Sommaires des pièces de Molière
sa personne lous les hommes de lettres soient bafoués. Mais Trissotin n'est pas seulement ridicule, il est odieux, et quoi qu'on ait pu dire, comme il est trop visible que Trissotin est Cotin, il y a là une licence dont toute la gloire de Molière ne sauve pas la témérité périlleuse. C'est Cotin, sans doute, qui était l'agresseur; en l'attaquant à son tour, en l'écrasant, Molière était en droit de légitime défense. Mais il a été puni en quelque sorte de s'être trop vengé : plus la vérité du portrait est individuelle, moins la vérité du caractère est générale; plus précise est la satire, moins haute est la comédie, et les Femmes savantes ne sont que la première des comédies de mœurs.
Chrysale t ses défauts et ses qualités. — Que son caractère est plus nuancé qu'il ne semble d'abord.
L'exagération appelle l'exagération; Philaminte et Trissotin appellent Chrysale. Au premier abord, le caractère de Chrysale semble d'une extrême simplicité : c'est un mari faible opposé à une femme impérieuse, c'est un bourgeois grossier, mais de bon sens, opposé à un trio de femmes dont l'esprit est raffiné et faussé par le pédantisme. Tout au contraire, il est peu de personnages chez Molière dont le dessin soit plus finement nuancé. L n'est pas l'incarnation abstraite de la faiblesse et del'ignorance obstinée; il est un homme comme il y en avait alors beaucoup, comme il y en aura beaucoup toujours.
Qu'on ne confonde point sa faiblesse avec celle dOrgon, dupe inintelligente de Tartuffe. « Chrysale est faible comme Orgon, mais d'une autre manière : c'est la faiblesse du caractère, après celle de l'esprit*. )> Sa fille Henriette le connaît bien, et nous le fait connaître dés le premier acte :
Mon père est d'une humeur à £onsentir à tout ; Mais il met peu de poids aux choses qu'il résout : Il a reçu du Ciel certaine bonté d'àme Qui le soumet d'abord à ce que veut sa femme. C'est elle qui gouverne; et, d'un ton absolu, Elle dicte pour loi ce qu'elle a résolu.
Se connaît-il lui-même? Il ne le semble pas, du moins au dé-