‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 3)Chapitre 44 sur 106 · XX VII · texte numérisé non relu

XX VII

Apprécier le caractère deJunie.

(Vienne. — Brevet supérieur. — Aspirantes, 1891.)

Appréciez la nature du rôle de Burrhus dans Britannicus, et en particulier celle du sentiment qu'il exprime dans ces vers de son discours à Néron :

Non, ou vous me croirez, ou bien de ce malheur Ma mort m'épargnera la vue et la douleur ; On ne me verra point survivre à votre gloire!

(Côtes-du-Nord. — Brevet supérieur. — Aspirants,

BFxlTANNlCUS

Comparer le caractère de Burrhus à celui de Narcisse.

(Hautes-Pyrénées. — Brevet supérieur. — Aspirants, 1891.)

Commenter la quatrième scène du quatrième acte de Bntannicus.

i° Indication des circonstances dans lesquelles a lieu l'entretien de Néron et de Narcisse. Sentiments, parti pris des deux personnages au moment où il va commencer.

2° Analyse du dialogue : développement des caractères; tactique de Narcisse, revirement de Néron.

3" État de l'action à la fln de la scène. Dans quelle mesure prépare-t-elle le dénouement?

4° Conclusion. Valeur littéraire de la scène. Quelles sont les qualités du poète qu'elle met en évidence?

(Savoie. — Brevet supérieur. — Aspirants, 1891.i

Racine écrit, dans la seconde préface de Britannieus : « J'avais copié mes personnages d'après le plus grand peintre de l'antiquité, je veux dire d'après Tacite. Et j'étais alors si rempli de la lecture de cet excellent historien, qu'il n'y a presque pas un trait éclatant dans ma tragédie dont il ne m'ait donné l'idée. « Dire, en choisissant un personnage quelconque de Britannieus, dans quelle mesure Racine a « copié » ïacile.

L'abbé du Bos reproche à Racine d'avoir altéré dans Britannieus certains détails de l'histoire, d'avoir prolongé la vie de Narcisse et d'avoir fait vivre à Rome Junie, qui en était exilée. A-t-il raison?

Comparer le Narcisse de Racine à l'Ia^ro de Shakespeare dans Othello.

60 COURS DE LITTÉUATURE

Cnniparez la première et la seconde Agrippine, la mère et la lille, en faisant ressortir ce que la fille lient do la mère, et par où sa mère lui reste supérieure.

VillefrancUe-cle-Rouergue. — J. Baidoux impr.

BEREMCE

(21 novembre 1670.

L'occasion de » Bérénice ». — Concours ouvert par .lladauie entre le vieux Corneille et le jeune Racine. — Allusions à Marie Mancini et à Louis XIV.

« Bérénice, dit Fontenelle, fut un duel dont tout le monde sait l'histoire. Une princesse, fort touchée des choses d'esprit et qui eût pu les mettre à la mode dans un pays barbare, eut besoin de beaucoup d'adresse pour faire trouver les deux combattants sur le champ de bataille, sans qu'ils sussent où on les menait. Mais à qui demeura la victoire? Au plus jeune. » Ce que dit l'auteur de la Vie de Corneille, Louis Racine, dans ses Mémoires, ne fait guère que le répéter. C'est longtemps après, et sans indiquer les sources où il puisait, que Voltaire a écrit, dans la préface du Commentaire sur Bérénice :

Henriette d'Angleterre, belle-sœur de Louis XIV, voulut que Racine et Corneille lissent chacun une tragédie des amours de Titus et de Bérénice. Elle crut qu'une victoire obtenue sur l'amour le jilus vrai et le plus tendre ■ennoblissait le sujet, et en cela elle ne se trompait pas; mais elle avait encore un intérêt secret à voir cette victoire représentée sur le théâtre : elle se ressouvenait des sentiments qu'elle avait eus pour Louis XIV et du goût vif de ce prince pour elle. Le danger de cette passion, la crainte de mettre le trouble dans la famille royale, les noms de beau-frère et de belle-sœur, mirent un frein à leurs désirs ; mais il resta toujours dans leurs cœurs une inclination secrète, toujours chère à l'un et à l'autre. Ce sont ces sentiments qu'elle ■voulut voir développés sur la scène, autant pour sa consolation que pour son amusement. Elle chargea le marquis de Dangeau, confident de son amour avec le roi, d'engager secrètement Corneille et Racine à travailler l'un et l'autre sur ce sujet, qui paraissait si peu fait pour la scène. Les deux pièces furent composées dans l'année 1G70, sans qu'aucun des deux sût qu'il avait un rival.

