‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 3)Chapitre 65 sur 106 · NARRATIONS ET DIALOGUES · texte numérisé non relu

NARRATIONS ET DIALOGUES

« Nous avons dîné, M. Despréaux, M. de Frangeville et moi. Après le dîner, nous avons été prendre le café sous un berceau dans le jardin. Pendant ce teraps-là M. Despréaux nous a parlé de la manière de déclamer, et il a déclamé lui-même quelques endroits avec toute la force possible. 11 a commencé par cet endroit du Mithridate de M. Racine : c'est Monime qui parle à Mithridate :

Nous nous aimions... Seigneur, vous changez dévisage!

«11 a jeté une telle véhémence dans ces derniers mots, que j'enaiété ému. Aussi faut-il convenir queM. Despréaux est un des meilleurs récitateurs que Ton ait jamais vus. Il nous a dit que c'était ainsi que M. Racine, qui récitait aussi merveilleusement, le faisait dire à laChampmeslé. » (Mémoires de Brossette sur Boileau.)

Après la lecture faite par Boileau, un dialogue s'engage entre les assistants sur la scène de Mithridate et ses rapports avec la scène analogue de VAiare, c'est-à-dire sur les rapports de la tragédie et de la comédie.

L'histoire veut que Monime ait été, non pas seulement la fiancée, mais l'épouse de Mithridate. Celui-ci, vaincu par le général romain Lucullus, et croyant sa situation désespérée, fit ordonner à Monime de se tuer pour ne pas tomber entre les mains du vainqueur. Monime essaya en vain de s'étrangler avec le bandeau royal, qui se rompit sous ses efforts. Elle maudit amèrement ce funeste diadème qui avait été cause de tous ses malheurs, et maintenant ne pouvait même pas l'aider à mourir; puis, après avoir dit un dernier adieu à l'Ionie, sa patrie, elle offrit sa poitrine au glaive d'un esclave.

« De toutes les tragédies françaises, dit Voltaire {Charles XII, 1. V), Mllhridale était celle qui plaisait le plus à Charles XII, prisonnier des Turcs, parce que la situation de ce roi vaincu et respirant la vengeance était conrorme à la sienne. »

On imaginera un dialogue entre Charles XII et le baron Fabrice, gentilhomme du duc de llolstein, qui l'avait engagé à lire pendant sa captivité les tragédies de Corneille et de Racine.

On lit dans une lettre de Valincour à d'Olivet: « Racine m'a plusieurs fois conté que, pendant qu'il faisait sa tragédie de Mithfi'late, il allait tous les matins aux Tuileries, où travaillaient alors toutes sortes d'ouvriers, et que, récitant ses vers à haute voix sans s'apercevoir seulement qu'il y eût personne dans le Jardin, tout d'un coup il s'y trouva environné de tous ces ouvriers. Ils avaient quitté leur travail pour le suivre, le prenant pour un homme qui par désespoir allait se jeter dans le bassin. » II les rassure, leur expose le sujet de sa pièce, et essaye sur ce public inattendu l'efTet des vers qu'il vient d'écrire.

Pendant la célèbre entrevue d'Erfurt, Napoléon désira que les acteurs de la Comédie française offrissent à son « parterre de rois » la représentation de Mithridate, qu'il préférait à toutes les autres tragédies de Racine. Un intérêt de circonstance l'y inclinait: il trouvait quelque ressemblance entre les projets de Mithridate contre Rome et ses propres projets contre l'Angleterre. D'autre part, l'acteur Dazincourt avait proposé Athalie. Dialogue entre Dazincourt et Napoléon.

LETTRES

M™°de Coulanges écrivait à M™« deSévigné le 24 février 1673 : « Mithridate est une pièce charmante. On y pleure, on y est dans une continuelle admiration; on la voit trente fois, on la trouve plus belle la trentième que la première. »

On suppose que M™° de Sévigné , après avoir vu, à son tour, la tragédie de Racine, en dit son libre sentiment à M"""^ de Coulanges. En admiratrice du vieux Corneille, elle louera surtout ce qu'il y a de plus particulièrement forn^/ù'udans l'œuvre nouvelle, en indiquera discrètement certaines faiblesses (par exemple le caractère de Xipharès, si inférieur aux Rodrigue et aux Nicomède), mais louera sans réserve le caractère de Monime

DISSERTATIONS ET LEÇONS

Milhridale clans l'iiisloire et chez Racine.

(Paris. — Leijon d'agrégation, 1881, 1883. )

Étudier le caractère du vieillard amoureux au théâtre, en réservant la place principale au Mithridate de Racine.

(Douai. — Devoir d'agrégation des lettres, janvier 1885.)

Discuter ce jugement quelquefois exprimé sur Mithridate, que c'est la plus cornélienne des tragédies de Racine.

