Acte III. — Au moment où Phèdre, qui veut espérer contre
toute espérance, se livre aux transports de sa passion, on lui annonce le retour de cet époux qu'elle croyait mort. Égarée par les conseils perfides d'OÉnone, elle n'accueille Thésée que par quelques paroles entrecoupées et équivoques, qui semblent accuser Hippolyte. L'embarras de celui-ci augmente le trouble et les soupçons de Thésée.
Acte IV. — Œnone persuade à Thésée que son fils a voulu faire violence à Phèdre, et l'épée d'IIippolyte, qu'elle lui montre, donne créance à ses accusations. Dans sa colère, Thésée adjure Neptune de faire périr ce fils coupable. En vain celui-ci proteste qu'il est innocent et qu'il aime la seule Aricie ; la délicatesse avec laquelle il s'interdit d'accuser Phèdre assure sa perte. Elle-même, pourtant, Phèdre, prise de remords, vient ])rès de Thésée dans l'intention de justifier Hippolyte; mais Tliésée lui révèle l'amour qu'Hippolyte avoue pour Aricie, et J^hèdre jalouse laisse Hippolyte mourir. Cette jalousie furieuse la torture dès lors, et elle maudit les criminelles suggestions d'Œnone, qui l'ont précipitée elle-même dans le crime.
Acte y. — Cependant la chaleur avec laquelle Aricie atteste l'innocence d'IIippolyte émeut Thésée; le suicide d'OEnone commence à lui ouvrir les yeux. Il est trop lard : Théramène vient raconter la mort d'Hippolyte au père désespéré ; Phèdre s'empoisonne, et, mourante, avoue le forfait dont Œnone a été l'instigatrice,
Hippolyte, le héros trEiiripide, n'est plus le héros de Racine. — Que tous les traits de sa physionomie antique n'ont pas cependant disparu. — La chasteté, l'obéissance filiale. — Hippolyte et Thésée.
Cette analyse suffit à nous montrera quelle distance l'Hippolyte français est de l'Hippolyte grec. On ne saurait, sans doute, se passer de lui; mais il subit les événements sans y intervenir. L'Hippolyte grec ne les diinge guère davantage ; mais, s'il est la victime de V^énus, il est aussi l'adversaire très résolu de la déesse qui le perd : son culte pour Diane a quelque chose d'un peu agressif; sa chasteté, quelque chose d'un peu âpre. Ce qui le caractérise, en général, c'est un certain manque de réserve modeste ; mais peut-on lui reprocher de n'être pas chrétien? Il a la grâce, mais une grâce, pour ainsi dire, virile-
PHÈDRE V.i
ment juvénile; il sait sourire, il ne sait pas rougir; il s'emporte parfois, il ignore la douceur résignée. L'Hippolyte français n'a ni ses audaces ni sa verve de parole ; il ,est discret, un peu effacé. Ainsi sont d'ordinaire les jeunes premiers de Racine, les Pyrrhus, les Brilannicus, les Bajazet, les Xipharès; mais c'est que leurs sentiments mesurés se heurtent aux passions fougueuses d'une Hermione, d'un Néron, d'une Roxane, d'un Mithridate. Toutefois, on les modernise et on les francise trop d'ordinaire. Il ne semble pas qu'Hippolyte lui-même soit uniquement un courtisan français, ni que ce jugement de M. Taine sur lui soit tout à fait juste, ou, du moins, soit complet.
Quand Hippolyto parle des forêts o'i il vit, entendez les grandes allées de- Versailles; encore y a-t-il son précepteur; sinon, oii eùt-il pris son beau style? Un chancelier de France ouvrant le conseil lors d'un avènement n'eût pas mieux parlé que lui après la mort de son père ; la petite oraison funèbre qu'il prononce est d'une pompe et d'une convenance accomplies; son exposé des affaires, son rapport sur le partage du royaume, feraient honneur à un conseiller d'État. Il est si bon orateur, qu'il est sophiste ; sa façon d'exclure le fils de Phèdre est parfaite ; il semble ici qu'il soit né jésuite autant que roi. Soyez certain que, comme le duc du Maine, il a eu M""^ de Maintenon pour précepteur. Et savez-vous ce qu'il faisait dans les forêts dont il parle si souvent et si bien? Des madrigaux. Ses déclarations d'amour en sont pleines.
