‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 3)Chapitre 60 sur 106 · C. de Litt. — RACINE [Bajazet · texte numérisé non relu

C. de Litt. — RACINE [Bajazet

Madame, cncoro un coup, c'est à vous île choisir. Daignez m'ouvrir au trône un chemin légitime, Ou bien me voilà prêt : prenez votre victime.

Roxanenele comprend pas; Acomat le comprend moins encore. C'est que, pour le comprendre, il faudrait savoir son secret. La Harpe remarque qu'en face du vizir, si actif, si résolu, les irrésolutions de Bajazel ressortentplus encore ; il s'étonne des contradictions de ce Turc francisé : « Le mèmeliomme qui croirait faire une lâcheté d'épouser Roxane quand il lui doit tout, cet homme qui a des scrupules si déplacés, ne s'en fait aucun de tromper depuis longtemps et cette même Roxane et un serviteur aussi fidèle que le vizir... Il ne s'agit que de tromper plus ou moins : ce n'est pas la peine de faire tant de bruit. Puisqu'il veut bien laisser croire à Roxane qu'il l'aime, qu'importe de lui laisser croire qu'il l'épousera ! Il n'y a pas plus de mal à l'un qu'à l'autre. » Mais la jalouse Alalide ne veut pas que Rajazet aille jusque-là. Son attitude n'est donc pas moins embarrassée vis-à-vis d'Acomat que vis-à-vis de Roxane, car il ne peut lui donner les vraies raisons de sa conduite. Mais, plus libre avec le chef sous les ordres de qui il a combattu jadis, il lui laisse voir plus à découvert son âme. Ce n'est pas la mort qu'il craint. La mort ! il l'a bravée, dans sa jeunesse, aux côtés d'Acomat; depuis, dans sa prison, il s'est accoutumé à l'envisager de près. Il ne veut pas racheter sa vie par un mensonge. A coup sûr, ce n'est pas un véritable Oriental qui sent et qui parle ainsi : c'est l'amant d'Atalide, fort peu Orientale ellemême. Et pourtant celte façon de regarder la mort en face, sans étonnement comme sans bravade, ce mélange curieux de vaillance dans le danger et de passivité dans les actes de la vie ordinaire, sont plus d'un Ottoman que d'un Français. Oui, il est l'esclave passif d'Atalide et, seule, elle est responsable de ce qui arrive :

Je vous l'avais prédit, mais vous l'avez voulu.

« C'est moi qui l'ai voulu, » dit Atalide elle-même. Elle avoue pourtant que ce n"est pas sans combat.

Il est vrai, je n'ai pu concevoir sans effroi Que Bajazet pût vivre et n'être plus à moi ; Et lorsque quelquefois de ma rivale heureuse Je me représentais l'image douloureuse, Votre mort (pardonnez aux fureurs dos amants) Ne me paraissait pas le plus grand des tourments.

L'aveu est à retenir, et celle qui le fait n'a point cette douceur uniforme, cette timidité plaintive qu'on lui prèle parfois. Elle a de la grâce et de la tendresse, mais une volonté latente, qui, çà et là, se révèle. Sa diplomatie est parfois équivoque, et son amour lui fait oublier sa fierté : ce qu'elle conseille à Bajazet, c'est de prendre plus de soin de plaire à Roxane, c'est-àdire de mentir plus ouvertement. On aime à voir Bajazet se révolter contre cette influence féminine qui l'énervé.

Ah ! qu'au jaloux sultan ma tète soit portée, Puisqu'il faut qu'à ce prix elle soit rachetée!...

J'écoute trop peut-être une imprudente audace; Mais, sans cesse occupé des grands noms de ma race. J'espérais que, fuyant un indiirne repos, Je prendrais quelque place entre tant de héros.

D'ailleurs Une saura pas feindre, et il n'a jamais feint que malgré lui :

0 Ciel ! combien de fois je l'aurais éclaircie. Si je n'eusse à sa haine exposé que ma vie, Si je n'avais pas craint que ses soupçons jaloux N'eussent trop aisément remonté jusqu'à vous I

Voilà toute la justification du rôle que joue Bajazet, et dont il est le premier à souffrir. Ici même, il traite avec quelque dureté celle qui lui impose une tâche au-dessus de ses forces. S'il cède enfin, c'est qu'Atalide parle de mourir, c'est qu'elle mourra, en effet, à moins qu'il ne consente à la sauver :

Allez, seigneur, sauvez votre vie et la mirnite.

