‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 4)Chapitre 11 sur 134 · DISCOURS ET DIALOGUES · texte numérisé non relu

DISCOURS ET DIALOGUES

La Fontaine à l'Académie, dans une discussion relative au Dictionnaire, défend la langue du xvi« siècle contre les scrupules qui, à force de l'épurer, allaient avoir pour effet de l'énerver et de l'appauvrir.

(Poitiers. — Baccalauréat.)

î voyageur Bernier, ancien condisciple de Molière, et revenu mment des pays d'Orient, qu'il a parcourus, et où il a été

Le

récemment des pays

quelque temps médecin du grand mogol Aureng-Zeyb. Il est accueilli et fêté dans le salon de M™« de la Sablière. La conversation s'engage entre Bernier, M™^ de la Sablière, la Fontaine, Molière et Chapelle. C'est chez M""» de la Sablière, en effet, que Bernier se retira, et il écrivit pour elle soa Abrégé de la philosophie de Gassendi.

Dans sa vieillesse, la Fontaine s'était lié avec Chaulieu, h^ poète épicurien, et prenait sa part des fameux soupers du Temple. La liberté dégénérait souvent en licence dans celte société des Vendôme, et l'ivrorsse grossière n'en était pas proscrite. On suppose qu'au cours d'un de ces soupers tumultueux, te vieux fabuliste, qui gardait une certaine réserve (toute relative I), raillé par Vendôme et la Fare, essaye de leur donntr ridée d'une volupté plus délicate. Pour la définir, on se souviendra de la lettre à Saint-Evremond, citée plus haut (décembre 1687), où la Fontaine associe aux plaisirs de la table ceux de l'amitié et d'une conversation enjouée, souvent sérieuse.

LETTRES

En 1661, Fouquet offrit à Louis XIV une fête magnifique dans sa splendide demeure de Vaux. Son secrétaire, Pellisson, écrit à la Fontaine. — Éclat de la fête (Puget, le Brun, le Nôtre; les machines de l'Italien Torelli ; les Fâcheux de Molière). Mais Pellisson est inquiet ; le roi paraît dissimuler à peine son irritation ; on l'a vu froncer le sourcil devant la devise de Fouquet un écureuil avec ces mots : Quo non asccndct ?). Certains prétendent l'avoir entendu dire à sa mère : « Ah ! madame, ne ferons-nous pas rendre gorge à ces gens-là? » Celui que Pellisson redoute surtout, c'est ce jeune intendant, M. Colbert, que le cardinal de Mazarin a recommandé au roi et qui, chaque soir, travaille avec lui.

(Douai. — Baccalauréat, juillet 1886.)

Lettre de la Fontaine à Colbert en faveur de Fouquet (1665). Vous supposerez que la Fontaine, à la veille du jugement (le procès durait depuis 1661), poussé par un élan de douleur et de générosité, risque une démarche dt^espérée ; il écrit en faveur du surintendant à Colbert lui-même, son rival et son ennemi déclaré. La démarche qu'il tente, pour hardie qu'elle soit, ne paraîtra malhabile qu'aux âmes vulgaires. Colbert n'ignore pas que M. Fouquet n'est pas coupable de haute trahison. S'il a commis des imprudences, des légèretés de conduite, il les a bien expiées par une longue prison, par sa disgrâce si prompte, par les tortures de l'enquête. M. Fouquet était si bon, si généreux, si aimable !... Celui qui le sauverait se ferait des amis dévoués. Le pardon appelle l'indulgence ; la rigueur appelle la rancune et les haines.

(Douai. — Baccalaubéàt, novembre 1886.)

Le chanoine Maucroix annonce à un ami la mort de la Fon-

taine, et expose les titres du bonhomme à la sympathie et h l'admiration de la postérité.

(Nancy. — Baccalauréat, novembre 1888.)

Turenne aimait fort à lire Marot, et, un jour qu'il était en route pour prendre le commandement de l'armée, il récita à son compagnon de voyage, la Fontaine, une épigramme et une ballade du vieux poète, la Fontaine, dans une lettre adressée au héros, lui rappelle celte circonstance et fait l'éloge de Marot, dont il se proclame le disciple et l'imitateur.

(Poitiers. — Baccalauréat.)

Huet répond à la Fontaine, qui lui avait envoyé un Quintilien en accompagnant ce don d'une épitre où il se proclamait le disciple des anciens.

(Poitiers. — Baccalauréat.)

Lettre de la Fontaine à M"® de la Sablière sur la mort de Furenne, arrivée peu de temps après le voyage dont il est parle plus haut (p. 31).

M"" de la Sablière répond au discours en vers que la Fontaine lui a adressé et où il trace de lui-m»^me un si charmant portrait, sans dissimuler ses faiblesses. Aux éloges elle mêlera quelques doux reproches, sur le ton d'une amie dont la piété n'est pas encore devenue de l'austérité.

