X, 417; XL
Saixte-Beuve. — Portraits littéraires ; Garnier, ia-12;p. 91.
Sarcey. — Feuilletons dramatiques du Temps, passim.
Sévig:., '^'™c de). — Lettre du 21 février 1689, et passim. Cf. la table
"9"e 1 ^ditiou des Grands Écrivains; Hachette. Taphanel. — Le Théâtre de Saint-Cyr; Baudry et Cerf, iu-S». Voltaire. — Siècle de Louis XIV, ch. x.wii, éd. Gaffarel ; Garnier, in-12, 1882 ; p. 43;i.
JUGEMENTS
On n'a jamais rien fait dans ce ^eiire de si édifiant, et où on ait eu plus de soin d'éviter tout ce qui s'appelle f,'aianlerie, et d'y faire entrer de parfaitement beaux endroits de l'Écriture touchant la ^'randeur de Dieu, le bonheur qu'il y a de le servir et la vanité de ce que les hommes appellent bonheur ; outre que c'est une pièce achevée pour ce qui est de la beauté des vers et de la conduite du sujet.
Arnauld.
Je ne puis vous dire l'excès de l'agrément de cette pièce : c'est une chose qui n'est pas aisée à représenter, et qui ne sera jamais imitée; c'est un rapport de la musique, des vers, des chanis, des personnes, si parfait et si complet, qu'on n'y souhaite rien. On est attentif, et on n'a point d'autre peine que celle de voir finir une si aimable pièce. Tout y est simple, tout y est innocent, tout y est sublime et touchant; cette fidélité de l'histoire sainte donne du respect: lous les chants convenables aux paroles, qui sont tirées des Psaumes et de la Sagesse et mis dans le sujet, d'une beauté qu'on ne soutient pas sans larmes. La mesure de l'approbation qu'on donne à cette pièce, c'est celle du goût et de l' attention.
M™e DE SÉviG.xÉ, lettre du 21 février 1689.
Cette tragédie, sous le double rapport d'un ouvrage fait par ordre et entrepris après un silence de douze ans, est un de ces phénomènes dont les archives de la littérature ne rapportent aucun exemple. Rien n'est plus grand que le sujet, puisqu'il s'agit du sort de toute une nation, et la péripétie est une des plus belles qu'il y ait au théâtre, car c'est au moment où Aman s'imagine être au faîte des honneurs, qu'il tombe tout à coup,
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el qu'une nation entière, dévouée à la mort, semble sortir du tombeau pour renaître au bonheur... Pour moi, j'avoue que J'ai une tendresse particulière pour Esther. Elle produit sur moi le double effet de l'ode et de la tragédie en même temps.
Chamfort, édit. des Œuvres de Racine ', t. V.
Ce qui fait d'Esther le plus accompli chef-d'œuvre dans l'ordre des choses gracieuses, tendres et pures, c'est l'union de tant de nuances diverses dans la nuance principale d'une virginale simplicité; c'est la décence prise au sens le plus exquis du mot, la ravissante convenance.
Sainte- Bei've, Port-Royal ; Hachette.
Si Esther est bien réellement, comme l'a voulu Racine, une sorte de tableau historique d'après l'Écriture sainte, il ne faut ipas s'étonner que l'action n'y soit pas conduite comme dans un vrai drame. Les incidents ne sortent pas ici des caractères. En réalité, tout dépend du caprice d'Assuérus, ce qui est très conforme aux mœurs orientales, mais peu dramatique, même peu vraisemblable à la scène. On ne trouve point dans Esther cette profondeur de l'observation psychologique à laquelle «ous a habitués Racine. Les personnages n'y sont que des instruments dans la main de Dieu. Mais ils n'en sont pas moins historiquement d'une étonnante exactitude : nous sommes bien réellement à Suse, dans le palais des rois de Perse. Assuérus est un vrai roi des contes arabes... A la fin de la pièce, il fait pendre son premier ministre, donne sa place et ses biens à un mendiant, fait grâce aux Juifs, mais les autorise à se venger ■sur leurs ennemis. Les Juifs profitèrent si bien de la permission, •qu'avant de partir pour Jérusalem ils massacrèrent soixantequinze mille personnes. Ainsi Assuérus reste cruel jusque dans sa clémence; même dans ses actes de justice il porte la fantaisie sanguinaire d'un roi d'Orient. Vraiment ne dirait-on pas une ligure des Mille et une nuits? Aman, qu'Assuérus traite si
1. Œiwt'ps complètes, éd. Auguis; Chaumorot, in-S", 1823. Dans cette édition, ilii ï'cste, le critique est beaucoup trop sévère pour le poète.