11 obéit. Trop complètement peut-être? Atalide, du moins, le craint. Elle écoute, non sans mélancolie, le récit que Zaïre lui fait de la réconciliation de Bajazet et de Roxane. Mais elle a fait ce qu'elle a dû, elle ne se repent point de l'avoir fait. Seulement, la vie lui est désormais importune. Pour comble d'humiliation, elle doit subir les hommages froidement respectueux d'Acomat, à qui sa main est promise après le mariage de Bajazet et de Roxane . ce prétendant sénile ne dissimule point son âge, et n'a garde de parler d'amour; mais il excelle à peindre l'amour des autres; il reprend, en y appuyant, le récit de la réconciliation des deux « amants », et chacune de ses paroles va frapper au cœur la jalouse Atalide. Dans un monologue où l'analyse psychologique atteint au dernier degré de finesse, se

traliit celte jalousie qui cherche des raisons pour s'apaiser, et n'en trouve que pour s'aigrir.

La sultane est couteulc; il l'assuro rju'il l'aime; Mais je ne m'en i)lains pas : je l'ai voulu moi-même.

Qui aurait cru pourtant qu'il saurait trouver « tant d'éloquence » pour persuader Hoxaiie? En la persuadant, peut-être il s'est lui-même persuadé; «tout ce qu'il a pu dire, il a pu le penser ». La voyant plus sensible, il aura été touché de sa grâce nouvelle, de ce qu'elle a soulFert, de la profondeur de son amour, et aussi de Tempiie qu'elle lui offre. (Jue de raisons contre la malheureuse Atalide! Il semble bien qu'à ce moment, en effet, Bajazet soit un autre homme : le voici qui revient, libre, prêt à disputer à son frère « par de vrais combats, par de nobles dangers », les cœurs du peuple et des soldais. Le vrai Bajazet a repai'u. Mais le vrai {{ajazetest sincère : pour conquérir cette liberlé qui le rend à lui-même, il n'a pu s'abaisser jusqu'à l'hypocrisie. Aux doux reproches d'Atalide il répond, en effet, par une protestation indignée. Non, il n'a rien promis à Roxane: suivant son penchant ordinaire, celle-ci a tout cru avant même de rien entendre; elle a pleuré, elle a pardonné. Bajazet avoue qu'il a rougi de profiter ainsi de sa crédule confiance. Pourquoi donc ne s'esl-il pas hâté de la détromper? l'n homme loyal eût dû le faire? Oui, mais un homme loyal dont les mains ne seraient pas liées, dont la bouche ne serait pas close par une nécessité plus forte que sa loyauté même.

Je me trouvais barbare, injuste, criminel. Croyez qu'il m'a fallu, dans ce moment cruel, Pour gard(;r jusqu'au bout un silence perfido. Rappeler lout l'amour ([ue j'ai pour Atalide.

Il ne manque donc pas de sens moral ; il n'ignore pas que son silence est coupable ; il enades « remords »; mais toujours et partout la même pensée le suit, celle d'Atalide, et Atalide devrait être la dernière à lui reprocher de rester fidèle à cette politique équivoque et impuissante qui va les perdre tous deux. Elle sent, trop tard, sa faute, quand elle voit Bajazet, outré et désespéré, opposer aux empressements de Roxane une indifférence sèche et glacée, Roxane s'étonner et s'irriter de ce changement soudain, observer l'embarras de sa rivale, soupçonner la vérité. Elle maudit alors sa funeste jalousie; elle souhaite que

iiajazet soil assez éloquent pour persuader une dernière fois Roxane; mais Rajazet, révolté de ses injurieux soupçons, n'est plus un instrument aussi docile dans sa main; il ne consent qu'à assurer Roxane de sa « reconnaissance )>.I1 écrit à Atalide :

N'exigez rien de plus : ni la mort, ni vous-même Ne me ferez jamais prononcer que je l'aiine.

A partir de ce moment, le caractère de Bajazet ne cesse de grandir, tandis que celui d'Atalide perd beaucoup de son intérêt. C'est qu'Atalide n'est dramatiquement intéressante que dans la mesure où elle domine et contient Bajazet; c'est que les circonstances de plus en plus exigent une conduite franche, tandis qu'elle s'attarde dans ses petites habiletés, percées à jour par Roxane. Le duel des deux rivales, au quatrième et au cinquième acte, est tout à l'honneur de Roxane. Alalide n'est de force ni à résister aux épreuves que Roxane lui fait subir pour lui arracher la vérité, ni, quand la vérité est connue, à tenir tète à la sultane furieuse, qui, en quelques mots hautains, lui impose silence et la chasse. Bajazet, au contraire, n'a point en face de Roxane menaçante une attitude indigne de lui. Dès qu'il apprend que Roxane sait tout, il est comme soulagé d'une longue gène; il s'explique et se justifie sans s'abaisser, sans plaider les circonstances atténuantes, en s'accusant même plutôt.

