‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 3)Chapitre 99 sur 106 · C. de Litt. — RACINE [Athalie · texte numérisé non relu

C. de Litt. — RACINE [Athalie

un déchaînement de remonLrances, de cabales, de lettres anonymes. La conscience de M'"'' de Mainlenon s'alarma; elle décida de renfermer ces amusements dans la maison de Saint- C\'r et de n'y inviter persoime.

Athalie fut donc jouée dans de tout autres conditions qu'^sther. Point de théâtre; rien qu'une chambre à peine décorée, ([u'une classe, la classe des « bleues ». Point de spectateurs, si ce n'est le roi, M'^'= de Mainlenon et quelques rares privilégiés; point de ces habits « à la persane » qui, dans Esthi^r, avaient fait merveille : quelques rubans seulement sur les habits de tous les jours. Estker elle-même se fût mal accommodée de cette simplicité toute nue; mais Alhalie ! Conçoit-on la prophétie de Joad passant par la bouche d'une jeune élève en robe de classe? Et les fureurs d'Atbalie ou de Mathan ! et le mystérieux sanctuaire ! et les lévites armés, prêts à mouiir pour leur roi !

Avouons-le, même avec d'autres décors et d'autres costumes, un tel drame n'était pas fait pour un tel théâtre ni pour de tels acteurs. Cette fois M™* de Sévigné n'eût pu y louer ce parfait « rapport » des vers, des chants et « des personnes », qui la charmait dans Eslher. En écrivant Alhalie, Racine avait-il donc perdu de vue Saint-Cyr? Non, mais l'esprit de la Bible avait été vainqueur; l'action plus grande et plus émouvante avait entraîné le poète; et tandis qu'en plus d'un endroit d'Esther on peut signaler quelques traits d'un pinceau moderne et chrétien, tout est biblique dans Alhalie, d'un biblisme toujours élevé, parfois farouche. Au premier abord, ce qui frappe, ce sont les ressemblances entre les deux pièces : Aman n'est-il pas le mauvais génie d'Assuérus, comme Mathan est le mauvais génie d'Athalie? Joad n'accomplit-il pas par Joas une œuvre analogue à celle que Mardochée accomplit par Esther ? Et le Dieu des Juifs ne domine-t-il pas l'action des deux pièces ? Quand on y regarde de plus près, on voit combien ces ressemblances sont superficielles. Dieu est, dans Athalie, plus présent, plus agissant, plus terrible, que dans Eslher, et l'œuvre qu'il exécute par le bras de Joad est plus périlleuse et plus haute : il s'agit, en sauvant le rejeton de David, de rendre possible la venue du Christ. Si visiblement inspiré et soutenu par Dieu, Joad semble condamné à n'avoir qu'une physionomie un peu effacée, moins énergiquement personnelle que celle de Mardochée. C'est le contraire qui est vrai; le personnage de Joad, plus directement mêlé à l'action, vit d'une vie dramatique plus

ATllALlE 3

intense que le personnage de Mardochée. Et — sans parler de Joas, caractère tout nouveau et vraiment unique — le contraste entre Joad et Josabeth est plus dramatique aussi que le contraste entre Eslher et Mardochée. Comparera- t-on l'indolent Assuérus, faible jusqu'en ses violences, avec l'âpre Atlialie, qui, dans un âge avancé, garde une telle puissance de haine et de volonté? ou la vanité puérile et l'écœurante lâcheté d'Amai* à l'ambitieux orgueil et à la hauteur insultante de Mathan,. cette sorte de Satan foudroyé?

