XIII
— Portraits littéraires; Garnier, ia-l2; I, 81, 82, 86, 87; III, 30.
S.vnte-Beuve. — Portraits de femmes ; Garnier, in-12; p. 370, 371.
Sarcey (Fr.). — Feuilletons dramatiques du Temps, passim.
Taine. — Nouveaux Essais de critique et d'histoire; Hachette , iu-12,
Stapfër. — Racine et V. Hugo; Colin, 1887, in-12; p. 63, 70, 8G, 87,
JUGEMENTS
Nous voyons avec plaisir sur nos théâtres un jeune Iiéros montrer autant d'horreur pour découvrir le crime de sa bellemère qu'il en avait eu pour le crime môme. Il ose à peine, dans sa surprise, accusé, jugé, condamné, proscrit et couvert d'infamie, faire quelques l'étlexions sur le sang abominable dont l'iièdre est soilie : il abandonne ce qu'il a de plus cher, et l'objet le plus tendre, tout ce qui parle à son cœur, tout ce qui peut l'indigner, pour aller se livrer à la vengeance des dieux, qu'il n"a point méritée. Ce sont les accents de la nature qui causent ce plaisir; c'est la plus douce de toutes les voix.
Montesquieu, Esprit des lois, xxiv, 4.
L'expression de l'antique fatalité dans cette pièce se rapproche déjà bien sensiblement de celle qu'admet un rigoureux christianisme. La faildesse et Fenlraînement de notre misérable nature n'ont jamais été plus mis à nu. Il y a déjà, si on l'ose dire, un commencement de vérité religieuse dans une vérité humaine si profondément révélée, si vivement arrachée de ses ténèbres mythologiques. La doctrine de la grâce se sent toute voisine de là; notre volonté même et nos conseils sont à la merci de Dieu; nous sommes libres, nous le sentons, et nous croyons l'être, et pourtant il y a nombre de cas où nous sommes poussés -.terrible mystère! Phèdre, avec sa doiileia' vertueuse, pourrait être ajoutée dans le traité du Libre Arbitre de Bossuet comme preuve que souvent on agit contre son désir, qu'on désire contre sa volonté, qu'on veut malgré soi :
Que dis-je? cet aveu que je te viens de faire, Cet aveu si lionleux, le crois- tu volontaire ' ?
Sainte-Beuve, Port-Royal; Hachette.
1. Sainte-Beuve conclut : « L'amour d'flippolyte. cette concession au public
Au moment le plus douloureux du drame, Phèdre nous fait ressouvenir que Jupiter est son bisaïeul, le Soleil son aïeul et son père. Toute cette mythologie devrait nous refroidir, arrêter en nous 1 émotion qui naissait. Mais non, car tout aussitôt ■cette mythologie se transforme. Jupiter, le Soleil, « l'Univers .plein des aïeux » de la coupable évoquent pour nous l'idée de l'œil de Dieu, partout présent, partout ouvert sur notre cons- •cience; Minos est le juge éternel qui attend notre âme après la mort; et quand Phèdre, écrasée de terreur, tombe sur ses :genoux en criant : « Pardonne! » c'est bien si vous voulez vers Minos qu'elle crie, mais nous comprenons que c'est surtout vers le Dieu de Racine.
J. Lemaïtre, Impressions de théâtre, I" série, Lecène.
galant; la froideur d'Aricie, rinutilité de ce grand récit de Théramène, ces défauts de Phijdre, mêlés aux beautés, réservent la iialrae sans égale à At/inlie. »
NARRAÏIONS ET DIALOGUES
Roileau, s'adressanl au grand Arnauld, justifie l'emploi de l'ainour au théâtre, et particulièrement dans la Phèdre de Racine.
(Besançon. — Devoir dk licence, septembre 1887.)
Boileau entreprend de réconcilier Racine avec MM. de Port- Royal.
Racine, brouillé avec ses anciens maîtres de Port-Royal, nola nimcnt avec Nicole et Arnauld, pendant la période de sa vie théâtrale (1664-1077), ne désirait rien tant, après avoir abandonné la scène et s'être marié et rangé, que de se réconcilier avec eux. Nicole, qu'il était allé trouver, n'avait fait aucune résistance, « ne sachant ce que c'était que la guerre )> ; mais M. Arnauld restait inlraitable. Boileau s'avisa un jour de lui porter Phèdre, ruminant en chemin ce qu'il lui dirait : « Cet homme, disait-il, aura-t-il toujours raison? » Après l'entretien de Boileau avec Arnauld, Racine fat reçu en grâce par Port- Royal. (Dijon. — Baccalairéat.)