Désireuses de connaître la Fontaine, quelques personnes l'invitèrent à un repas auquel il vint et que raconte Vigneul- Marville :

« Point de compliments d'entrée, point de façons, nulle grimace, nulle contrainte. La Fontaine garda un profond silence,

et on ne s'en étonna point, parce qu'il avait autre chose à faire qu'à parler. Il mangea comme quatre et but de même. Le repas fini, on commença à souhaiter qu'il parlât, mais il s'endormit. Après trois quarts d'heure de sommeil, il revint à lui. Il voulut s'excuser sur ce qu'il avait fatigué. On lui dit que cela ne demandait point d'excuse, que tout ce qu'il faisait était bien fait. On s'approcha de lui, on voulut le mettre en humeur et l'obliger à laisser voir son esprit ; mais son esprit ne parut point. Il était allé je ne sais où, et peut-être alors animait-il ou une grenouille dans les marais, ou une cigale dans les prés, ou un renard dans sa tanière : car durant tout le temps que la Fontaine demeura avec nous, il ne nous sembla être qu'une machine sans âme. On le jeta dans un carrosse, et nous lui dîmes adieu pour toujours. Jamais gens ne furent plus surpris. »

Et Vigneul-Marville ajoute : « Voilà ce qu'était la Fontaine, moins qu'homme avec les hommes, plus qu'homme avec les bêtes. » On suppose que le bonhomme, moins bonhomme ici que ne le croyaient ses commensaux, écrit à son ami Maucroix le récit de cette soirée, où il s'était plu à tromper une curiosité indiscrète.

Chez Boileau, le docteur en Sorbonne Jacques Boileau, frère du satirique, parlait un jour à la Fontaine de saint Augustin. Disirait peut-être, le bonhomme l'interrompit pour lui demander si ce grand saint avait bien autant d'esprit que Rabelais. Le docteur se montra fort scandalisé du rapprochement et arrêta là l'entretien. On suppose que la Fontaine écrit au docteur pour rejeter son irrévérence sur l'émotion d'une lecture récente de Pantagruel, écarter avec enjouement toute idée de comparaison malséante, mais aussi donner les raisons de son estime pour les parties sérieuses de Rabelais.

Pendant son séjour à Uzès (1661-1662), Racine, dit- on, n'avait d'autre distraction que les lettres de ses amis, au premier rang desquels était la Fontaine. On suppose que la Fontaine lui écrit pour l'entretenir de la disgrâce toute récente de Fouquet, son protecteur, lui faire part de ses projets et l'engagera venir le rejoindre à Paris, seul théâtre digne de ses talents.

Lettre de Lulli à la Fontaine. Il vient de lire VÈpître à if. de Niert, où l'opéra et les faiseurs d'opéras sont attaqués avec une sorte de rancune personnelle ; mais il ne veut pas croire que la Fontaine se soit souvenu d'une brouille momentané'*, effacée depuis par une réconciliation sinc<'re.

Sans doute la tragédie et la comédie plairont toujours plus aux Français que l'opéra importé d'Italie ; mais l'opéra, aussi, i ses beautés et sa grandeur.

Corneille el Molière nont pas dédaigné les pièces à grand spectacle. Quinault n'est pas trop indigne peut-être de leur être comparé et d'être aimé d'un la Fontaine.

Dans sa jeunesse, la Fontaine, se trompant sur sa vocatio;,. était entré à l'Oratoire. Mais il n'y fit qu'un court séjour, cf il assurait plus tard à Boileau qu'il s'y occupait à liie des poètes plutôt que des théologiens. On écrira la lettre par laquelle il annonce à son père qu'il a reconnu son erreur et se dispose à rentrer dans le monde.

En 1649, Claude de la Fontaine, frère puîné de Jean, entre à l'Oratoire, que Jean n'avait fait que traverser, et donne tous ses biens à son frère. On suppose qu'il lui fait part de sa résolution et l'exhorte à faire usage de sa fortune nouvelle pour 'i développer les talents que Dieu lui a donnés. «

Lettre de la Fontaine à M™" de Sévigné, qui a loué ses premiers vers. Consulter le dizain à M™» de Sévigné.

On raconte qu'un officier, qui prenait ses quartiers d'hiver à' Château-Thierry, y lut, devant la Fontaine, alors âgé de vingt-

deux ans, ïode de Malherbe sur la mort de Henri IV : « Que direz-vous, races futures"?... », et que ce fut là pour notre poète, inconscient de son génie, comme une révélation de la poésie élevée. Aussitôt il apprit par cœur l'ode de Malherbe et bien d'autres vers encore, les déclama sans cesse, médita d'en composer à son tour.

Après la première fièvre passée, il écrit à son ami Pintrel pour lui raconter son aventure et lui vanter le talent de Mallierbe, sans lui cacher qu'il croit possible de l'enrichir et de lassouplir encore.

La Fontaine fut élu à l'Académilfe contre Boileau, et le roi, mécontent, prévenu d'ailleurs contre le poète, refusa quelque temps d'approuver son élection. Boileau lui-même écrit à Louis XIV pour plaider la cause do son ami.

Après que M"^* de la Sablière se fut retirée du monde, Saintl'vremond et ses amis d'Angleterre firent une nouvelle tenta- (ive pour décider la Fontaine à passer le détroit. Pour la s'conde fois il refuse, en adoucissant son refus par des compliments délicats.

Éloge des Anglais, — qui « pensent profondément », — de Saint-Evremond, de Waller, etc. Plaisir qu'il aurait à les revoir et à converser avec eux dans l'entourage de la duchesse de Mazarin.

Mais il est plus que jamais utile à M™« de la Sablière, dont il a droit, presque seul, d'égayer parfois la" pieuse retraite; elle est plus nécessaire encore à un homme qui a tant besoin de conseils sérieux.

Enfin, il ne peut se résoudre à quitter la France, où tout le retient : mais il espère y revoir Saint-Evremond.

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