Mais plus l'inspiration de la pièce nouvelle était franchement biblique, moins on devait la comprendre, à la veille du xviii« siècle. M'"'' de Maintenon la fait jouer trois ou quatre fois, après la première « répétition » (o janvier 1691), devant quelques spectateurs : par exemple, en 1701, devant son parent M. d'Aubigné, évêque de Noyon; mais, dès le lendemain, prise de remords, elle écrit à la supérieure : « Je ne suis pas sans peine sur ce que nous limes hier... J'espère et je vous conjure que ce soit pour la dernière fois. » Les trois représentations de 1702, à Versailles, eurent plus d'éclat, et Dangeau en parle.. Le 1" décembre 1714, M'»« de Maintenon écrit à M™^ des Ursins : « On joue aujourd'hui Aihalie. Vous connaissez la beauté decette pièce et on dit qu'elle sera parfaitement jouée. 11 y a des comédiens retirés du théâtre qui jouent avec M'"<= du Maine: la Beauval fait Athalie; Baron fait Mathan; M. de Malézieu 1& grand-prêtre; M"ie du Maine Josabeth; le comte d'Eu le petit roi. >) La fameuse lettre, citée partout : « Voilà donc Athalie encore tombée ! le malheur poursuit tout ce que je protège et que j'aime, » est une pure invention de la Beaumelie '. C'est seulement le 3 mars 1710 (\\i Athalie parut sur le théâtre public. Le succès en fut très vif, et pourtant on ne voit pas que les critiques contemporains aient jamais rendu pleine justice au chefd'œuvre. L'auteur de la Lettre à l'Académie, dont le royal élève s'attendrissait sur les infortunes de Joas, appelle de ses vœux une tragédie sans amour, et ne songe point à citer Athalie. Dryden la comparait à une magnifique musique d'orgue qui nous laisse un peu froids. Frédéric le Grand déclarait, il est vrai, qu'il aimerait mieux avoir fait Athalie que la guerre de Sept Ans; mais on serait naïf si l'on prenait cette boutade à

1. Voyez dans la correspondance éditée par M. Geffroy la lettre au comte d'Ayen de décembre 1701. Le 19 mars 1710, après la représentation sur le théâtre public, M""» de Maintenon écrit à M"" de Dangeau: « C'est, je crois, la plus belle piècequ'on ait jamais vue. »

la lettie. Il convient d'atliibuer plus de valeur au sufTrajie lie i\lme ,iy Dcffand : elle disait que, s'il fallait choisir un ouvrage qu'elle voudrait avoir fait, elle opterait pour Alhalie. Mais le maître (en poésie) de Frédéric, l'ami et le correspondant de M""" du Uelfaud, VoUaire, malgré so!i culte pour Racine, n'a pas ménagé à la dernière, à la plus belle œuvre de son poète, les critiques, souvent injustes :

Je ferais ici l'éloge de cette pièce, le chef-d'œuvre de l'esprit humain, si tous les gens de goiit de l'Kurope ne s'accordaient pas à lui donner la préférence sur presque toutes les autres pièces. On peut condamner le caractère et l'action du grand pn-tre Joad ; sa conspiration, son fanatisme, peuvent être d'un très mauvais exemple ; aucun souverain, depuis le Japon jusqu'à Naples, ne voudrait d'un tel pontife ; il est factieux, insolent, enthousiaste, inflexible, sanguinaire; il trompe indignement sa reine; il fait égorger par des prêtres cette femme âgée de quatre-vingts ans, qui n'en voulait certainement pas à la vie du jeune Joas, qu'elle voulait élever comme son propre fils. J'avoue qu'en réfléchissant sur cet événement on peut détester la personne du pontife ; mais on admire l'auteur, on s'assujettit sans peine à toutes les idées qu'il présente ; on ne pense, on ne sent que d'après lui. Le spectateur suppose avec Racine que Joad est en droit de faire tout ce qu'il fait; et, ce jjrincipe une fois posé, on convient que la pièce est ce que nous avons de plus parfaitement conduit, de plus simple et de plus sublime '.