Conduit par Boileau chez Arnauld, Racine se jette à ses pieds pour lai demander pardon de ses torts; mais Arnauld confus en fait de même, et tous deux s'embrassent. On imaginera l'entretien qui suit cette réconciliation.
LETTRES
Lettre d'un académicien à Fénelon (1714). — Il a entendu avec un vif plaisir la lecture de la Lettre à l'Académie faite par yi. Dacier'. Cependant il exprimera quelques doutes à propos des remarques qui concernent la Phèdre de Racine -.
Fénelon le reconnaît : l'intérêt s'est déplacé dans l'œuvre moderne. 11 ne porte plus, comme dans Euripide, sur le personnage d'Hippolyte. Dès lors était-il défendu de rien changer à un caractère qui perdait beaucoup de son importance ?
Ce caractère lui-même, nous ne le connaissons que par les poètes anciens. Leurs conceptions ne méritent pas toujours autant de respect que les données de l'histoire.
L'épisode d'Aricie et d'Hippolyte tient-il assez de place pour faire un double spectacle? A vrai dire, il n'est qu'un moyen d'amener un effet principal. Sans lui, tout le quatrième acte deviendrait impossible : et c'est là justement que Phèdre reste toute seule dans sa fureur et dans ses remords.
Il ne saurait donc pour sa part reprocher à Racine une faute qui lui permet de rendre Phèdre jalouse, et d'épuiser ainsi -^ la peinture de sa passion, mais sans cesser un instant, comme l'a dit le poète, de mettre le bien dans tout son jour ''-.
(École normale, 1884.)
Lettre de Houdar de Lamotte à Fénelon. — 11 réfute la critique que renferment à l'adresse de Racine ces mots de la Lettre à
i. Secrétaire perpétuel.
'i. i< M. Racine est tombé dans l'inconvénient d'afTaiblir l'action en composant sa P/wdre. Il a fait un double spectacle, on joignant à Phèdre furieuse Hippolyte soupirant, contre son vrai caractère. Il fallait laisser f'hèdre toute seule dans sa fureur. L'action aurait été courte et rapide. Mais la mode du bel esprit faisait mettre de l'amour partout. » {Lettre sur les occupations de l'Académie française. Projet d'un traité sur la tragédie.)
3. Dans ses notes marginales sur un exemplaire d'Electre, Racine loue vivement Sophocle d' « avoir épuisé » la pitié.
4. i( Je n'ai pas fait de tragédie oLi la vertu soit plus mise en jour. La seule pen-
U COURS DE LITTERAÏLRE
l'Académie : « Il fallait laisser l'hèdre toute seule dans sa fureur. L'action aurait été vive, unique et japide. »
(Besançon. — Devoir de licence, mars 1882.)
On sait qu'après le succès contesté de Phc'Ire, Racine, par dégoût do la cabale el surtout par scrupule religieux, résolut de renoncer nu théâtre. On supposera que lioileau écrit à son ami pour le faire revenir sur sa détermination *.
(Douai. — Baccalauréat, juillet 1884.)
Pendant la querelle de Phèdre, le duc de Nevers, un des chefs de la cabale hostile à Racine et à l'ami de Racine, Boileau, avait proféré de graves menaces contre les poètes par qui il se prétendait olfensé. Monsieur le duc, fils du grand Condé, leur offrit asile chez lui : « .Si vous êtes innocents, leur écrivait-il, venez-y; si vous êtes coupables, venez-y encore. » Racine répond à Monsieur le duc.
Arnauld disait de Phcdvt' : « Cela est parfaitement beau ; mais pourquoi a-t-il fait Hippolyte amoureux? » Racine lui écrit pour justifier le rôle d'Hippolyte.
YI
On sait quel rôle la duchesse de Bouillon, nièce de Mazarin, joua dans l'intrigue ourdie contre la Phèdre de Racine. La Fontaine était un des familiers de l'hôtel de Bouillon. Plus tard il écrira à la duchesse, qui séjourne alors en Angleterre (1687) :
Vous portez en tous lieux la joie et les plaisirs; Allez en des climats inconnus des zéphyr» ; Les champs se vêtiront de roses.
sèe du crime y est regardée avec autant d'horreur que le crime même. » (Préface de Phèdre.)