Vous mo vîntes offrir et la vie et l'empire ; Et même votre amour, si j'use vous le dire, Consultant vos bienfaits, les crut, et sur leur foi De tous mes sentiments vous répondit pour moi. Je connus votre erreul-. Mais que pouvais-je faire ? Je vis en même temps qu'elle vous était chère. Combien le trône tente un cœur ambitieux! Un si noble présent me fit ouvrir les yeux. Je chéris, j'acceptai, sans tarder davantage, L heureuse occasion de sortir d'esclavage, D'autant plus qu'il fallait l'accepter ou périr; D'autant plus que vous-même, ardente à me l'offrir, Vous ne craigniez rien tant que d'être refusée ; Que même mes refus vous auraient exposée ; Qu'après avoir osé me voir et me parler. Il était dangereux pour vous de reculer. Cependant, je n'en veux pour témoins que vos plaintes, Ai-je pu vous tromper par des promesses feintes? Songez combien de fois vous m'avez reproché

Un pilence témoin de mon trouble caché.

Plus l'effet de vos soins et ma gloire étaient proches,

Plus mon cœur interdit se faisait de reproches...

Ma rivale est ici : suis-moi sans différer; Dans les mains des muets viens la voir expirer; Et, libre d'un amour ii ta gloire funeste, Viens m'engager ta foi : le temps fera le reste. Ta grâce est à ce prix, si tu veux l'obtenir.

Je ne l'accepterais que pour vous en punir; Que pour faire éclater aux yeux de tout l'empire L'horreur et le mépris que celte offre m'inspire.

11 est vrai qu'il s'accuse lui-même de ses « emporlemeuls », mais parce que soudain le souvenir d'Alalide lui est revenu et qu'Alalide est menacée. Cest à de pareils moments qu'on sent chez lui, pour ainsi dire, deux natures superposées; l'une, la vraie, est vaillante et loyale ; l'autre, celle qu'a dû revêtir le frère du soupçonneux Amurat, le prisonnier de l'impétueuse Roxane, l'amant de l'inquiète Atalide, nous cache trop longtemps ce cœur noblement ambitieux. Entre celte âme généreuse, longtemps déprimée, qui se redresse, et l'âme toujours en éruption de Roxane, il faut convenir que le caractère de la plaintive Atalide pâlit singulièrement : quoiqu'elle soit descendue des grands Ottomans dont elle s'enorgueillit, elle nous touche par la sincérité de ses aveux et le douloureux accent de ses prières, sans réussir à nous intéresser vivement à son sort. Il nous est agréable d'apprendre que Bajazet a succombé en homme, en héros ; il nous est assez indifférent qu' Atalide vive ou se tue. Observons toutefois qu'avant de se tuer, elle a soin de préciser, pour ainsi dire, le sens de la pièce.

Enfin, c'en est donc fait; et par mes artifices. Mes injustes soupçons, mes funestes caprices. Je suis donc arrivée au douloureux moment Où je vois par mon crime expirer mon amant! N'était-ce pas assez, cruelle destinée.

Qu'à lui survivre, hélas! je fusse condamnée"? Et fallait-il encor que, pour comble d'horreurs, Je ne pusse imputer sa mort qu'à mes fureurs? Oui, c'est moi, cher amant, qui t'arrache la vie; Roxane ou le sultan ne te l'ont point ravie : Moi seule, j'ai tissu le lien malheureux Dont tu viens d'éprouver les détestables nceuds.