(Lyon. — Devoir de licence.)

Doit-on regarder Racine comme profondément inférieur à Corneille au point de vue du sens historique, et pour la manière dont il a fait parler et agir sur la scène les personnages réels que l'histoire lui avait donnés?

(Lyon. — Licence ès lettres. — Session de novembre 1885.)

Du personnage de Monime dans le Mithridate de Racine. Place qu'elle occupe dans la tragédie; rôle qu'elle joue, son caractère.

(Landes et Lot-et-Garonne. Brevet supérieur. Aspirantes, juillet 1889.)

Monti'ez, par des exemples empruntés à Milhridate et à Britannicus, que le génie de Racine était capable de profondeur dans la conception des caractères, et de vigueur dans l'expression.

(Lozère. Brevet sl'périeur. Aspirantes, juillet 1889.)

Nicomède et M'Uhridate; faire sortir de cette comparaison les traits essentiels qui distinguent Racine de Corneille.

Après avoir succinctement analysé Mithridate et indiqué les scènes qui vous paraissent les plus dignes d'admiration, vous examinerez s'il est vrai que Racine n'a su peindre que les femmes et s'il n'a pas quelquefois la mâle énergie de Corneille.

(Aveyron, Lot, Hautes-Pyrénées, Tarn. Brevet supérieur. Aspirantes, juillet 1890.)

Comparer les caractères de Pauline dans Polyeucte et de Monime dans Mithridate.

Discuter ce jugement de V. Cousin : « Quand Racine imite Corneille, par exemple dans Alexandre et même dans Mithridate, il l'imite assez mal. La scène si vantée de Mithridate exposant son plan de campagne à ses fils est un morceau de la plus belle rhétorique, qui ne peut entrer en comparaison avec les scènes politiques et militaires de Cinna, de Sertorim, surtout avec cette première scène de la Mort de Pompée, où vous assistez à un conseil aussi vrai, aussi grand, aussi profond que l'a jamais pu être aucun des conseils de Richelieu et de Mazarin. Racine n'était pas né pour peindre les héros. » {Bu Vrai, du Beau et du Bien, 10" leçon.)

Ouels rappoils peuvent exister entre MUhridalc et la meilleure des tra^'édies de Crébillon, Bhadanmte et Zénobie? En marquant certaines ressemblances de détail, marquer aussi les difîérences générales qui séparent Crébillon de Racine.

Comparer le caractère de Mithridate amoureux au caractère du vieux Ruy-Gomez dans VHernani de V. Hugo.

M. Nisard prétend que le caractère de Mithridate manque d'unité et parfois de dignité. Que pensez-vous de celte critique? Où est, selon vous, l'unité de ce caractère, et quelle idée vous faites-vous de la dignité tragique?

VUlefranclie-de-Kouei(;ue. — J. Uardoux, impr.

IPIIIGENIE

(IS août 1674, à la Cour.)

Caractère plus partîeulîèremciit légendaire du sujet. Respect superstitieux de Raciuc pour les traditious.

Andromaque, Britannlcus, Bérénice, Bajazet, Mithridatc, sont des tragédies purement humaines, historiques par certains côtés, mais sans mélange de légendes mythologiques, à moins que les fureurs d'Oreste ne soient un souvenir de l'ancienne mythologie; mais elles s'exphquent humainement, comme le reste. Certes, les souvenirs de la Fable y abondent; mais ils sont séparables de l'action. Ici, le sujet même est fabuleux: à l'armée des Grecs, rassemblée dans le port d'Aulis, et prête à faire voile vers Troie, les dieux refuser' un vent favorable, si les Grecs ne sacrifient à Diane une jeune lille du nom d'Iphigénie. Comme ledit plaisamment le bachelier Melchior de Villegas, dans le Gil Blas de Lesage, ce n'est point le péril d'Iphigénie qui fait le véritable intérêt de la pièce, c'est le vent. Racine a pu modifier bien des détads dans l'intrigue, bien des traits dans les caractères, mais le fond du sujet reste et devait rester irréductible, tout exceptionnel et légendaire. Est-ce à dire que le choix même du sujet soit mauvais? Non, puisque Racine en a tiré un chef-d'œuvre. Mais il est permis de constater que les sentiments, d'une délicatesse parfois si moderne, qu'il prête à ses personnages, il a dû les verser dans un moule antique et un peu rigide. Et sa tragédie est vivante, ce qui est un pur miracle; mais on y sent parfois des contrastes, des contradictions même, que tout son art n'a pu qu'atténuer.

Il est surprenant de voir avec quelle conscience scrupuleuse jusqu'à la superstition il cite ses auteurs dans sa préface : « Eschyle dans son A<jamemnon, Sophocle dans Electre, et après

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