‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 3)Chapitre 50 sur 106 · Sainte-Beuve, Portraits littéraires, I · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, Portraits littéraires, I

lois tle Rome iiiteidiseiit à l'empereur d'épouser une reine étran gère; mais ce peuple et ce sénat avilis sont-ils à craindre? Paulin, le conQdent de Titus, est rassuré sur ce point.

Vous pouvez tout : aimez, cessez d'être amoureux, La cour sera toujours du parti de vos vœux.

Uudlo apparence que ces Romains dégénérés deviennent soudain « furieux », comme le craint Titus? Mais Titus lui-même n'avoue-l-il pas que ses craintes sont exagérées?

Je viens i)ercer un cœur que j'adore, qui m'aime. Kt pourquoi le percer? Qui l'ordonne ? Moi-même : Car enfin Rome a-t-elie e.\i)liqué ses souliaits? L'entendons-nous crier autour de ce palais? Vois-je l'État penchant au bord du précipice? Ne le puis-je sauver que par ce sacrifice ? Tout se tait; et moi seul, trop prorn])! ;i me troubler. J'avance des malheurs que je puis reculer.

Il est vrai qu'il se donne presque aussitôt un démenti, et met en relief cette haine des rois que les Romains ont sucée avec le lail. Mais celte haine ne s'est-elle pas alTaiblie depuis la fondation de l'empire ? IS"est-eUe pas invoquée pour amener ut» très beau mouvement d'impériale fierté?

Ah! lâche! fais l'amour et renonce à l'empire :

Au bout de l'univers va, cours te confiner.

Et fais place à des cœurs plus divines de régner.

Sont-ce laces projets de grandeur et de gloire

Qui devaient dans les cœurs consacrer ma mémoire ?

Depuis huit jours je règne, et, jusques à ce jour,

Qu'ai-jc fait pour l'honneur? J'ai tout fait pour l'amour !

C'est à de tels vers que Bussy devait penser lorsqu'il écrivait : <( Il me parait que Titus n'aime pas Bérénice tant qu'il dit, puisqu'il ne fait aucun effort en sa faveur à l'égard du sénat et du peuple romain. Il se laisse aller d'abord aux remontrances de Paulin, qui, le voyant ébranlé, lui amène le peuple et le sénat pour.l'engager ; au lieu que, s'il eiàt parlé ferme à Paulin, il aurait trouvé tout le monde soumis à ses volontés'. » Nous avons vu que Paulin lui-même a commencé par encourager l'amour de Titus; s'il le décourage ensuite, c'est que Titus luirappelle qu'il a promis de lui dire la vérité tout entière, et le traite, non pas en vulgaire confident, mais en ami sûr. Par cette influence qu'il prend, au dedans du palais, sur Tilus,

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