On dirait que Racine, en mettant dans la bouche d'Atalide cet aveu suprême, a voulu nous donner la clef de son drame. Il n'en était pas besoin pour en découvrir l'unité : cette unité réside dans le rùle d'Atalide qui dirige Bajazet et trompe Roxane Jusqu'au moment où Bajazet lui échappe et où Roxane se venge. Qu'importe maintenant de savoir si Atalide et Bajazet sont plus ou moins Turcs? Accordons, même pour Bajazet, qu'ils ne le soient pas du tout. Mais qu'ils soient Turcs ou Français, ou qu'ils ne soient d'aucun pays, d'aucun temps, ils n'en sont pas moins dignes d'attention : Atalide parce qu'elle explique Bajazet; Bajazet parce qu'il est une victime de cette force des choses dont Atalide se fait complice. L'analyse comparée de ces deux caractères est plus favorable à Bajazet qu'à Atalide. Dans la tragédie, celle-ci se reproche. plus d'une fois d'avoir perdu son amant; nous lui reprocherons, nous, de l'avoir compromis aux yeux des spectateurs et des lecteurs de l'avenir, qui le jugent trop en lui-même, avec ses hésitations, ses contradictions, ses faiblesses inévitables, trop en dehors des influences qu'il a subies, des fatalités qu'il n'a pu vaincre.

lîIBLIOGRAPIIIK

TEXTES

Édit. Bernardin (Delagravei, Claretie (Ganiicr), Mesnard (Hachette).

LIVKES

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p. 222 à 2ii.

Deschanel. — Racine; Calmanu-Lévy, in-12, 1884; p. 267 à 293. Geoi'Froy. — Coursde liltOralure diumati(iuc ; Blanchard, 1825, in-S^;

La Harpe. — Lycée, 2<' partie,!. !'='■, ch. ni.

Le.maîïre. — Impressions de théâtre; Lecène, in-12; t. I'^'", p. 83 à 94. JMerlet. — Études sur les classiques français; Hachette, ia-12, 1882;

Mesnahd. — Notice de la collection des Grands Écrivains; Hachette,

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Monceaux.— Racine; Lecène, in-8o, 1892; p. 153 à 102. NiSARD. — Histoire de la littérature française, 10^ éd.; Didot, 1883,

iu-12; p. 39 à 42, 53, 54.

Robert (P.). Poétique de Racine; in-8o, Hachette, 1891 ; p. 90 .'i 92,

118, 119, 127, 128, 134, 13.";, 152, 153, 230, 243, 260. Sainte-Beuve. — Causeries du lundi, Garuier, in-12; V, 114. — l'ortrails littéraires, t. I. Garnier; in-18, p. 106 et 107. F. Sarcey. — Feuilletons dramatiques du Temps, jjassim. Cf. particulièrement le feuilleton du 11 avril 1887.

JUGEMENTS

Bajazet ne trompe point la sultane; son air et ses discours annoncent assez qu'il ne l'aime point : s'il ne détrompe pas formellement une amante insensée qui chérit son erreur, c'est moins pour conserver ses jours que pour sauver les jours d'Atalide; mais lorsqu'on exige tju'il se lie par une promesse, il fait alors à l'honneur, à la bonne foi, le sacrilice de la vie, de l'honneur et du trône. Rien n'est si grand qu'un tel procédé. L'âme généreuse de Bajazet peut sans doute se reprocher sa complaisance pourAtalide; mais, s'il était tout à fait innocent, on serait plus indigné que touché de sa mort. Bajazet et Atalide expient d'une manière terrible un artifice que la nécessité de leur situation semblait devoir excuser; voilà la tragédie... Ce que m'y parait surtout admirable, c'est le trouble qui croît de scène en scène.

Geoffroy, Cours de lUtératwe dramatique.

De toutes les tragédies de Racine, Bajazet est celle qui a toujours eu le plus de peine à se maintenir à la scène. Le vice du sujet, qui est la fausse situation d'un homme entre deux femmes dont aucune n'intéresse, semble avoir été accentué encore par le médiocre aménagement de l'intrigue. Il n'y a guère de pièce oîi Racine ait su avec moins d'adresse se servir de plus petits moyens. Le grand ressort de l'intrigue est une lettre surprise dans le corsage d'Atalide, et lue tour à tour par tous les intéressés. C'est un artifice bien mesquin. Bajazet se termine par une tuerie générale dont M"° de Sévigné disait ne pas saisir trop bien les raisons. Nous sommes comme elle : voilà bien du monde exterminé, et pour peu de chose! Bajazet n'est donc pas, à vrai dire, un chef-d'œuvre. C'est, comme a fort bien dit la Harpe, un ouvrage de second ordre écrit par un homme du premier

Mais il y a dans cette tragédie deux rùles admirables : celui de Roxane et celui d'Acomat.

Fr. Sarcey, feuilleton dramatique du Temps, 11 avril 1887.

