Horace, Épitres, I, 7; la Fontaine, Fables, VIII
puisqu'il aura connu la richesse et l'aura perdue. Il y a donc en lui deux avares : l'avare qu'un hasard a enrichi, et l'avare qui a l'avarice dans le sang : celui-ci est incurable. Le premier ressemble au savetier de la Fontaine, et c'est ce qui domine ; le second, par certains traits, annonce Harpagon.
Les « Esprits » de Larrivey.
Entre Plaute et le xvii« siècle, Molière rencontrait les Italiens, héritiers directs du théâtre latin ; mais il ne paraît pas qu'il leur doive beaucoup. On nous dit qu'il doit peut-être le nom d'Harpagon et l'idée du fameux « Sans dot! » à VÉmilia de Luigi Grotto (1541-1.^85), imité par lui dans VÉtourdi, et à la Sporta de Gelli (1493-1562). Mais nous avons vu que le nom d'Harpagon était déjà dans le supplément d'Urceus Codrus. Quant au « Sans dot )), outre que Plaute lui-même en a pu fournir l'idée, Molière a pu l'emprunter aussi soit à Larrivey, soit à une comédie de Rotrou, la Sœur, a. laquelle il a fait plus d'un emprunt de ce genre. Nous n'insisterons pas plus sur une autre pièce italienne, I Supposai, d'Arioste, ni sur les divers canevas italiens auxquels Molière aurait pris une situation, comme celles des scènes vi et XII de l'acte III. Car, si Ton citait les étrangers, il faudrait citer aussi ceux de nos vieux conteurs, tels que Bonaventure des Périers et bien d'autres, qui se sont égayés de tous temps aux dépens des avares de toute catégorie.
Mais on ne peut passer sous silence un Français, originaire d'ailleurs d'Italie, Pierre Larrivey, mort au début du xvii" siècle. Les Esprits de Larrivey (1579), tirés directement d'une pièce de Lorenzino de Médicis, suivent, dans la première partie, VAndrienne de Térence S et, dans la seconde, à la fois la Mostellaria (la pièce aux revenants, d'où le titre des Esprits) et ÏAulularia de Plaute. Contre l'usage régnant, il'"écrit en prose, pour être plus intelligible et plus agréable au oeuple, comme il le fait entendre dans sa préface. La partie de l'action qui nous intéresse ici ne commence qu'au second acte. Le vieux Séverin, père intraitable, est aussi avare endurci. Il est fort en peine d'un trésor qu'il porte sur lui et que flaire le veJet Frontin :
i. Pmv oette première peirtle, roir notre étude sur l'École de* tnari*.
L'AVARE ft
SÉVBRIN.
Mais que ferai-je ici de ma bourse?
FROMTIN.
Que dites-vous de bourse?
SÉVBHIN.
Rien, rien.