PORUS
En roi.
ALEXANDRE
Hé bien ! c'est donc en roi qu'il faut que je voua traite. Je ne laisserai point ma victoire imparfaite. Vous l'avez souhaité, vous ne vous plaindrez pas. Régnez toujours, Porus: je vous rends vos États. Avec mon amitié recevez Axiane.
Le souvenir de la grande scène du pardon d'Auguste dans Cinna se présente ici à tous les esprits, et Racine n'a pas essayé de l'écarter. Mais la clémence ne produit un grand effet dramatique que lorsqu'elle est inattendue ; ici — outre que l'on connaît trop d'avance, par Plutarque, Arrien, Quinte-Curce, la réponse d'Alexandre — on ne voit point qu'Alexandre ait à faire un effort si héroïque pour pardonner à Porus désarmé. Il lui donne Axiane, à peu près comme Auguste donne Emilie à Cinna, et des deux côtés vraiment on ne sait si le présent n'est pas dangereux, car Axiane est une Emilie indienne, éprise delà gloire, dont elle parle trop souvent, douée de plus d'énergie que de sensibilité. Porus connaît bien « ce cœur que la gloire occupe seulement » et qui met à si haut prix sa conquête :
c'est vous, je m'en souviens, dont les puissants appas Excitaient tous nos rois, les traînaient aux combats, Et de qui la fierté, refusant de se rendre, Ne voulait pour amant qu'un vainqueur d'Alexandre.
Si elle aime Porus, c'est que Porus est magnanime; elle l'aimera plus encore quand il sera vaincu, parce que sa défaite
aura été glorieuse, et elle caressera l'espoir de mourir en reine comme il meurt en roi. Si elle rudoie ce pauvre Taxile, qui n'en continue pas moins à l'adorer, c'est que Taxile, ne sachant pas se faire admirer, ne sait pas se faire aimer,