Le caractère d'Hippolyte, comme tous les caractères analogues chez Racine, n'est pas d'une simplicité si élémentaire. Moderne par quelques traits, Hippolyte ne l'est point par tous. Il est Français surtout par les manières extérieures, par la distinction de l'attitude et la discrétion du ton ; mais il ne l'est pas exclusivement par le fond du cai'actère. Comme pour marquer la transition entre l'Hippoiyte « philosophe » d'Euripide et le sien, Racine a pris soin de rappeler en maint endroit à l'esprit du spectateur
ce superbe Hippolyte, Implacable ennemi des amoureuses lois,
dont, seule, Aricie a pu adoucir le cœur «si fier, si dédaigneux». Le poète même y met une sorte d'insistance, qui fait parfois sourire, quand on oppose la réserve, parfois trop sage, des actions et des paroles d'Hippolyte, au « farouche orgueil )> qu'Œnone et Phèdre prêtent à ce « superbe ennemi ».
Nourri dans les forêts, il en a la rudesse. Hippolyte, endurci par de sauvages lois, Entend parler d'amour pour la première fois.
Aux yeux mêmes d'Aricie, il esl « l'insensible Hippolyle ». Et Jiii-même, enfin, il n'oppose aux calomnies que sa réputation Jjien établie d'intlexible chasteté.
Élev(' dans le sein d'une chaste héroïne,
.Te n'ai point de son sang démenti l'origine.
t'itthce, estimé sage entre tous les humains.
Daigna m'instruire encore au sortir de ses mains.
.7e ne veux point me peindre avec trop d'avantage;
jSIais si quelque vertu m'est tombée en partage,
Seigneur, je crois surtout avoir fait éclater
La haine des forfaits qu'on ose m'impuler.
C'est par Ik qu'IIippolytc est connu dans la Grèce.
.J'ai i)oussé la vertu jusques à la rudesse.
On sait de mes chagrins linflexible rigueur.
Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon ca'ur.
Avouons-le, la transition n'est pas assez ménagée entre la rudesse de cette vertu chagrine et la galanterie pleine de bonne grâce dont il usera vis-à-vis d'Aricie. Mais il serait injuste de ne voir que cette galanterie et de méconnaître les intentions très visibles de Racine. Jusqu'alors Hippolyte a montré « pour le sexe une haine fatale » ; il aime pour la première fois, et l'expression de son amour en aura plus de fraîcheur. Quoiqu'on dise Œnone, d'ailleurs, il est peu probable que la haine d'Hippolyte contre les femmes ait été jamais si farouche ni si décidément universelle. Ce n'est plus ici la chasteté, érigée en système religieux et pliilosophique, des initiés de l'orphisrae; c'est la chasteté d'une âme candide qui se tient en garde contre les orages de la passion, et qui s'est fait un idéal de pureté plus rapproché de l'idéal chrétien, sans être chrétien tout à fait. Il a ses raisons pour se défier des égarements de l'amour : la vie de son père lui en met sous les yeux trop d'exemples instructifs, et, s'il les oubliait, Théramène, son étrange gouverneur, lui en rafraîchirait la mémoire. Mais chaque fois que Théramène y revient, Hippolyte le supplie d'abréger son discours et de respecter son père. C'est Hippolyte plutôt que devrait respecter l'indiscret Théramène; c'est une pudeur naturelle et délicate qu'il devrait s'interdire de froisser en lui.
Mais que peut être cette tendresse filiale qui n'est pas fondée •sur l'estime? Elle est la plus respectueuse, la plus absolue qu'on puisse souhaiter. C'est par là que le caractère d'Hippolyte est surtout digne de sympathie et, çà et là, d'admiration. Les faiblesses et les emportements de Thésée font mieux ressortir encore la pure sérénité de ce jeune homme qui sait se
PHEDRE lo
contenir et se taire, alors qu'il a tant à reprocher à son père et n'a rien à se reproclier à lui-même. Il se laisse accuser sans vouloir accuser Phèdre.
