ACOMAT
Ne rougissez point : le sang des Ottomans Ne doit point en esclave obéir aux serments. Consultez ces héros que le droit de la guerre Mena victorieux jusqu'au bout de la terre : Libres dans leur victoire, et maîtres de leur foi. L'intérêt de l'État fut leur unique loi ; Et d'un trône si saint la moite n'est fondée Que sur la foi promise et rarement gardée. Je m'emporte, seigneur.
Ce dernier mot, si naturel et si adroit, corrige, dit Voltaire, la dureté de cette maxime. Il corrige aussi ce qui pourrait paraître osé dans ce cours de morale ou plutôt d'immoralité politique fait à un jeune prince, héritier de ceux qu'Acomat accable sous ces éloges compromettants.
Malgré lui, dit-il, il admire ce courage inflexible, celte trop constante foi, qui les perd. Les admire-l-il autant qu'il le dit?
BAJAZEÏ 13
Ne juge-t-il pas plutôt qu'il entre beaucoup de naïveté dans cet héroïsme? Mais, dès lors, il n'a plus dans la main l'instrument de sa venf.'eance; il ne s'obstine point à lutter contre la destinée plus forte. Déjà il a chargé un navire de ses objets les plus précieux. Déjà il se prépfire à gagner un pays étranger. 11 revient sur ses pas, rappelé par l'apparente réconciliation de Bajazet et de Roxane. Mais sa joie est de courte durée. Roxane furieuse lui apprend bientôt que tous deux étaient trahis : elle par Bajazet qui la laissait croire à son amour, lui par Atalide, qui lui était destinée et qui aime Bajazet. Tout autre qu'Acomat serait blessé d'un tel procédé, car Bajazet ne peut ignorer qu'Acomat attend la main d'Alahde pour prix de son dévouement. 11 reste pourtant maître de lui-même plus que jamais; il feint l'indignation, pour mieux tromper Roxane en s'associant à ses sentiments; il offre de la venger en se vengeant luimême. Resté seul avec son confident, il se défend d'une jalousie « ridicule »; Bajazet, à ses yeux, n'est qu'un « imprudent », dont il faut réparer la faute. Jamais la situation n'a été plus critique qu'à la fin de l'acte IV; mais il semble qu'avec les difficultés grandissent sa calme énergie, son sang-froid perspicace, son mépris intrépide du péril et de la mort!
OSMI.N.
Hé ! laissez-les entre eux exercer leur courroux : Bajazet veut périr; seigneur, songez à vous. Qui peut de vos desseins révéler le mystère. Sinon quelques amis engagés à se taire ? Vous verrez par sa mort le sultan adouci.
Roxane en sa fureur peut raisonner ainsi ;
Mais moi qui vois plus loin; qui, par un long usage,
Des maximes du trône ai fait l'apprentissage;
Qui, d'emplois en emplois, vieilli sous trois sultans,
Ai vu de mes pareils les malheurs éclatants,
Je sais, sans me flatter, que de sa seule audace
Un homme tel que moi doit attendre sa grâce,
Et qu'une mort sanglante est Tunique traité
Qui reste entre l'esclave et le maître irrité.
Fuvez donc.
J'approuvais tantôt cette pensée Mon entreprise alors était moins avancée; Mais il m'est désormais trop dur de reculer. Par une belle chute il faut me signaler.
li COURS DE LITTÉRATURE
Kt laisser un d(''l)iis du innius a]iri''s ma fuile,
Qui d(! mes ennemis retarde la poursuite.
Bajazct vit encor : ])our(iuoi nous étonner?
Acomat de plus loin a su le ramener.
Sauvons-le malgré lui de ce péril extrême,
Pour nous, pour nos amis, pour Roxane elle-même.
Tu vois combien son cœur, prêt à le protéger,
A retenu mon bras trop prompt ii la venger.
Je connais peu l'amour; mais j'ose te répondre
Qu'il n'est juis condamné, jiuisqu'on veut le confondre;
Que nous avons du temps. Malgré son désespoir,
Koxane l'aime encore, osmin, et le va voir.
l'^nfin, que vous inspire une si noble audace? ■Si Roxane l'ordonne, il faut quitter la place : Ce palais est tout plein...
Oui, d'esclaves obscurs, Nourris, loin de la guerre, à l'ombre de ses murs. Mais toi, dont la valeur, d'.Vmurat oubliée, Par de communs chagrins à mon sort s'est liée, Voudras-tu jusqu'au bout seconder mes fureurs?^