'»l COURS DE LITTERATURE
iiuil, élaU poiiit.uit son digne ministre. C'est un ancien esclave. Dur comme un parvenu, vaniteux comme un nabab, ce qu'il aime surtout du pouvoir, ce sont les apparences puériles, les témoignages de respect, les génuflexions du solliciteur et du passant... Mardocliée est Juif delà tète aux pieds et àTàme. C'est bien l'homme de l'Ancien Testament, tout à son Dieu et pour qui rien n'existe en dehors d'Israi-l. Esther peut se définir par ces deux mots qui résument toute sa vie : c'est une Juive devenue sultane eu Perse. Dans tout son rôle on ne trouve pas pour le roi un seul mot d'amour. Pour elle comme pour toutes les femmes du sérail, il est simplement le maître, le sultan. Elle ne parle de lui qu'en tremblant, elle s'évanouit <le peur eu sa présence. Esllier est une vraie sultane, mais une sultane juive r elle s'en remet de tout sur son Dieu, le Dieu d'Israi-l, toujours occupé à punir ou défendre le peuple élu. Pour tout le reste, elle n'est pas dépaysée à Suse. Elle est inaccessible à la pitié, implacable dans sa haine. Tous les personnages de la tragédie sont donc vrais historiquement. Malgré cela, peut-être à cause de cela, ils sont peu dramatiques; ils sont trop simples, trop entiers pour être vivants à la scène. Ce qui donne de l'unité, même un peu de vie à l'action, c'est ce personnage invisible et présent, le Dieu d'IsraOl, qui d'un bout àl'autremène l'action.
Monceaux, Racine ; Lecène.
LETTRES ET DIALOGUES
M""' de Maintenon à Baclne (1688). — Il faut qu'il lui fasse une grâce. Elle sait toutes les raisons qui l'ont jadis éloigné du théâtre, et même il en est une dont elle a bien tout récemment senti toute la force, quand elle a. ïnitiouer Andromaquc par les demoiselles de Saint-Cyr. Cependant c'est à lui qu'elle s'adresse, et, comme elle ne voit pas de meilleur moyen de distraire ses jeunes tilles, <( de cultiver leur mémoire, de leur donner de la grâce », et de les former au monde, elle espère qu'il leur trouvera « quelque espèce de poème moral ou historique », d'un exemple moins dangereux que ceux qu'il aimait à traiter autrefois, et d'un sublime moins tendu que les tragédies de Corneille. N'est-ce pas là de quoi le tenter? Elle ne parle point de sa reconnaissance; mais aider à la prospérité delà maison de Saint-Cyr ne serait-ce pas encoi^e une manière de travailler à la gloire du roi? Et faire du théâtre une école de vertu, qu'y aurait-il de plus digne à la fois d'un poète et d'un chrétien?
(Concours de l'École normale, 1891 '.)
En 1688, Dangeau écrivait : « Racine fait un opéra qui sera chanté et récité par les petites filles de Saint-Cyr, » Cet opéra, c'est Esther.
Lettre de Racine à Boileau. Depuis la représentation de Phèdre, en 1677, il a renoncé au théâtre ; mais il a dû se rendre aux prières de M^^ de Maintenon. 11 a pris son sujet dans l'Écriture sainte; il en a banni tout amour profane. Il soumet au sévèi^e jugement de son ami le plan d'une pièce qu'il a composée dans des conditions exceptionnelles.
(Douai. — Baccalauréat, juillet 1885.)
i. II est curieux de remarquer que le même sujctavait été donné, deux ans auparavant, ù l'examen du Bi-evet supérieur, dans la Charente.
-i6 COURS DE LITTERATURE
Rollin écrit à Racine pour le féliciter d'avoir si heureusement imité les anciens dans les chœurs iVEslher.
(Poitiers. — Baccalairéat.)
On raconte que les comédiens offrirent à Racine une somme considérahle s'il consentait à traiter avec eux de la représentalion d'Esthcret d'Alhalie. liacine décline celte offre, dans une lettre où il explique les motifs de son refus.