D'un mensonge si noir justemont irrité,
Je devrais faire ici parler la vérité,
Seigneur; mais je supprime un secret qui vous touclie.
Approuvez le respect qui me ferme la bouche;
Et, sans vouloir vous-même augmenter vos ennuis,
Examinez ma vie, et songez qui je suis.
Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes.
Quiconque a pu franchir les bornes légitimes'
Peut violer enfin les droits les plus sacrés ;
Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés.
Un tel accès de générosité, si l'on en croit Dryden, « n'est praticable que parmi les idiots et les fous ». — « Non, répond M. Taine, un prince comme le duc de Bourgogne aurait tenu la même conduite qu'Hippoljte, aurait eu horreur de se rappeler l'action de Phèdre. » Pourquoi le duc de Bourgogne, et pourquoi toujours les modernes? Hippolyte atteint ici à une sorte d'héroïsme dans la délicatesse morale, et cet héroïsme n'est, à proprement parler, ni antique ni moderne : il est humain. Pudeur exagérée, dit-on, et toute chrétienne. Mais ■est-ce le chrétien encore qui, poussé à bout, fait à Thésée cette réponse plus amère qu'évangélique :
Vous me parlez toujours d'inceste et d'adultère? Je me tais. Cependant Phèdre sort d'une mère,
Phèdre est d'un sang, seigneur, vous le savez trop bien. De toutes ces horreurs plus rempli que le mien?
Non, le silence d'Hippolyte est fier : il se tait parce qu'il veut se taire, et il veut se taire parce qu'il veut épargner à son père la honte et la douleur d'une telle confidence. Son devoir de fils l'emporte sur l'intérêt de sa réputation et de sa vie. Voilà ce qu'Aricie elle-même comprend mal. Elle s'étonne qu'en ce péril Hippolyte puisse se taire. Que lui répond Hippolyte?
Devais-je, en lui faisant un récit trop sincère, D'une indigne rougeur couvrir le front d'un père? Vous seule avez percé ce mystère odieux. Mon cœur pour s'épancher n'a que vous et les dieux.
Cet héroïsme n'est donc pas l'héroïsme de la pudeur et de l'abnégation chrétiennes, mais l'héroïsme de la piété filiale.
Hippolyte a d'autant plus de mérite à accomplir jusqu'au bout ce sacrifice, qu'il n'est point, en vérité, le jeune premier sans caractère dont il est trop facile de tracer un portrait risible : dans la scène ii de lacle II, quand il croit son père mort, il a montré qu'il savait parler et agir en souverain, quand, par un ;icte d'autorité spontanée, il a fait remonter Aricie sur le trône d'Athènes, dont Thésée avait dépossédé sa famille ; dans la première scène du dernier acte, il fait preuve de plus d'énergie encore. S'il obéit à son père qui l'exile, il borne là son obéissance; il ose entraîner dans sa fuite Aiicie, descendante des Pallantides; il lui promet de puissants défenseurs pour leur cause désormais commune: Argos et Sparte les appellent; ils y porteront leurs « justes cris » contre l'injustice dont ils sont victimes ; ils ne se laisseront pas dépouiller par Phèdre. Le moment d'agir est venu.
L'occasion est belle ; il la faut cml)ras3er.
11 semble qu'ici nous soyons loin du duc de Bourgogne, docile et sans initiative. Ne faisons pas d'Hippolyte un révolté; mais ne le traitons pas non plus en petit garçon bien sage: il sait vouloir, il saurait agir, si la mort ne l'arrêtait au moment précis où il va pouvoir être autre chose qu'un fils dévoué, un peu sacrifié, et il meurt en « digne lîls d'un héros «, seul intrépide au milieu de ses compagnons qui s'enfuient.