1. Un sujet semblable a été donné en composition de licence es lettres à Bordeaux.
11 louait surtout son esprit, qui n'estimait rien qu'à propos, son goût finement critique :
Le.'i Sophocl('.i (lu Icnip'i et l'illustre Molière Vous donnent toujours lieu d'agiter quelque point. Sur quoi ne disputez-vous point?
On suppose qu'une de ces discussions s'engage, à l'hôtel de Bouillon, à propos de Phèdre, et que la Fontaine seul tient tête ■à la ducliesse, au duc de Nevers, son frère, à M'"'= Deshoulières, à Pradon, mais sans jamais se départir d'une discrétion souriante.
Racine écrit au roi peu de jours après la représentation de sa Phèdre et peu de jours avant la représentation de la Phèdre <3e Pradon.
Le bruit s'est répandu* qu'il a sollicité du roi l'interdiction de la pièce de Pradon ; le roi sait qu'il ne fera jamais un aussi méprisable usage de la faveur dont il est honoré.
Une carrière longue, et non sans gloire, montre assez qu'il n'a jamais eu recours à l'intrigue pour conquérir le succès. Toutes les cabales de ses ennemis ne l'entraîneront pas hors de la voie droite qu'il a toujours suivie.
Loin de souhaiter que la pièce de Pradon soit étouffée, il souhaite qu'elle voie le jour le plus tôt possible : le public pourra comparer et saura juger.
Pour lui, écœuré de tant d'insinuations et de perfidies, il songe à quitter le théâtre, pour servir Dieu, qu'il a trop oublié.
Racine répond à l'épître Vil de Boileau.
Dans la première édition, la tragédie de Racine s'appelait Phèdre et Hippolrjte. On suppose qu'un des amis du poète, Valincour, par exemple, lui écrit pour critiquer ce titre, dont la netteté n'est pas suffisante, et pour lui prouver, en invoquant la
1. l'radon accuFC fornicllemeut Racine d'avoir essayé d'étouffer sa pièce.
tragédie même, que le titre de Phèdre est seul vraimenl significatif et logique.
Dans sa Comparaison entre la Phèdre d'Euripide et celle de Racine (1807), \V. Schlegel critique à fond la tragédie française, et particulièrement le caractère de Phèdre, au point de vue de la couleur anticfue, de rintérél dramatique et même de la morale. Son compatriote Schiller, qui, deux ans auparavant, avait fait jouer à AVeimar une traduction de la Phèdre française, lui écrit après avoir lu son livre, et ne lui cache pas son sentiment.
DISSERTATIONS ET LEÇONS
Comparer la scène m du premier acte delà. Fhèdre de Racine (N'allons pas plus avant...) avec la scène correspondante dans Euripide.
(Leçon d'agrégation, 1853 et 1859.)
Expliquer le goût du grand Arnaald pour la Phèdre de Racine.
(Paris. — Devoir de licence, 18S2.)
Étudier et montrer dans la Phèdre et dans Vlphigénie de Racine les traits du pinceau moderne et chrétien.
(Aix. — Devoir de licence, mars 1883.)
Faut-il s'associer à la critique que renferment ces mots de Fénelon s'appliquant à Racine : « II fallait laisser Phèdre toute seule dans sa fureur. L'action aurait été vive, unique et rapide? »
(Besançon. — Devoir de licence, mars 1881.)
La jalousie dans Za?re et dans Phèdre.
(Caen. — Devoir de licence, mai 1889.)
Montrer que, dans Phèdre, se trouve mis en pratique le précepte de Boileau :
...Que l'amour, toujours de remords comballu, Paraisse une faiblesse, et non une vertu.
(Clermont. — Devoir d'.vghkgation.
Le caractère de Phèdre étudié d'après la préface de la pièce.
(Douai. Devoir d'agrégation de grammaire, mai 1887. Poitiers. — Devoir de licence, novembre 1886.)
Expliquer et discuter cette assertion de Racine dans sa préface de Phcdre : « Je puis assurer que je n'ai point fait de pièce où la vertu soit plus mise en jour que dans celle-ci. »
(Lille. Devoir de licence, mai 1889. — Poitiers. Composition de licence, novembre 1890.)
Que faut-il penser du caractère religieux attribué par quelques-uns des contemporains de Racine à sa tragédie de Phèdre?
(Lyon. — Devoir de licence.)
