Préface des FabU
«ont pas seulement morales, elles donnent encore d'autres connaissances : les propriétés des animaux et leurs divers caractères y sont exprimés : par conséquent les nôtres aussi, puisque nous sommes l'abrégé de ce qu'il y a de bon et de mauvais dans les créatures iimisonnables. Ainsi, ces fables sont un tableau où chacun do nous fejrouy.e dépeint. Ce qu'elles nous re- * présentent confirme les personnes d\"igi' avance dans le? connaissances que l'usage leur a données, et apprend aux enfants ce qu'il faut qu'ils sachent. Comme ces derniers sont nouveaux venus dans le monde, ils n'en connaiseent pas encore les habitants; ils ne se connaissent pas eux-mêmes : on ne les doit laisser dans cette ignorance que le moins qu'on peut; il leur faut apprendre ce que c'est qu'un lion, un renard, ainsi du reste, et pourquoi l'on compare quelquefois un homme à ce renard ou à ce lion. C'est à quoi les fables travaillent : les premières notions de ces choses proviennent d'elles '■.
Que trouverait-on de mieux à dire pour louer les Fables que ce que la Fontaine lui-même en a dit, avec modestie, mais sans fausse humilité? I.eçons-pratiques de morale, leçons de chose?, tout ce que les modernes croient avoir inventé, tout cela il le connaissait déjà. 11 savait que la fable peut donner les mêmes enseignements-^^û^^^-nilsXoiJ'e : « Ces mensonges sont proprement une manière^dJ^istoire, où l'on ne flatte personne. Ce ne sont pas choses de'pQ|i d'importance que ces sujets : les aniniauisont les pxéce£[euirs'3e^ hommes dans mon ouvrage 2. » Bien plus, ce genre si dédaigné de la fable, il le croit, sinon supérieur à l'histoire, du moins mieux approprié* à l'intelligence des enfants, qu'il amusera et instruira tout ensemble : « Dites à un enfant que Crassus, allaiit contre les Parthes, s'engagea dans leur pays sans considérer comment il en sorliiait, que cela le fit périr, lui et son armée, quelque effort qu'il fit pour se retirer. Dites au même enfant que le renard et le bouc descendirent au fond d'un puits pour y éteindre leur soif; que le renard en sortit, s'étant servi des épaules et des cornes de son camarade comme d'une échelle; au contraire, le bouc y demeura pour n'avoir pas eu tant de prévoyance ; et, par conséquent, il faut considérer en toute chose la fin. Je demande lequel de ces deux exemples fera le plus d'impression sur cet epfanl. Ne s'arrètera-t-il pas au dernier, comme plus conforme et moins disproportionné que l'autre à la petitesse de son esprit 3? » On le voit, tout ce que les modernes peuvent dire e;\,/aveur de la fable, la Fontaine l'avait dit lui-même, avec inodoslie, si l'on ne considère que la forme; avec quelque fierté, si l'on va au fond.