‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 3)Chapitre 97 sur 106 · C. de Litt. — RACINE [Estker · texte numérisé non relu

C. de Litt. — RACINE [Estker

:i8 COURS DE LITTERATURE

iiiinistie qui parle en enfant. Tantôt Zarè-s a l'ironie d'un la Itochefoiicauld :

Seignfiur, nous sommes seuls. Que sert de se flatter?

Ce zèle que pour lui vous fîtes éclater,

Ce soin d'immoler tout à son i)ouvoir suprême,

Entre nous, avaient-ils d'autre objet que vous-même Z

Et, sans chercher jilus loin, tous ces Juifs désolés,.

N'est-ce pas à vous seul que vous les immolez?

Tantôt, rentrant dans son rôle de femme dévouée, de prudente mère de famille, elle engage son mari à no pas tenter la fortune inconstante, à préférer aux horreurs d'une chute prochaine une fuite sûre, une vie paisible et opulente dans le pays qui l'a vu naître. Elle prend tout sur elle, et l'on peut être assuré qu'elle n'oubliera rien.

Nos plus riches trésors marcheront devant nous. Vous pouvez du départ me laisser la conduite ;. Surtout de vos enfants j'assurerai la fuite. N'ayez soin cependant que de dissimuler. Contente, sur vos pas vous me verrez voler, La mer la plus terrible et la plus orageuse . Est plus sûre pour nous que cette cour trompeuse.

Heureux Aman, s'il eût connu le bonheur d'avoir une femme; si avisée! Mais il l'écoute à peine. Hydaspe, chargé de tout lui dire sur les « mystères » du palais, ne réussit pas davantage à l'éclairer ni à le calmer ; mais Hydaspe lui annonce qu'Assuérusl'invite à s'asseoir à la table d'Esther, et soudain Aman renaît à l'espoir, et c'est avec joie qu'il court à sa perte. D'un caractère aussi mobile et inquiet, prompt à se révolter, prompt à s'abattre, quelle fermeté attendre ? On n'est donc pas surpris de le voir s'avilir aux pieds d'Esther menaçante.

D'un juste étonnement je demeure fra]>pé.

Les ennemis des Juifs m'ont trahi, m'ont trompé.

J'en atteste du Ciel la puissance suprême :

En les perdant, j'ai cru vous assurer vous-même.

Princesse, en leur faveur employez mon crédit...

Les intérêts des Juifs déjà me sont sacres. Parlez : vos ennemis aussitôt massacrés. Victimes de la foi que ma bouche vous jure, De ma fatale erreur répareront l'injure. Quel sang demandez-vous?...

C'en est fait ; mon orgueil est forcé de plier : L'inexorable Aman est réduit à prier.

Par le salul des Juifs, par ces pieds que j'embrasse, Par ce sag^e vieillard, l'houneur de votre race, "^BÉOjMr' Daignez d'un roi terrible apaiser le courroux : ^"^^ Sauvez Aman, qui tremble à vos sacrés genoux.

Il y a de la maladresse autant que de la petitesse dans cette Lâcheté, Narcisse est plus pénétrant et plus souple; Mathan tombe de plus haut. Quand on livre Aman au peuple en fureur, ce n'est pas le plus insolent des ministres, c'est le plus vil des esclaves que le peuple déchire.

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