« On raconte que Racine soutint un jour riiez M'"'^ de la Fayette qu'avec du talent on pouvait, sur la scène, faire excuser de grands crimes et inspirer même, pour ceux qui les commettent, plus de compassion que d'horreur. On ajoute qu'il cita Phcdre pour exemple, qu'il assura qu'on pouvait faire plaindre Phèdre coupable plus qu'Hippolyle innocent, et que cette tragédie fut la suite d'une espèce de défi qu'on lui porta. »
Quoi qu'il en soit de la vérité de cette anecdote, examinez et décidez : 1° si Racine a réussi à nous intéresser à Phèdre coupable plus qu'à Hippolyte, innocent pourtant et malheureux ; 2° par quels moyens dramati(jues et psychologiques.
(Nancy. — Devoir d'agre'gation de grammaire, janvier 1887.)
De la narration dans la tragédie classique, à propos du récit de Théramène : 1° sa raison d'être; 2" limites de son utilité; 3° ses inconvénients et les défauts qu'elle engendre ; 4" a-t-elle été remplacée chez les romantiques par une véritable action ?
(Nancy. — Devoir delicexce, 1S88.)
Boileau, dans son ÉpUre à Hacine, parle de
la douleur vertueuse De Phèdre, mal,i;i-é soi perfide, incestueuse.
Expliquer ces expressions.
(Toulouse. — Licence ès lettres.)
Dans le plaidoyer en faveur du théâtre que d'Alembert écrit pour répondre à la lettre de Rousseau Sur les Spectacles, on lit : « Qu'est-ce que l'amour dans Mithridate, dans Iphigénie, dans Britannicus, dans Bajazet, même dans Andromaque , si on en excepte quelques traits des rôles de Roxane et d'Hermione? Phèdre est peut-être le seul ouvrage de ce grand homme où l'amour soit vraiment terrible et tragique; encore y est-il figuré par l'intrigue obscure d'Hippolyte et d'Aricie. » Que pensezvous de cette manière de justifier la tragédie de Racine?
Dans quelle mesure est-il vrai ou faux de dire que Phèdre est une tragédie animée de l'esprit janséniste ?
Discuter ce mot de Sainte-Beuve : « Chez Racine, tout ce qui n'est pas Phèdre et sa passion échappe et fuit. »
Dans sa Lettre à d'Alembert, Rousseau écrit : « Il n'est pas même vrai que le meurtre et le parricide soient toujours odieux au théâtre. A la faveur de je ne sais quelles commodes suppositions, on les rend permis ou pardonnables. On a peine à ne pas excuser Phèdre incestueuse et versant le sany innocent. » Que pensez-vous de celte opinion?
Villefianthe-ile-Rouergue. — J. BarJous, impr.
ESÏIIER
(Saiat-Cyr, 26 janvier 16S9.
Causes passagères «lu succès d' •< Ksther >. M'"«^ «le .llaiiitcuon et Saiut-Cyr.
Autour du berceau d^Esther, avec Racine attendri et Boileau grondant un peu, on ne rencontre guère que des femmes: les dames et les demoiselles de Saint-Cyr; M""" de Maintenon, leur prolectrice; M°^^ de Gaylus, celte nièce dont la grâce et la douce ironie font un peu tort à la solide raison de la tante; M°^<= de la Fayette, plus ironique encore et sourdement hostile. Aussi cette histoire d'Esther, tant de fois contée, ne risque-t-elle pas de sembler jamais ennuyeuse. Pour en faire excuser la répétition nécessaire, il suffit de laisser la parole à M'"'^'' de Gaylus et de la Fayette, ou aux dames de Saint-Cyr, dont les mémoii^es et les registres ont été consultés par MM. Lavallée, Taphanel et Geffroy.
Nous sommes à l'époque où l'institution de Saint-Gyr est dans sa tleur, où, pour parler comme Racine, on ne laisse ignorer aux élèves aucune des choses qui « peuvent servir à leur polir l'esprit et à leur former le jugement ». Dans ce but, la supérieure, M'^<= de Brinon, que M™*^ de Maintenon, lassée de ses ■extravagances, congédia précisément à la veille de la représentation d'Esther, composait des pièces que M^^^ de Caylus déclare franchement « détestables ». L'idée peut-être était bonne; l'exécution l'était moins. 11 ne s'agissait que d'en tirer un meilleur parti,
Mi"e de Maintenon voulut voir une des pièces de M^<^ de Brinon : elle la trouva telle qu'elle était, c'est-à-dire si mauvaise, ([u'elle pria de n'en plus faire jouer de semblable et de prendre plutôt quelques belles pièces de Corneille ou de Racine, choisissant seulement celles où il y avait le moins