Pourquoi ne pas l'avouer? cette histoire, si jolimenl arrangée, C. de Litt. — RACINE (Bérénice). 1

nous paraît suspecte. Voltaire écrit à unf> distance de près d'un siècle des événements. Or, pendant ce long intervalle, pas un témoin n'a déposé en ce sens, au moins avec cette précision. Ce qui n'est pas moins extraordinaire, c'est que pas une ligne d'un des deux poètes ne confirme l'intervention si directe de Madame. Corneille n'a pas placé d'examen en tête de sa pièce; mais en tête de la Bérénice lacinianne il y a une préface développée, il y a une épîlre, et une épitre dédiée à Colbert, dont le nom ne laisse pas d'étonner à cet endroit. Ni dans l'épître ni dans la préface il n'est question de Madame. Elle avait éti' enlevée par cette moit prématurée et mystérieuse dont l'oraison funèbre de Hossuet a fixé le terrible souvenir. Mais si l'influence de Madame avait été décisive à ce point, comment expliquerait-on que Racine se fût interdit même l'allusion la plus lointaine a celte Bérénice plus toucbante encofe que la sienne? Dans la dédicace d'Andromaque, il avait reconnu tout ce qu'il lui devait, il avait loué comme il convient cette « intelligence qu'aucune fausse lueur ne saurait tromper » ; il lui avait attribué, trop généreusement peut-être, une sorte départ de collaboration dans son œuvre.

La question a-*leux aspects. Est-ce Madame qui mit aux prises Corneille et Racine? Rien ne parait plus certain. Est-ce l'analogie de sa propre situation avec celle de Bérénice qui lui fit choisir ce sujet de préférence à tout autre? Rien n'est plus contestable.

En tout cas, si Madame avait cette intention secrète, il est clair que Corneille n'en fut pas averti. Il n'y a aucune ressemblance entre Henriette d'Angleterre et l'altière Bérénice qu'il nous peint. Même pour Racine, l'assimilation de Henriette et de Bérénice, si elle n'est pas chose impossible, reste chose artilicielle, amusement de lettrés oisifs. Mais Racine, plus jeune et plus adroit, était mieux fait pour saisir au passage ces allusions fugitives, ces nuances presque insaisissables.

Vous êtes empereur, seigneur, et vous pleurez I... Vous m'aimez, vous me le soutenez.

Et cependant je pars, et vous me l'ordonnez.

C'est la traduction poétique du mot célèbre de Marie Maacini au jeune Louis XIV, lorsqu'on la sépara de lui: « M^'" de Mancini, qui aurait voulu qu'il eût témoigné son amour par des actions d'autorité, lui reprocha, dit M""* de la Fayette, en lui voyant répandre des larmes lorsqu'elle monta en carrosse, qu'il pieu-

rait et que pourtant il était le maître. » Ces souvenirs étaient présents aux esprits les plus graves, et Bossuet lui-raènie, du haut de la chaire, osait s'écrier :

Cessez, princes et potentats, de troubler par vos prétentions le projet lie ce mariage. Que l'amour, qui semble aussi le vouloir troubler, cède lui-même. L'amour peut bien remuer le cœur des héros du monde ; il peut bien y soulever des tempêtes et y exciter des mouvements qui fassent trembler les politiques et qui donnent des espérances aux insensés ; mais il y a des âmes d'un ordre supérieur à ses lois, à qui il ne peut inspirer des sentiments indignes de leur rang'.

C'est bien ainsi que parlent les personnages de Racine, et surtout peut-être ceux de Corneille. Racine aurait-il donc fait allusion aux amours de Marie Mancini et du roi? Mais que devient alors l'allusion aux amours de ce même roi et de Madame? L'ingénieux Voltaire se charge de tout concilier; il écrit, au chapitre XXV du Siècle de Louis XIV. « Lorsque Madame fit travailler Racine et Corneille à la tragédie de Bérénice, elle avait en vue, no7i seulement la rupture du roi avec la connétable Colonne, mais le frein qu'elle-même avait mis à son propre penchant, de peur qu'il ne devînt dangereux. » On le voit, Henriette pensait à tout et à tous : à elle-même, un peu, mais par ricochet; d'abord et surtout à Marie Mancini, devenue malgré elle la connétable Colonne, comme Louis XIV était devenu malgré lui l'époux de Marie-Thérèse.

C'est d'elle-même, disent quelques-uns, que Marie Mancini quitta Louis XIV; mais il n'y eut rien de si héroïque, ce semble, dans ce sacrifice presque obligé. Avait-elle renoncé à épouser le roi lorsque son oncle lui-même, Mazarin, se mit contre elle du parti de la reine, indignée d'un tel amour? Elle y renonça seulement quand le mariage du roi fut annoncé. La Bérénice de Corneille renonce à Titus précisément à l'heure où son mariage avec Titus est devenu possible. Ainsi, du côté de Corneille tout au moins, ignorance ou, si l'on veut, inintelligence complète de ce qu'on attendait de lui. Le pauvre grand homme n'avait pas prévu Voltaire et ses ingénieuses explications, qui n'expliquent rien. Mais il n'en est pas de même de Racine. 11 savait quelle influence Marie Mancini avait exercée sur le développement de l'esprit et des goûts sérieux du jeune roi^, et il y songeait peut-être en écrivant le tendre couplet

Page 1