‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 3)Chapitre 48 sur 106 · Kraatz, Essai sur l'estluHique de Descartes · texte numérisé non relu

Kraatz, Essai sur l'estluHique de Descartes

16 COURS DE LITTEKATUUE

Il ne faudrait pas transformer Racine on pur cartésien : comme IJoileau, comme la plupart des grands écrivains de la seconde partie du xvn<= siècle, qu'ils aient subi ou non l'influence de Descartes, il est idéaliste ; mais, heureusement pour sa gloire, il ne verse pas toujours dans cet idéalisme excessif, et ce n'est pas toujours « de rien » qu'il fait ce « quelque chose », une tragédie simple à la fois et forte. Dans le jugement même que nous venons de citer, un adoucissement nécessaire est apporté à la rigueur de l'axiome, et rien y est remplacé par praque rien, qui est plus acceptable, étant moins absolu. Le même critique examine la seconde partie de la préface de Bérénice, celle où le poète répond aux paitisans de l'ancien théâtre, qui ont affirmé « qu'une tragédie si peu chargée d'intrigues ne pouvait être selon les règles du théâtre », tout en avouant qu'elle ne les ennuyait point et qu'elle les touchait même par endroits. « Que veulent-ils davantage, écrit Racine? Je les conjure d'avoir assez bonne opinion d'eux-mêmes poui' ne pas croire qu'une pièce qui les touche et qui leur donne du plaisir puisse être absolument contre les règles. La principale règle est de plaire et de toucher. Toutes les autres ne sont faites que pour parvenir à cette première. » M. Krantz compare et préfère cette spirituelle réponse à celle que Molière oppose à ses détracteurs dans la Critique de l'École des femmes.

A y regarder de près, la théorie de Racine est beaucoup plus savante. Il ne dit pas , comme Molière, qu'on peut plaire en dépit des règles, mais au contraire, que quand on a plu c'est qu'on a obéi aux règles, même inconsciemment. La source du plaisir est donc pour lui rationnelle, et c'est toujours la force cachée des règles de la raison qui décide du succès d'une œuvre dramatique... Tandis que Molière, en véritable sensualiste, explique • justifie le plaisir par le plaisir, Racine, en cartésien rationaliste qu'il e-i, cherche au plaisir esthétique une explication plus haute et extérieure à lui : il le justiiie par la conformité de l'œuvre dramatique aux règles de la raison.

Ici encore l'antithèse n'est-elle pas un peu systématique dans les termes •? Il est certain pourtant que Racine est le premier qui se soit interdit de poursuivre et de réaliser le beau dans 1 • drame en dehors des règles. En cela, il est le poète classiqu par excellence. Disciple de Boileau, il est supérieur à son maili' en ce qu'il est docile avec aisance, et que sa soumission aux lois de l'art ne semble rien coûter à sa nature. Corneille dit aussi, dans son Discours du poème dramatique, que le premier

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