Il est vrai qu'il appelle Athalie « le chef-d'œuvre de l'esprit humain ». Mais c'est qu'alors l'homme de goût l'emporte sur le philosophe. L'école voltairienne proprement dite manque d'une certaine élévation et d'une certaine ampleur d'esprit. Bernis et d'Alembert éci ivent à Voltaire , très sincèrement sans doute, car leur regard ne monte pas plus haut que le sien :

Je suis depuis longtemps entièrement de votre avis sur Athalie. J'ai toujours regardé cette pièce comme un chef-d'œuvre de versification et comme une très belle tragédie de collège. Je n'y trouve ni action ni intérêt ; on ne s'y soucie de personne : ni d'Athalie, qui est une méchante carogne ; ni de Joad, qui est un prêtre insolent, séditieux et fanatique ; ni de Joas même, que Racine a eu la maladresse de faire entrevoir en deux endroits comme un méchant garnement futur. Je suis persuadé que les idées de religion dont nous sommes imbus dès l'enfance contribuent, sans que nous nous en apercevions, au peu d'intérêt qui soutient cette pièce, et que si on changeait les noms, et que Joad fût un prêtre de Jupiter ou d'Isis, et Athalie une reine de Perse ou d'Egypte, cette pièce serait bien froide au théâtre. D'ailleurs, à quoi

1. Dictionnaire philosophique, art dramatique. Voyez aussi une note de VOlymjpie et le Discours historique et critique, où Voltaire dit, entre autres choses : « Il faut avouer que le grand prêtre, par ses manœuvres et par sa férocité, fait tout ■ ce qu'il peut pour perdre cet enfant qu'il veut conserver; car en attirant la reine dans le temple, sous prétexte de lui donner de l'argent, en préparant cet assassinat, pouvait-il s'assurer que le petit Joas ce serait pas égorgé dans le tumulte? »

sert toute cette prophétie de Joad, qu'à faire languir l'action, qui n'est déjà pas trop animée!?...

— Alhalie. ne m'a jamais paru un ouvrage supérieur que par le style. Je n'osais pas le dire ; mais j'ai toujours été révolté qu'on eût permis de mettre un semblable sujet sur notre théâtre -...

Ainsi d'Alembert juge Taction languissante dans Alhalie, el Bernis est scandalisé qu'on ait pu porter un tel sujet au théâtre! Comment expliquer de telles observations? Par ce seul fait qu'on ne comprenait plus, au xviii" siècle, la grandeur épique et lyrique de l'Écriture. Or c'est en face de l'Écriture que Racine s'est placé pour écrire Athalie; et pour reproduire la forte simplicité de l'Écriture, les yeux fixés sur elle seule, il a oublié, dédaigné tout le reste.

Racine tloit à l'Écriture moîais l'action de sa tragédie que l'esprit qui l'anime. — Le merveilleux:, le pittoresque, l'accent de la Bible.

Dans Athalie, Racine a suivi la Bible de moins près que dans Esther; et pourtant Athalie est plus profondément biblique i\nEsther. C'est que Racine y est biblique sans effort, non seulement dans ce qu'il imite, mais dans ce qu'il crée.

Le chapitre xi du livre IV des Rois lui donnait, au fond, une matière assez peu riche. Il rapporte le massacre des enfants d'Ochosias par Athalie, leur aïeule ; la façon dont le petit Joas y échappa, seul sauvé par Josaba, sœur d'Ochosias (qui ne semble pas être l'épouse du grand prêtre Joïada), puis élevé pendant sept ans dans le temple; la proclamation de Joas par Joïada; les mesures qu'il prend pour le remettre sur le trône; le couronnement dujeune prétendant, devant les centeniers et les soldats en armes, qui jurent de le défendre. Mais ce n'est là, pour ainsi dire, que l'extérieur du drame. Toute la politique (lu grand prêtre, le langage qu'il tient au brave Abner, à la Iremblante Josabeth, ces personnages eux-mêmes, l'entrevue (l'Âthalie et de Joas, tout ou presque tout est de l'invention de lîacine. Tandis que Joïada dispose de soldats et de citoyens nombreux, Joad, isolé au milieu d'un peuple lâche, n'a pour

1. Lettre de d'Alembert à Voltaire, H déc. 1707. •2. Lettre de Bernis à Voltaire, 2S lévrier 1770.

faire triompher le bon droit que « des prêtres, des enfants »'. Dans la BiiJle, ce n'est point une ruse de Joad, c'est le liasaul qui lui livre son ennemie.

