I :ibic VI du livrn XI
3. Nous souvenant que ce livre s'adresse à des lecteurs de force inégale, nous
Ici même, le rusé diplomate semble plus consommé dans son art, car il ne se contente pas d'avoir le fromage, il veut avoir aussi le corbeau, qui lui échappe. 11 peut échouer, mais jamais il ne se déconcerte. Renart annonce à la mésange qu'une ère de bonheur va s'ouvrir : le roi des animaux a établi entre eux une paix éternelle; qu'elle descende donc de son arbre pour embrasser son frère. Mise en défiance par une première agression du renard, la mésange lui annonce que des chiens paraissent à l'horizon. Renart aussitôt de s'enfuir, et de s'écrier, comme la mésange s'étonne qu'il n'attende point ces frères nouveaux : « Ceux-ci étaient trop jeunes pour avoir connu la paix* ! » Voyezle maintenant en face d'Ysengrin, et vous comprendrez comment la légende a pris faveur. Lisez la « branche « de Renart, d'Ysengrin et du lion, comment ils se partirent (partagèrent) la proie. Noble, le lion, confie le partage à Ysengrin, qui exclut Renart, garde pour lui une part modeste et adjuge le reste tant à Noble qu'à M™^ l'Orgueilleuse, son épouse. Mal satisfaite, Sa Majesté secoue la tête et frappe rudement Ysengrin au visage; car c'est peu de lui donner quelque chose, il lui faut le tout :
De rien ne vent à part venir ; Tont veut pour elle retenir.
Mis en demeure de partager à son tour, Renart partage toute la proie entre Noble, sa femme et son fils. Noble est étonné de tant d'intelligence, et s'écrie avec admiration :
» Qui t'a appris à partager? »
Rien n'est plus piquant que cette opposition de la souplesse de Renart et de l'égoïsme naïf du lion, et l'on peut douter que le fabuliste ait surpassé le romancier. 11 ne l'a guère surpassé non plus dans la fable vi du livre XI, souvenir évident de la « branche » Comment Renart fit avaler (descendre) Ysengrin dedans le puits. Étonné de voir son image au fond d'un puits, Renart s'élance dans un seau et descend, pendant que l'autre seau remonte. Voilà pris celui qui en a pris tant d'autres. Survient Ysengrin, aflfamé comme toujours; Renart l'interpelle avec componction :
« Je suis votre si bon voisin Qui fut jadis votre compi^ro ;
acceptons le texte modernisé de la ChaTison de Renart, renvoyant pour le teite exact à t'éflition savante de M. Ernest Martin; Straibourg, Trubner, 1883-1887; f^ri4, Ern. Leroux, 3 vol. in-8*.