‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 4)Chapitre 117 sur 134 · I. M. Pellisson, notice de l'édition Delagrave · texte numérisé non relu

I. M. Pellisson, notice de l'édition Delagrave

terminent enfin au mariage, pour arrêter de telles prodigalités : K Ce n'est, dit-elle, que pour vous empêcher de vous ruiner. » Elle le dit avec un sourire, et ce n'est pas, sans doute, la seule raison qui la détermine ; mais Dorante se garde de la détromper : « Que j'ai d'obligations, Madame, aux soins que vous avez de conserver mon bien ! Il est entièrement à vous, aussi bien que mon cœur, et vous en userez de la façon qtïil vous plaira. » Dorimène répond : « J'userai bien de tous les deux. » Du cœur, c'est possible, bien que le cœur de Dorante ne soit ni très sincère ni très chaleureux; mais du bien? comment user de ce qu'on n'a pas ? Dorimène sera certainement déçue, et le mieux qui lui puisse arriver, c'est que son mari ne se serve de son bien, à elle, que pour s'acquitter envers M. Jourdain.

Mérite-t-elle un sort plus doux? On ne sait, et il semble que Molière ait voulu laisser dans la pénombre ce caractère énigmatique. Elle-même annonce qu'elle fait une étrange démarche en se laissant amener dans une maison où elle ne connaît personne. Ateis n'est- elle pas de bonne foi, elle qui s'étonne de la magnificence du repas offert, croit-elle, par un gentilhomme qu'elle sait un peu gêné, — ce qui procure à Dorante l'occasion de nous dire, dans un couplet bien curieux, ce qu'est au xvn« siècle « l'élégance et l'érudition d'un repas savant », — elle qui s'étonne et s'irrite de l'algarade par laquelle M"» Jourdain vient interrompre la fête, qui reproche à Dorante de l'y avoir exposée, et sort précipitamment? Quelques-uns veulent qu'elle soit complice de Dorante ou tout au moins qu'elle ferme les yeux. Nulle part cette complicité ou cette tolérance n'est clairement indiquée. Elle s'amuse des galanteries grotesques de M. Jourdain, mais paraît fort éloignée de soupçonner la passion qu'il s'est mise en tête, et que Dorante, d'ailleurs, a intérêt à ne pas lui faire connaître. En revanche, veuve et recherchée pour ses biens plus encore que pour ses mérites, elle connaît les choses de la vie, et n'a plus les illusions de la jeune fille.

DORANTE

Vous êtes veuye, et ne dépendez qne de vous; je suis maître de mol, el vous aime plus que ma vie : à quoi tient-il que, dès aujourd'hui, vous n« fassiez tout mon bonheur?

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