Il loiir présnnla le fils du roi, mit sur sa tète le diadème et entre ses mains le livre de la loi. Ils l'étalilirent roi, ils le sacrèrent, et, frappant des mains, ils crièrent : « Vive le roi ! » Athalie entenditle bruit du peuple qui accourait, et, entrant parmi la foule dans le temple du Seigneur, elle vit le roi assis sur son trône selon la coutume, et les chantres et les trompettes auprès de lui, et tout le peuple dans la réjouissance et sonnant de la trompetle. Alors elle déchira ses vêtements et elle s'écria : « Trahison ! trahison ! )• .Mors Joïada fit ce commandement aux centeniors qui commandaient les troupes, et leur dit: « Kmmenez-la hors du temple; et si quelqu'un la suit, qu'il soit tué par l'épée... Qu'on ne la tue pas dans le temple du .Seigneur. » Ils se saisirent donc do sa personne, et ils la menèrent i)ar force dans le chemin par où passaient les chevaux auprès du palais ; et elle fut tuée en ce lieu-là -.

Racine a pris le fait brutal; mais comme il l'a préparé, encadré, rendu siguidcatif et dramatique! Ce Mathan, dont la Bible nous dit seulement qu'il a été tué par le peuple en fureur, au pied de l'autel de Baal, dans son temple profané, il a fait de lui un des personnages essentiels de sa tragédie. On a donc le droit de dire qn Athalie est une création originale de son génie. Mais ce génie était nourri de la substance des deux antiquités, biblique et grecque. Cette double antiquité, si bien pénétrée par lui, la première surtout, qui, depuis Phèdre, lui était devenue de plus en plus familière, lui donnait à la fois le sens du mystérieux et du divin, voilà pour l'esprit; le sens du pittoresque, voilà pour la couleur; et le sens du naïf, de la simplicité grandiose ou touchante, voilà pour l'accent.

Destinée ou Providence, il faut au drame religieux une puissance surnaturelle qui. le domine et qui le mène; il lui faut un merveilleux qui en soit, non pas l'ornement artificiel, mais l'âme nécessaire. Ce merveilleux est partout dans Athalie, si l'on va au fond des choses, car Racine en a fait un usage discret dans la forme. Pourquoi, dans la première scène, Joad faitil devant Abner l'énumération des miracles dont ce temps a été fertile, sinon pour nous préparer aux vrais miracles que l'action nous réserve? Pourquoi cet appel à Dieu, que Joad

,1. Il est vrai que Racine, avec « plusipurs commentateurs fort habiles » fie l'Ecriture, croit que ces soldats qu'arme Joïada étaient autant de prêtres et de lévites, ainsi que les cinq centeniers qui les commandaient.

ii. Traduction le Maistre de Sacy. En même temps que les Jiois, Racine a connu et parfois suivi les ParaUpomènes. Les Roia disent que Joas avait passé sept ans dans le temple: les Paralipomènes, huit ans. « C'est ce qui m'a autorisé, dit Racine dans sa préface, à donner à ce prince neuf à dix ans, pour le mettre déjà en état de répondre aux questions qu'on lui fait. »

conjure de répandre sur Athalie et sur Mathan l'esprit d'imprudence et d'erreur, sinon pour nous faire comprendre que leur égarement et leur perte ne s'expliqueront point par des causes humaines? Le songe même d'Atlialie, ce songe qui l'a troublée et qui est le point de départ de sa ruine, est tout autre chose qu'une machine dramatique ; on y sent la main du Dieu vengeur. D'autre part, l'iaterrogatoire de Joas et ses réponses n'ont toute leur valeur et toute leur vraisemblance que si l'on suppose l'esprit d'en haut descendu sur cet enfant. Le combat qu'engagent les lévites est émouvant surtout parce que l'on voit, comme Joad, l'ange exterminateur combattre à leurs côtés. Enfin, la prophétie de Joad, qui dans tout autre drame semblerait détonner, ici n'éveille même pas de surprise, tant nous sommes faits au merveilleux, tant nous nous y sentons comme baignés. Dans sa préface. Racine prévoit et réfute une objection : « On me trouvera peut-être un peu hardi d'avoir osé mettre sur la scène un prophète inspiré de Dieu et qui prédit l'avenir. Mais j'ai eu la précaution de ne mettre dans sa bouche que des expressions tirées des prophètes mêmes. » Précaution insuffisante, si le texte sacré n'était vivifié par l'esprit de l'Écriture. Mais la prophétie est naturelle et vivante, parce que Racine y croit et nous y fait croire après lui; elle l'est aussi parce que, comme il le remarque lui-même, elle « sert beaucoup à augmenter le trouble dans la pièce, par la consternation et parles différents mouvements où elle jette le chœur et les principaux acteurs. » Sainte-Reuve a fort bien montré à quel point cette prophétie est fondue dans l'ensemble de l'action, si bien que, même ce qu'elle a de pénible, ce triste regard jeté sur l'avenir de Joas, s'efface et s'oublie dans le rayonnement de la haute pensée qui, seule, survit à l'enthousiasme inspiré de Joad.

