après tout, que Néron, plus fidèle,

D'une longue vertu laisse un jour le modèle"?

Ai-je mis dans sa main le timon de l'État

Pour le conduire au gré du peuple et du sénat?

Ah ! que de la patrie il soit, s'il veut, le père ;

Mais qu'il songe un peu plus qu'Agrippine est sa mère.

Plus naïvement encore, elle dira bientôt à Buriiius :

Néron n'est plus enfant : n'est-il pas temps qu'il règne?

On sourit de ce dernier trait, lorsqu'on sait de quelle façon Agrippine laissait régner son fds. Mais comment ressaisiral-elle la puissance d'autrefois? En importunant plus encore ce fils qu'elle a déjà trop importuné :

Mais je le poursuivrai d'autant plus qu'il m'évite... Adieu. J'assiégerai Néron de toutes parts.

Burrhus l'engage en vain à être plus indulgente, plus patiente,, plus discrète : indulgence, patience, discrétion, ce ne sont pas là les vertus d'Agrippine. Elle soupçonne à tort et humilie bien gratuitement Burrhus, le dernier de ceux qu'elle doit redouter; elle s'emporte, elle menace, elle épouvante la timide Albine, qui prend à la lettre ces menaces fastueuses, dont un mot fin de Burrhus fait justice:

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