En mourant, il n'accuse point son père; mais nous pardonnons moins aisément que lui à Thésée sa crédulité et la promptitude irréfléchie de sa vengeance. Notez que les souvenirs évoqués par Théramène nous ont prévenus contre l'ancien ravisseur d'Ariane. Mais Racine prend grand soin d'établir que Thésée, depuis, s'est rangé. Cette fois, c'est de son ami Piritlious qu'il servait « à regret » les amours, et la complaisance de son amitié lui a valu un long emprisonnement d'où il sort à peine. Il faut avouer que l'accueil qu'il reçoit dans son palais est peu fait pour le réjouir: il y rentre « si craint et si peu désiré », que tous ses soupçons en deviennent vraisemblables. Aussi les preuves que la nourrice lui donne de la trahison d'Hippolyte trouvent-elles un esprit disposé à les admettre ; dès que la calomnie a trouvé accès dans son àme, qui semble être celle d'un vaillant guerrier plus que celle d'un sage, tout se tourne en griefs contre le fils calomnié : son « noble maintien », son attitude Hère à la fois et douce, ses mouvements indignés
et ses tendres plaintes, irritent le père abusé au lieu de lui ouvrir les yeux. Hippolyte affirme qu'il aime Aricie et n'aime qu'elle : c'est un grossier artifice; il se fait criminel de ce côté pour se justifier de l'autre. Hipolyte prend les dieux à témoin de son innocence : mais on sait que les serments ont toujours fort peu coûté aux parjures. Du reste, le plaidoyer d'Hippolyte, plus sincère qu'adroit, n'est pas fait pour ramener un père prévenu : la révélation de son amour pour Aricie, outre que, dans les circonstances où elle se produit, elle a l'air d'être une diversion, le rend coupable encore aux yeux d'un souverain par qui Aricie est tenue à l'écart; l'insinuation contre Phèdre est gratuitement irritante, venant d'un homme qui devrait ou l'accuser directement, ou garder tout à faille silence.
Tout concourt donc, sinon à excuser, du moins à expliquer l'erreur persistante de Thésée : « Pour ne pas croire tant d'indices, observe la Harpe, il faut qu'il suppose un crime beaucoup plus atroce encore. » Et il manque assurément de pénétration, celui qui, naïvement, souhaite qu'on puisse reconnaître « à des signes certains » l'àme des hommes, peinte sur leur visage. Mais toutes ces circonstances atténuantes ne suffisent pas à justifier la soudaineté de sa malédiction, dont il sait les effets infaillibles et prochains.
Misérable, tu cours à ta perte infaillible. Neptune, par le fleuve aux dieux mêmes terrible, M'a donné sa parole, et va l'exécuter.
Un dieu vengeur te suit, tu ne peux l'éviter. Je t'aimais; et je sens que, malgré ton offense, Mes entrailles pour toi se troublent par avance.
On a plaisir à le voir se souvenir, ne fût-ce que pour un moment, qu'il est père, à voir croître son trouble, au cinquième acte, à mesure que la vérité se découvre. Mais s'il cherche la vérité, comme il le dit, pourquoi s'est-il hâté de rendre son erreur irréparable? Sachons-lui gré de souffrir pourtant, alors même qu'il croit ne pas s'être trompé.
Mais moi-même, malgré ma sévère rigueur, Quelle plaintive voix crie au fond de mon cœur? Une pitié secrète et m'afflige et m'étonne. Une seconde fois interrogeons Œnone.
Je veux de tout le crime être mieux éclairci.
Il est trop tard : Œnone est morte, Phèdre veut mourir. Alors
seulement Tliésro veut revoir son fils, entendre sa défense; alors seulement il conjure Neptune de ne pas l'exaucer.
J'ai peut-ùtre trop cru des tûmoins peu fidèles, El j'ai trop tôt vers toi levé mes mains cruelles.
