‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 3)Chapitre 54 sur 106 · V. Cousin, du Vi'ai, du Beau et du Bien, 10° leçon; Didier · texte numérisé non relu

V. Cousin, du Vi'ai, du Beau et du Bien, 10° leçon; Didier

Au milieu de l'ensemble si magnifique et si barmonieux de l'œuvre de Racine, Bérénice a droit de compter pour beaucoup. Certes, nous n'irons pas l'élever au nombre de sescliefs-d'œuvre. Bérénice ne saurait se citer auprès de ces cinq productions hors de pair : Afhalie, Iphigénie, Andromaque, Phèdre et Britannicus ; elle ne soutiendrait même pas le parallèle avec les autres pièces relativement secondaires, telles que Mithvidate et Bajazet, et pourtant elle a sa grâce bien particulière, son cachet racinien. Je distinguerai dans les ouvrages de tout grand auteur ceux qu'il a fait selon son goût propre et son faible, et ceux dans lesquels le travail et l'effort l'ont porté à un idéal supérieur. Bt'rénlce, bien que commandée par Madame, me semble tout à fait dans le goût secret et selon la pente naturelle de Racine.

Sainte-Beuve, Portraits littéraires, I; Garnier.

LETTRES ET DIALOGUES

Si l'on en croit, l"uLLé du lios, Boileau aui'ait conseillé à Racine de ne pas traiter le sujet de Bérénice. On composera la lettre par laquelle il le met en garde contre les dangers séduisants d'un sujet plus lyrique que dramatique.

Après avoir vu Bérénice, Boileau, qui n'avait pas approuvé le choix du sujet, écrit à Racine.

Il avoue que le sujet est moins ingrat qu'il ne le croyait, puisque Racine en a tiré une pièce admirable, qui charme et qui touche les spectateurs.

En quelques traits rapides, il définit le charme particulier qui s'attache à Bérénice.

Mais ses critiques essentielles subsistent; et si Bérénice est la plus louchante, elle ne sera pas la plus vigoureuse des œuvres de Racine.

Bérénice fui jouée sur la scène de l'hôtel de Bourgogne, huit jours avant la première représentation de la tragédie de Corneille, Tite et Bérénice, au Palais-Royal. On suppose que Corneille et Molière, directeur de la troupe du Palais-Royal, curieux de voir en quoi l'œuvre nouvelle dilTère de celle qu'ils préparent, se sont rendus à Ihôtel de fjourgogne, le 21 novembre 1670, el qu'après le succès du cinquième acte, ils échangent leurs impressions dans un dialogue.

M™" de la Fayette, amie de Henriette d'Angleterre, el qui écrivit son histoire, avait été sans doule dans la confidence des intentions de Madame lorsque celle-ci proposa au jeune Racine

le sujet deBéréiîice. On fera la lettre qu'elle écrit à Racine après avoir reçu un exemplaire de la pièce nouvellement applaudie.

Elle a lu Bérénice avec d'autant plus de plaisir qu'elle a cru y sentir vivre encore l'esprit de Madame, enlevée par une mort si tragique h. l'admiration et à l'affection de tous.

Pourtant, elle s'étonne que pas un mot de la dédicace ou de la préface ne rappelle au public ce souvenir, qui devait être présent à l'esprit du poète. Au lieu de cet hommage ému qu'elle attendait, elle n'a trouvé qu'un hommage à Colbert, dont le nom respecté semble ici mal à sa place.

Écartant ce léger grief, elle souhaitera que Racine demeure fidèle à l'inspiration gracieuse et touchante qui lui a dicté celte œuvre si délicate, mais qu'il ne néglige pas aussi d'associer à l'analyse des tendres sentiments la peinture de passions plus fortes, en prenant à Corneille ce qui chez son rival peut sembler dii^ne d'être imité.

Voltaire dit qu'il a vu « le roi de Prusse attendri à une simple lecture de Bérénice {Lettre à r Académie française, imprimée en ièie d'Irène). On sait, d'autre part, comment Voltaire jugeait cette tragédie « à l'eau de rose ». L'attendrissement du grand Frédéric ne dut pas être de longue durée. Un dialogue s'engage entre Voltaire et lui sur les mérites et les défauts de la pièce.

Dans sa Lettre à d'Alembert, Rousseau rappelle à son ami une réprésentation de Bé7'énlce à laquelle tous deux assistaient ensemble, et qui leur fit, dit-il, un plaisir auquel ils s'attendaient peu. Tl note les sentiments divers qu'ils y éprouvèrent successivement, avec tous les spectateurs : d'abord, le mépris pour la faiblesse de Titus, puis la pitié pour cette même passion qu'ils avaient jugée, au début, indigne d'un empereur, et même le regret que Titus ne se fut pas laissé vaincre par les pleurs de Bérénice. En soi'tant de la représentation, Rousseau, encore ému, mais réagissant contre son émotion, condamne une pièce qui amollit l'âme en l'attendrissant; d'Alembert défend Bérénice, à peu près comme il le fit dans sa réponse à la lettre de Rousseau.

Bossuet écrivait dans sa lettre au P. CafTaro (H mai 1004) : « ... Mais il n'est pas nécessaire de donner le secours du chant et de la musique à des inclinations déjà trop puissantes par elles-mêmes; et si vous dites que la seule représentation des passions agréables, dans les tragédies d'un Corneille et d'un Hacine, n'est pas dangereuse à la pudeur, vous démentez ce dernier, qui, occupé de sujets plus dignes de lui, renonce h. sa Bcrénice, que je nomme parce qu'elle vient la première à mon esprit; et vous, qui vous dites prêtre, vous le ramenez à ses premières erreurs. ;>

On suppose que la Bruyère, dans une lettre respectueuse à Bossuet, son protecteur, demande grâce pour la charmante Bérénice.

DISSERTATIONS ET LEÇONS

Commenter par les préfaces de Racine les attaques de Rousseau contre Bi-rcnice et Phèdre.

(Paris. — Leçon d'agrégatiox, 1884.)

Discuter cette pensée de l'abbé de Villars {Critique de Bérénice) : (c Tout le monde est capable de connaître ce qui est joli; mais tout le monde n'est pas capable de connaître ce qui est beau. »

(Paris. — Devoir d'agrégation.)

Racine a dit (préface de Brrénice) : « La principale règle est de plaire et de toucher; toutes les autres ne sont faites que pour parvenir à cette première. » Montrer comment la fameuse règle des trois unités a pour objet cette règle principale.

(Paris. — Devoir de licence, février 1885.)

Racine dit dans la préface de Bérénice : « Ce n'est point une nécessité qu'il y ait du sang et des morts dans une tragédie; il suffit que l'action en soit grande, que les acteurs en soient héroïques, que les passions y soient excitées et que tout s'y ressente de celte tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie. »

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