c'est tellement cet invisible qui domine dans Athalie, l'intérêt y vient tellement d'autre part que les hommes, bien que ces hommes y remplissent si admirablement le rôle qui leur est à chacun assigné, que le personnage intéressant du drame, l'enfant miraculeux et saint, Joas, est, à un moment capital, brisé lui-même et flétri comme exprès en sa fleur d'espérance. Dans cette scène de la fin du troisième acte, dans cette prophétie du grand prêtre, qui est comme le Sinaï du drame, c'est Joas de qui il est dit :

Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il changé?

Car qu'est-ce que Joas devant l'Éternel? De quel poids est-il, après tout, dans les divins conseils? Joas tombe, un autre succède : roseau pour roseau. Joas, dans cette scène prophétique, c'est la race de David, mais elle-même

rejetée dès qu'elle a produit la tige uuique, nécessaire et impérissable : qu'importe la Jérusalem de pierre, quand on aura la nouvelle ?

Quelle Jérusalem nouvelle Sort du fond du désert, brillante de clarlés, Kt porte sur le front une marque immortelle ?

Peuples de la terre, chantez :

Jérusalem renaît plus charmante et plus belle.

D'où lui viennent do tous côtés Ces enfants qu'en son sein elle n'a point portés '? Lève, Jérusalem, lève ta tête altiére ; Regarde tous ces rois de ta gloire étonnés ; Les rois des nations, devant toi prosternés,

De tes pieds baisent la poussière ; Les peuples à l'envi marchent à la lumière. Heureux qui pour Sion d'une sainte ferveur

Sentira son àme embrasée!

Cicux, répandez votre rosée, Et que la terre enfante son Sauveur I

Le vrai Joas de la pièce, à ce moment sublime où elle se transfigure, le Joas du lointain et de l'espérance immortelle, le flambeau rallumé de David éteint, l'enfant sauveur échappé du glaive, c'est le Christ. La prophétie close, cet éclair deux fois surnaturel évanoui, le suinaturel ordinaire de la pièce continue. Jons redevient le rejeton intéressant à sauver, et pour qui l'on tremble. Joad lui-même, en lui parlant, semble avoir oublié cette chute future entrevue par lui-même, dans la prophétie. Pourtant une sorte de crainte, à ce sujet, ne cesse plus, et fait ombre sur l'avenir et sur la persévérance de cet enfant merveilleux. Joas y perd; la véritable unité delà pièce, Dieu, à qui tout remonte, y gagne. Je me rappelle qu'enfant, quand je lisais Athnlie, il me prenait une peine profonde de cette chute prédite de Joas ; à partir de cet endroit, la pièce, pour moi, était gâtée et comme défleurie. C'est que je jugeais en enfant, sur la fleur, tandis qu'il faut entrer avec Joad dans le néant de l'homme et dans les puissances du Très-Haut.

Après l'intérêt du divin, l'intérêt du pittoresque semble bien faible. Mais ces deux intérêts n'en font qu'un, et le détail pittoresque sert à mettre mieux en lumière la grande idée religieuse. « Par un prodige d'art, le décor même joue un rôle dans l'action*... » — u La mise en scène est la mise en jeu du -drame lui-même-. » isous sommes fort loin ici de ces « con-

Page 1