C. de Litt. — R.\ci.NE {Phèdre
cette action c'est Vénus qui Uendia le premier rôle ; que derl'ière tous les personnages, libres on apparence, on la devinera toujours, invisible et présente ; que les événements suivront un cours nécessaire, réglé par elle d'avance ! Et comme on accueille dès lors, avec une sympathie mêlée de pitié, l'éphébe à la chasteté souriante qu'elle a marqué pour la mort! I.e voici qui, au retour d'une chasse ardemment poursuivie, apporte son tribut accoutumé à l'autel de Diane.
Je t'apporte, ô ma souveraine, celle couronne que mes mains ont tressée r j'en ai cueilli les fleurs dans une prairie vierge, où le berger n'ose conduire SCS truupeaux, et que le fer n'a point encore entamée; l'abeille seule y parcourt, au printemps, l'herbe jiure de toute atteinte. La Pudeur la nourrit de la rosée des sources vives, pour que puisse y butiner quiconque ne doit rien à l'étude, mais a appris de la nature la sagesse en toute chose ; l'accès en est interdit aux pervers. Reçois donc d'une main pieuse, ô ma chère souveraine, cette couronne faite pour orner ta chevelure dorée. Seul entre tous les mortels, j'ai droit de te l'offrir : car j'habite avec toi, je m'entretiens avec toi, et j'entends la voix, si je n'aperçois pas ton visage. Puissé-je finir ma vie comme je l'ai commencée i !
Cet enthousiaste adorateur de Diane, disciple charmant et intolérant de la secte orphique (une sorte de paganisme épuré, où Ton dirait qu'il entre un peu de christianisme déjà-), est aussi un ennemi déclaré de Vénus, l'nvieux serviteur l'exhorte en vain à ne pas mépriser une déesse aussi redoutable; le dédaigneux Hippolyte semble prendre à tâche d'accroître encore le ressentiment de Vénus contre lui.
Voici que la seconde victime de Vénus parait à son tour. Le dialogue qui s'engage entre Phèdre et sa nourrice a été suivi d'assez près, semble-t-ii, par Racine.
Soulevez mon corps, redressez ma tète; je sens mes membres brisés se dissoudre, mes amies. Esclaves, prenez ces belles mains. Que ce voile est pesant sur mon front ! Ote-le, laisse flotter mes cheveux sur mes épaules. — Courage, mon enfant ! Ne déplace pas impatiemment ton corps. Tu supporteras plus aisément ton mal en demeurant tranquille et noblement résignée : souffrir est une nécessité pour les mortels. — Hélas ! que ne puis-je, au bord d'une source limpide, puiser une onde pure qui me désaltère ! que ne puis-je, couchée à l'ombre dos peupliers, me reposer dans une prairie toutïue ! — O mon enfant, que dis-tu ? Garde-toi de tenir devant la foule ce langage insensé. — Conduisez-moi sur la montagne. J'irai à la forêt, au milieu des pins où courent les chiens meurtriers à la poursuite des cerfs tachetés. Dieux ! je brùlc d'animer les chiens de la voix et d'approcher de mes blonds cheveux le javelot de Thessalie, la main armée d'un dard acéré.