Boileau avait d'ahord désapprouvé le projet conçu par Ra- •cine d'écrire Eslher, puis il l'approuva quand Racine lui en eut soumis le plan et les développements principaux; il l'aida iiième, dit-on, à apprendre aux demoiselles de Saint-Cyr à déclamer les vers. Dialogue entre les deux amis sur la manière de comprendre et de traiter le sujet. Hésitations, puis acquiescement, puis enfin enthousiasme du critique.
Le grand Arnauld, réconcilié avec Racine après Phèdre, admirait passionnément Esthcr, qui, plus parfaite encore que Thédre, n'était gâtée par aucune galanterie. Mais il allait jusqu'à préférer Esthcr à Athnllc, peut-être, comme le conjecture Sainte-Beuve, parce qu'il voyait dans Esther des leçons plus applicables à la situation des jansénistes bannis, spoliés et opprimés. Le 10 avril 1691, il écrivait à l'un de ses correspondants, Vuillart, janséniste aussi, homme de goût, voisin et ami de Racine, dans une lettre où il louait d'ailleurs Alhalie :
« Mais comme il est bien difficile que deux enfants d'un même père soient si également parfaits qu'il n'ait pas plus d'inclination pour l'un que pour l'autre, je voudrais bien savoir laquelle de ces deux pièces votre voisin aime davantage. Mais, pour moi, je vous dirai franchement que les charmes de la
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cadetle {Athalie) n'ont pu m'empèclier de donner la préférence à l'aînée [Esther). J'en ai beaucoup de raisons, dont la principale est que j'y trouve beaucoup plus de choses édifiantes et très capables d'inspirer la piété. »
Vuillart lui répond. 11 ne demandera point son avis à Racine, qui serait mauvais juge peut-être en sa propre cause, et qui d'ailleurs est fort détaché des intérêts de sa f^loire ; mais il dira sincèrement le sien.
A ne se placer qu'au point de vue où se place Arnauld, il est fort loin d'être insensible aux qualités harmonieuses et touchantes que leur amie M^^^ de Sévigné, si peu suspecte ■d'engouement pour Racine, y a si délicatement louées; mais il aime mieux encore en croire M. du Guet, qui affirme que l'Écriture brille partout dans Athalie, qu'on y est plus instruit encore que remué. Il y voit Dieu au-dessus de Joad, Dieu qui anime le grand prêtre, inspire- Joas, égare Athalie.
Bien que les mérites de la composition et de la forme soient secondaires, en un tel sujet, et que Port-Royal ait raison d'en [faire peu de cas, il ne les croit pas indifférents lorsqu'ils font mieux valoir une grande pensée religieuse. A ce point de vue nouveau, il ne pense pas que la comparaison puisse êlre longtemps soutenue entre Esther, cette élégie exquise par sa simplicité virginale et sa ravissante convenance, et Athalie , ce ■drame puissant qui parfois s'élève à la hauteur de l'épopée,
Racine envoya à M™^ de Caylus, encore très jeune, le pro- \ ogue sur la Piété, qu'il avait composé pour elle. M™'^ de Caylus l'en remercie et ajoute à ses remerciements des éloges sobres ■et délicats sur la pièce qui va être représentée.
Lettre des comédiens au Régent pour le prier de révoquer (le privilège qui faisait défense aux acteurs des théâtres publics <le représenter Esther.
Le 22 janvier 1689, ]«■"<= de Maintenon écrit à M»'' de Gla-
pion' : « Gardez-moi le secret que je vous confie ; c'est mercredi que je compte que nous ferons représenter Esther ; tenez tout prêt. » M"° de Glapion répond sur un ton de confiance et d'enthousiasme contenu.
1. Maiic-Madclcinc de Glapion, demoiselle de la classe bleue, née en 1674, avait alors quinze ans. C'est d'i-Ue que Itacine disait : « J'ai trouvé un Mardochée dont la voix va droit au cœur. » Elle devint la conQdente de M"" de Maintenon.
DISSERTATIONS ET LEÇONS
Pourquoi la tragédie moderne, et en particulier la tragédie française, n'a-t-elle pas admis l'emploi du chœur? Les essais tentés ont-ils été heureux et pourraient-ils amener un véritable perfectionnement de notre système dramatique?
(Paris. — Agrégation des lettres. Composition, ;8;i0.)
Étudier les chœurs à'Esther et (ÏAthalie sous le point de vue lyrique et dans leurs rapports avec le drame.
