‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 3)Chapitre 80 sur 106 · C. de Litt. — RACINE [Phèdre · texte numérisé non relu

C. de Litt. — RACINE [Phèdre

Ce n'est point m'arracher du sein de mes parenis ;

Et la fuite est permise h qui fuit ses tyrans.

Mais vous m'aimez, seigneur ; et ma gloire alarmée...

Dès qu'Hippolyle a rassuré sa « gloire », elle est prête. Ah! la charmante Française, courageuse, aimante, et pourtant si pleine de présence d'espiit, si maîtresse d'elle-même dans les crises les plus décisives! Comme Thésée est avisé de se décider à la traiter en fille! C'est le parti le plus prudent autant que le plus juste.

Par cet amour, assurément, ou tout au moins par l'expression de cet amour, le personnage d'Hippolyte cesse d'être antique. Mais faut-il condamner un amour sans lequel la pièce n'existerait pas? « Racine, écrit l'auteur de la Lettre à l'Académie, a fait un double spectacle en joignant à Phèdre furieuse Hippolyte soupirant contre son vrai caractère. II fallait laisser Phèdre seule dans sa fureur: l'action aurait été unique, courte, vive et rapide. » Où donc aurait été l'action? Phèdre, « seule dans sa fureur », se serait agitée dans le vide; car ce qui rend dramatique sa fureur, c'est la jalousie qui en est le ressort, et cette jalousie, d'où vient-elle, sinon de l'amour d'Hippolyte pour Aricie? Otez cet amour, nous pourrons avoir encore une étude psychologique qui ne sera pas à dédaigner, mais nous n'aurons plus de drame.

Progression dramatique des fureurs de Phèdre. — Ce qui l'excuse : rcinportement de la jalousie, les suggestions. d'Œnone. — Ce qui la purifie : le remords.

Les fureurs de Phèdre sont dramatiques, parce qu'elles ne sont pas monotones dans leur développement et dans leur expression, parce qu'elles suivent une progression constante,, à travers des crises diverses, des péripéties où elles se renouvellent en s'exaltant. D'une manière générale, on y peut distinguer deux phases : celle qui précède le retour de Thésée, celle qui le suit. Dans la première, Phèdre n'est point encore coupable, car elle se tait d'abord, et elle en meurt:

Je meurs, pour ne point faire un aveu si funeste.

Elle dit à CEnone les combats qu'elle a livrés pour rester fidèle à son époux, les retours ofiensifs de la passion, l'horreur que cette passion lui inspire.

J'ai conçu pour mon crime une juste terreur :

J'ai pris la vie en tiaine, et ma flamme en horreur.

Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire.

Et dérober au jour une flamme si noire :

Je n'ai pu soutenir tes larmes, tes combats;

Je t'ai tout avoué ; je ne m'en repens pas.

Pourvu que, de ma mort respectant les approches.

Tu ne m'affliges plas par d'injustes reproches.

Et que tes vains secours cessent de rappeler

Un reste de chaleur tout prêt à s'exhaler.

Ainsi, elle veut mourir, et nullement « par métaphore » : l'aveu que lui arrache OEnone la laisse comme écrasée sous le poids de sa honle; elle ne l'aurait point fait si elle n'avait été résolue à emporter bientôt dans la tombe un secret que nul autre ne connaîtra. Une première péripétie l'arrête, et lui rend l'espoir : on dit Thésée mort; Phèdre serait donc libre, et son amour n'aurait plus rien de monstrueux. Elle se déclare à Hippolyte, avec quelle tendresse délicate d'abord, avec quels emportements de passion ensuite, on le sait; même après l'accueil qu'elle reçoit d'Hippolyte, elle espère. Ce n'est plus l'épouse malheureuse mais vertueuse du premier acte; c'est l'amanle qui se croit le droit d'aimer et qui aime avec fougue :

De l'austère pudeur les bornes sont passées.

J'ai déclaré ma honte aux yeux de mon vainqueur,

Et l'espoir, maUjré moi, s'est glissé dans mon cœur.

D éjà l'on devine que celte passion sera terrible si elle rencontre un obstacle sur son chemin, et que Phèdre, elle aussi, si elle a des raisons d'être jalouse, ne sera point jalouse impunément.

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