C. de Litt. — MOLiÈRB (l'Avare). i
nous apprend que dans cette maison l'avarice est héréditaire et qu'Euclion est tout le portrait de son aïeul et de son père. 11 a donc un fond d'avarice que lui ont transmis ses ancêtres. Cette avarice eût sommeillé peut-être, si la découverte du trésor ne l'avait réveillée et bientôt surexcitée. Dès lors il lui semble, comme à l'avare français, que tout le monde sache son secret: si on le salue avec politesse, si on l'aborde pour lui demander de ses nouvelles, c'est que sa trouvaille n'est plus un mystère pour personne. Aussi ne sort-il guère, ou, quand il sort, se hâte-t-il de rentrer chez lui : c'est là qu'est sa pensée, sa vie. II ne dort pas; il se défie même de sa vieille servante Staphyla. Pour sa fdle, il l'oublie. Ce n'était pourtant pas un méchant homme j le riche Mégadore et la sœur de Mégadore, la sage Eunomie, l'attestent tous deux. Mais l'obsession d'une pensée fixe a fait de lui un monoraane. « Il flaire mon or! » s'écrie-t-il quand Mégadore lui demande sa fille en mariage, et il se hâte de répondre : « Je n'ai pas de dot à lui donner... Je vous le dis pour que vous n'alliez pas vous imaginer que j'ai trouvé des trésors. » Voilà l'avare par accident; mais voici l'avare par nature, dans le dialogue entre Strobile, esclave de Mégadore, et le cuisinier Congrion :
On tirerait de l'huile d'un mur plutôt que d'arracher une obole au vieux cancre. — En vérité? — Tu vas en juger. 11 appelle à son aide les dieux et les hommes, il jure qu'il est ruiné, et ruiné de fond en comble, s'il voit de la fumée sortir de son toit. Quand il va se coucher, il s'attache une poche devant la bouche. — Pourquoi? — Pour ne pas perdre de son souffle en dormant. Veux-tu que je te dise encore? Quand il se lave, il pleure l'eau qu'il lui faut répandre. — Ne penses-tu pas que nous pourrions obtenir de ce vieux fessemathieu un talent pour acheter notre liberté? — Lui! tu lui demanderais la famine, il ne te la prêterait pas. Un de ces jours, le barbier lui avait coupé les ongles; il a ramassé et emporté toutes les rognures. — Tu nous parles là de l'avarice en personne. Est-il vraiment si ladre, si ennemi de lui-même? — Un jour, un milan lui enlève son potage. Il accourt tout gémissant auprès du préteur ; et là, pleurant, jetant les hauts cris, il demande que son milan soit assigné. Si j'en avais le temps, je pourrais citer mille traits du même genre ' .
Faisons la part des exagérations (dont Molière, d'ailleurs, s'est souvenu) : n'est-ce pas là un portrait, une charge, si l'on veut, de ladre véritable, qui a toujours été et restera toujours ladre? Mais Plaute nous ramène vite aux angoisses du pauvre enrichi, qui voit partout des voleurs, même dans ce coq infortuné qui paye de sa vie l'audace d'avoir gratté la terre autour