‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 3)Chapitre 87 sur 106 · C. de Litt, — RACINE {Esther · texte numérisé non relu

C. de Litt, — RACINE {Esther

d'amour. Ces petites filles représentèrent Ciiiiia assez passablement pour des enfants qui n'avaient été formées au théâtre que par une vieille religieuse. Elles jouèrent ensuite Andromaqiu ; et soil que les actrices en fussent mieux, choisies ou qu'elles commençassent à prendre des airs do la cour, dont ellesne laissaient pas de voir do temps en temps ce qu'il y avait de meilleur, cette i)iècc ne fut que trop bien représentée, au gré de M"'e deMaintenon ; et elle lui lit appréhender que cet amusement ne leur insinuât des sentimentsopposés à ceux qu'elle voulait leur inspirer. Cependant, comme elle était persuadée que ces sortes d'amusements sont bons à la jeunesse, qu'ils donnent de la grâce, apprennent à mieux prononcer et cultivent la mémoire- (car elle n'oubliait rien de tout ce qui pouvait contribuer à l'éducation de cesdemoiselles dont elle se croyait avec raison particulièrement chargée), elle écrivit à M. Racine, après la représentation d'Aiidromaqiie : « Nos petites fillesviennent de jouer Andromaque, et l'ont si Itien jouée qu'elles ne la joueront plus, ni aucune de vos pièces. >< Elle le pria, dans cette même lettre, de luL faire dans ses moments de loisir quelque espèce de poème moral ou historique dont l'amour fût entièrement banni, et dans lequel il ne crût pas que sa réputation fut intéressée, puisqu'il demeurerait enseveli dans Saint-Cyr, ajoutant qu'il ne lui importait que cet ouvrage fût contre les règles, pourvuqu'il contribuât aux vues qu'elle avait de divertir les demoiselles de Saint- Cyr en les instruisant'.

C'est bien ce que fait entendre Racine, lorsqu'il écrit, clans sa préface, qu'on lui demanda « sur quelque sujet de piété et de morale une espèce de poème où le chant fût mêlé avec le récit, le tout lié par une action qui rendit la chose plus vive et moins capable d'ennuyer ». Il semble s'étonner, un peu plus bas, qu'un (( divertissement d'enfants « soit devenu le sujet de l'empressement de toute la cour, et il ne faut pas douter que son étonnement ne soit sincère. Mais il ne nous dit point ce que nous apprend M'^'= de Caylus, qu'il hésita d'abord, même dans ces conditions, à revenir à la poésie dramatique, douze ans après Phèdre; qu'il consulta Boileau, son austère conseiller; que Boileau lui conseilla de refuser, mais qu'il n'osa pas suivre son avis; qu'enfin le choix qu'il fit de son sujet dissipa ses incertitudes et fît tomber les objections de Boileau lui-même, qui « en fut enchanté et l'exhorta à travailler avec autant de zèle qu'il en avait eu pour l'en détourner ». Racine, nous dit encore M*"" de Gaylus, porta bientôt à M'"'= de Maintenon le premier acte tout entier : « M™^ de Maintenon en fut charmée, et sa modestie ne put l'empêcher de trouver dans le caractère d'Esther et dans quelques circonstances de ce sujet des choses tlatteuses pour elle. » Ici, l'on commence à deviuer les secrètes convenances du sujet, que Racine n'avait sans doute aperçues que confusément, mais qui devaient tant contribuer à donner à la

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