(Paris. Leçon d'agrégation, i8o3. — Bordeaux. Baccalauréat.)
Comparaison des chœurs de la tragédie grecque avec ceux d'Esther et d'Athalie.
(Paris. — Licence ès lettres, avril 1831.)
Le Livre d'Esther dans la Bible, et le parti qu'en a tiré Racine pour la composition de sa tragédie,
(Enseignement spécial. — Leçon d'agrégation, 1885.)
Est-il vrai que le danger d'un peuple ne peut pas seul faire la base de l'intérêt dramatique? Examiner à ce point de vue les Perses d'Eschyle et VEslher de Racine.
( Besançon. — Devoir de licence, septembre 1880.)
;iO COURS DE LITTERATURE
Pourquoi le chœur convienl-il moins bien à la tragédie moderne qu'à la tragédie grecque? Comment Racine l'a-t-il repris avec succès ?
(Paris. — Baccalauréat, juillet 1889.)
Les chœurs introduits par Racine dans Esther et Athalle ne conviennent-ils, d'après nos opinions sur le théâtre moderne^ qu'aux pièces religieuses? Peut-on les introduire dans un sujet purement historique ou profane?
(Lyon. — Baccalauréat, 1882.)
Comparer Esther et Athalie au 'point de vue de l'action, des caractères et de la poésie lyrique.
(Fontenay-aux-Roses. — Devoir de seconde année.)
Examiner ce jugement de Sainte-Beuve (Porfrai7s littéraires, I) : « L'avouerai-je? avec ses douceurs charmantes et ses aimables peintures, Esther, moins dramatique qu Athalie, et qui vise moins haut, me semble plus complète en soi, et ne laisse rien à désirer. »
Examiner JS5<Aer au point de vue des trois unités classiques, et la comparer par là aux tragédies profanes de Racine.
Les allusions contemporaines dans Esther. Quelle part il convient de leur faire. Accepterait-on sans réserve ce jugement de Paul de Saint-Victor : « Racine a peint dans Esther , comme dans Phèdre et dans Milhridate, la cour et le monde
ESTHER oî
du xvii'^ siècle. C'est justement là son mérite, et c'est par là qu'il est créateur. »
Esquisser l'histoire du chœur et du lyrisme en général da nsla tragédie française.
Comparer Mardochée et Joad au double point de vue du rôle qu'ils jouent dans l'action, et de la couleur plus ou moins hé braïque de leurs caractères.
Villefranelie-de-Kouergue. — J. Bardoux, impr.
(5janv. 1691)
Pourquoi « Athalie » devait moins réussir qu' << Esther ». Les jugenieuts sur « Aîlialie » au dix-huitième siècle.
Athalie réussit moins q\i'Esthe7\ Le fait est constant, mais a été attribué à des causes diverses. Il est une explication tout au moins qu"il faut écarter d"abord, c'est celle de Lamartine, qui allègue de prétendues défiances de Louis XIV. Il est possible que certains contemporains aient trouvé quelque vague ressemblance entre Joad et Arnauld, entre le temple juif et Port-Royal. Mais ces allusions, que d'ingénieux interprètes savent découvrir où le poète ne les a pas mises, alors même qu'on n'en contesterait pas la réalité, resteraient bien voilées, et l'on ne comprendrait guère que cette « arrière-pensée flottante de Port-Royal », comme dit Sainte-Beuve lui-même, eût offensé un roi qui n'avait pas pris garde aux allusions autrement vraisemblables dont Esther était semée- C'est, d'ailleurs, à ce moment précis que le roi nommait Racine gentilhomme de la Chambre.
Si Louis XIV se montra plus froid pour Athalie que pour Esther, c'est que les sentiments de M™° de Maintenon avaient changé, et que les circonstances étaient bien différentes. L'immense succès d'Esi/ie?' avait fait bien des envieux. Quelques-uns avaient éprouvé ou affecté de pieux scrupules, qui n'étaient point ou ne semblaient point dénués de tout fondement : ces fêtes brillantes, toutes profanes, ces représentations auxquelles s'empressait la cour entière, n'étaient-eJles pas en contradiction avec le caractère sérieux et chrétien que M™« de Maintenon donnait à l'éducation des demoiselles de Saint-Cyr ? On l'insinuait tout bas d'abord, bientôt on le dit tout haut : ce fut