Quel crilique le condamnerait avec plus de netteté et de sévérité qu'il ne se condamne ici lui-même? Son désespoir impuissant occupe presque tout ce cinquième acte. Comme le remarque l'abbé Ratteux, Phèdre n'y sera qu'entrevue et n'intéresse plus autant le spectateur, depuis que ses transports de jalousie ont éclaté et que son crime est accompli; liippolyte vient de disparaître, alors fju'il intéresse jusqu'au bout dans Euripide. Thésée seul attire les regards, et sa douleur, si sincère qu'en soit l'accent, ne suffit pas plus que le récit de Thélamène à réchaufTer une action un peu languissante. On ne voit pas bien pourquoi il apostrophe si durement IMièdre : « Eh bien, vous triomphez! » puisqu'il ne sait pas encore qu'elle est coupable ; mais on juge bien sèche et bien froide la seule parole que lui arrache cette poignante confession de Phèdre expirante :
D'une action si noire Que ne puisse avec elle expirer la mémoire !
Il semble assez pauvre en tendresse; Théramène dirait qu'il en a trop dépensé jadis pour qu'il lui en reste un grand fonds. Et pourtant, c'est dans sa tendresse pour Phèdre que réside encore la meilleure excuse de son aveuglement. Jeune, il en a aimé d'autres, ettrop nombreuses; vieilli, il n'aime plus qu'elle, et en elle il place toute sa confiance. Comment ne la croiraitil pas, même quand c'est Hippolyte qu'elle accuse? mais aussi comment lui pardonnerait-il d'avoir trompé sa crédule afTeclion ?
Hippolyte disciple de Tliéraiiiêne, maître de galanterie et maître de rhétorique. — Le récit de Théramène*
Malgré les défaillances de Thésée, la majesté de la puissance paternelle est respectée en lui autant qu'elle a jamais pu l'être dans l'antiquité. Mais si son fils n'était que fils, comme, en dépit de ses velléités finales d'indépendance, il est héroïque
dans son dévouement filial, sa mort causerait « beaucoup plus d'indignation que de pitié «, comme la mort de cet Hippolyte d'Euripide dont Racine critique, dans sa préface, la trop irréprochable perfection. 11 explique, dans cette même préface, pourquoi il a cru devoir donner à son Hippolyte u une faiblesse qui le rendrait un peu coupable envers son père » : cette faiblesse, c'est « la passion qu'il ressent malgré lui pour Aricie, qui est la fille et la sœur des ennemis mortels de son père », des Pallantides exterminés par Thésée. Et il se hâte d'ajouter que cette Aricie n'est point un personnage de son invention, de citer le septième chant de VÉndide, où il est dit qu'Hippoljte, ressuscité par Esculape à la prière de Diane, a épousé Aricie et a eu d'elle un fils.
Ainsi la faiblesse d'Hippolyte serait double : il est amoureux, €t amoureux précisément de celle que Thésée lui défend d'aimer et de protéger. Est-ce l'attrait même de la défense, le charme touchant de la persécution, qui ont attiré Hippolyte vers Aricie ? A la manière dont Théramène parle de cette « aimable » princesse et de « ses innocents appas », je croirais volontiers que le gouverneur n'a pas été étranger à la transformation qu'il signale, avec une ironie souriante, chez son élève jadis trop insensible à son gré. C'est Thésée, sans doute, qui aura placé Théramène près du farouche Hippolyte, dans le dessein de le civiliser et de combler un peu la distance morale cjui sépare un tel tîls d'un tel père. Théramène y tâche de son mieux ; mais la méthode de ce gouverneur n'est peut-être pas celle que Thésée aurait choisie, car, si Théramène entlamme le généreux courage de son élève par le récit des exploits de Thésée, il essaye de l'émouvoir aussi d'autre sorte, par le récit des amours du héros, et dans toute autre âme que celle d'Hippolyte] il ruinerait vite le respect filial. Mais Hippolyte songe aux monstres domptés par son père, et ne veut pas songer à ses égarements.
Voici pourtant une étrange leçon de conduite, et j'y crois voir percer une sorte de satisfaction doucement maligne de ce souple directeur de conscience qui s'admire dans son œuvre :