Bajazet, c'est l'Iionnrte homme engagé dans une situation fausse, contraint de s'abaisser moralement à ses propres yeux pour faire ce qu'il croit être son devoir, et de revêtir des apparences équivoques au moment même où il est en réalité le plus héroïque. Le type devient ainsi très général. Tous ceux-là aimeront et compr(!ndront Rajazet qui ont été obligés de mentir et de soutenir péniblement leur mensonge, par amour, fidélité et compassion, et pour épargner des douleurs à une autre créature. Ce rôle si comprimé, si gêné, si peu « avantageux », contient donc, en somme, plus de tragique que les grands rôles des héros de tragédie. Je voudrais seulement que Bajazet nous dît mieux dans quelque monologue à quel point il soufifre des hontes et des abaissements qu'un devoir supérieur lui impose. On verrait tout de suite sous un autre jour ce personnage calomnié...

Je ne sache pas de tragédie qui soit plus enveloppée de mystère et d'épouvante.

J. Lemaître, Impressions de thkUre; Lecène et Oudin; 1" série.

LETTRES

Peu après la mort de Voltaire, dans le Mercure du o juillet 1778, la Harpe, disciple aimé de Voltaire, s'avisa d'opposer à une pièce de celui-ci, Zidiine, dont le sujet est analogue à celui de Bajazet, la tragédie de Racine, de constater l'infériorité de Voltaire, et de conclure : « C'est donc une terrible entreprise que de refaire une pièce de Racine, même quand Racine n'a pas très bien fait. » Cet article causa un vif émoi dans le camp voltairien, et le Journal de Paris, par la plume du marquis de Villevieille, y fit une réponse indignée. La Harpe écrit à M. de Villevieille.

Peut-être a-t-il eu tort de cboisir ce moment pour critiquer une pièce d'un auteur dont plus que personne il a déploré la mort récente. Mais il n'a pas cru faire injure à Voltaire en le traitant déjà comme un classique et un ancien.

Il connaît les mérites de Zuliine et les défauts de Bajazet.

Mais Bajazet a des beautés qu'il a le regret de ne pas retrouver dans la tragédie de Voltaire.

Qu'on lui permette donc, en rendant justice à la ti'agédie de Voltaire, d'avouer sa préférence pour le théâtre de Racine.

DISSERTATIONS ET LEÇONS

De la couleur locale dans la tragédie classique d'après Bajazet et Za'ire.

(Paris. — Aguéoation des lettres, Composition, 1889.)

« Je ne conseillerais pas à un auleur de prendre pour sujet d'une tragédie une action aussi moderne que celle-ci, si elle s'était passée dans le pays où il veut faire représenter sa tragédie. » (Deuxième préface de Bi.ijazct.)

(Bordeaux. — Licenxe es lettres.)

Schlegel a dit en parlant de Racine : « Il a donné la couleur française à tous les héros de l'antiquité. » Que penser de cette critique, surtout à propos de Bajazct?

(Caen. — Devoir préparatoire a l'agrégation DE l'enseignement SPÉCIAL, janvier 1890.)

Le caractère d'Acomat dans Bajazet.

(Clermont. — Devoir de licence, avril 1890.)

« Étant une fois (raconte Segrais) près de Corneille sur le théâtre, à une représentation de Bajazet, il me dit : « Je me "arderais bien de le dire à d'autres que vous, parce qu'on dirait que j'en parle par jalousie; mais prenez-y garde, il n'y a pas

un seul personnage dans Bajazet qui ait les sentiments qu'il doit avoir et que l'on a à Gonstantinople; ils ont tous, sous un habit turc, les sentiments qu'on a au milieu de la France. » Que penser de ce jugement de Corneille?

(Grenoble. Devoir de licence, mai 1881. — Bordeaux. Licence es lettres, Composition.)

La jalousie dans Racine; rùles d'ilermione, de Roxane, d'Éri-

phile.

(Lyon. — Devoir d'agrégation.)

La jalousie dans Bajazet et dans Zaïre.

(Montpellier. — Devoir d'agrégation' des lettres, 1888-1889.)

Du caractère de Bajazet dans la tragédie de Racine.

(Rennes. — Devoir de licence, février 1891.)

Apprécier la couleur locale dans la tragédie de Bajazet, en insistant sur le point de vue moral.

(Rennes. — Devoir de licence, janvier 1892.)

Étudier avec le personnage d'Acoinat, dans Bajazet, le rôle de l'ambitieux au théâtre; le comparer rapidement aux rôles de Narcisse, d'Aman et de Mathan.

(Fontenay-aux-Roses. — Devoir de littératlre.)

L'art de l'exposition chez Racine d'après le premier acte de Bajazet.

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