‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 3)Chapitre 82 sur 106 · Lettre au marquis Albergati Capacelh · texte numérisé non relu

Lettre au marquis Albergati Capacelh

femme criminelle, el surtout dans la scène de la jalousie, qui, comme on le sait, est de l'invention du poète moderne... Cette femme n'est pas dans le caractère antique; c'est la chrétienne réprouvée, c'est la pécheresse tombée vivante entre les mains de Dieu*.

Si outré dans l'expression que soit ce jugement, Chateaubriand semble avoir plus raison ici que pour Andromaque et même pour Iphlcjénie. Faut-il se prononcer entre Rousseau qui condamne et Chateaubriand qui admire? Mais voici, d'une part, Sainte-Beuve, qui chez l'auteur de Phèdre voit surtout le janséniste, partisan de la grâce efQcace ; de l'autre M. Krantz, qui voit surtout le cartésien, et commente ainsi le passage de la préface où Racine écrit qu'il doit à Euripide ce qu'il a mis peut-être « de plus raisonnable » sur le théâtre :

Voilà certes une surprenante expression quand elle s'applique à Phèdre, à cette païenne martyre en proie aux feux vengeurs de Vénus et brûlant d'un amour à la fois fatal et coupable pour le fils de son époux. N'est-elle pas pour nous le type de la passion dans ce qu'elle a de plus déréglé, et comment Racine a-t-il pu qualifier ce délire douloureux de « raisonnable »? C'est que justement ce délire est conscient, malgré ses éclats furieux; c'est qu'il connaît sa cause et prévoit ses effets ; c'est qu'il se saisit, qu'il se mesure lui-mi-me, qu'il s'aime et qu'il se condamne, qu'il veut finir et qu'il redoute de s'apaiser. Dans la Phèdre de Racine la passion se développe suivant une loi raisonnable; elle a un sens, une suite, une conclusion 2.

Dans quelle mesure l'auteur de Phèdre est janséniste et fataliste, il faut le demander à lui-même, car il s'est expliqué, sur ce point, dans sa préface, de manière à ne laisser à désirer aucun commentaire. « Phèdre n'est ni tout à fait coupable ni tout à fait innocente. Elle est engagée, 23«?" sa destinée et par la colère des dieux, dans une passion illégitime, dont elle a horreur toute la première. Elle fait tous ses efforts pour la surmonter. Elle aime mieux se laisser mourir que de la déclarer à personne. Et lorsqu'elle est forcée de la découvrir, elle en parle avec une confusion qui fait bien voir que son crime est plutôt une punition des dieux qu'un mouvement de sa volonté. »

Suffisamment clair par lui-même, ce passage s'éclaire encore quand on le rapproche de cette fin si curieuse de la préface, où Racine souhaite « de réconcilier la tragédie avec quantité de personnages célèbres par leur piété et par leur doctrine, qui l'ont condamnée dans ces derniers temps, et qui en jugeraient sans doute plus favorablement, si les auteurs songeaient autant

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