Lettre à Vauvenargues, 7 janTier i
Fout se concilie donc, et il faut s'en tenir au mot du vicaire de Saint-Roch, Pouget, qui avait assisté le poète vieux et malade : '< M. de la Fontaine était un homme fort ingénu, fort simple, avec beaucoup d'esprit. » Loin d'étouffer l'esprit, cette ingénuité lui donnait une grâce piquante lorsqu'il s'éveillait après avoir sommeillé quelque temps.
Les Fables suffiraient à prouver l'estime qu'on faisait de lui, et l'envie qu'il avait de plaire sans bassesse. On y rencontre à • chaque pas des noms illustres. Le duc de la Rocheloucauld vieilli et le duc de Bourgogne enfant, conseillé par Fénelon, lui soumettent des sujets de fables. M"^ de Sillery veut avoir des vers de sa façon, et « qui dit Sillery dit tout ». Elle en aura, la belle M"° de Sévigné, la future M™® de Grignan; mais ils lui coûteront un malin reproche à l'adresse de son « indifférence » trop dédaigneuse. Elle ne sera pas oubliée, M™« delà Mesangère, fille de M™« de la Sablière. Mais c'est celle-ci qui reçoit les hommages les plus délicats. Nous sommes avertis que, d'ordinaire, elle ne goûte point les louanges; mais celles de la Fontaine, comment ferait-elle pour les repousser? Vanter le charme sérieux de sa conversation, où la bagatelle se mêle à la science pour l'égayer,
Son art de plaire et d« n'y kmelMr pM,
son esprit, qui a « beauté d'homme avec grâce de femme, c'est la flatter, sans doute; mais que la flatterie est discrète et comme on est obligé de la croire vraie, à force de la sentir sincère! On l'a observé : ce parasite de génie, en face de sa bienfaitrice, n'a rien d'un parasite. C'est un ami reconnaissant. Un confident respectueux, affectueux plus encore, qui sait ce qu'il doit aux autres, mais aussi ce qu'on lui doit. Dans celte situation, qui semb4e équivoque aujourd'hui et ne l'était pas alors, qui pèserait à de plus fiers et gênerait de plus humbles, il est à son aise, et, pour ainsi dire, de plain-pied avec ses protecteurs. On lui reproche quelques flatteries moins réservées, la dédicace du second recueil à M™« de Montespan, la fable les Dieux voulant instruire un fils de Jupiter; et il est certain que les flatteries se multiplient dans le second recueil ; mais aussi elles ont un tour de plus en plus délié. Presque toujours sobres, elles sont toujours choisies. Lisez l'épilogue du livre XI, contemporain de la paix de Mmègue. 11 sait bien pourtant que les princes « goberont l'appât » de la flatterie la plus grossière ; mais
il ne peut, ni ne daigne flatter ainsi, et, quoi qu'on ait dit, il ne s'assouplit pas en vieillissant. Au livre XII il loue Gonti, de plein cœur; mais Conti est disgracié pour ses libertés de parole, et voyez avec quelle liberté lui-même la Fontaine parle de ce milan qui imprime sa griffe sur le nez de Sa Majesté :
Quoi ! sur le nez du roi? — Du roi même en personne.
— Il n'avait donc alors ni sceptre ni couronne?
— Quand il en aurait eu, c'aurait été tout un : Le nez royal fut pris comme un nez du commun. Dire des courtisans les clameurs et la peine Serait se consumer en efforts impuissants.
Le rui n'éclata point : les cris sont indécents A la majesté souveraine.
Cela est dune ironie légère, mais quelque peu irrespectueuse. D'autres épigrammes ont une autre portée. M. Taine l'a fort bien dit : « Le poète au dedans restait libre, » et ne se dissimulait ni Fégoïsme du roi ni les petites lâchetés des courtisans. Ébloui parfois, il n'est jamais aveuglé; l'idolâtrie des Français pour Louis XIV ne rerapêche pas de porter ses regards au delà de la France, d'admirer la fierté « de l'âme espagnole », de comprendre un peuple plus froid et plus libre, les Anglais, qui « pensent profondément », et le « bon sens » de milady Harvey lui révélait le caractère dominant de la race '.
Indépendant sans révolte, il définissait la liberté
Un bien Sans qui les autres ne sont rien.
Il savait en user, et aussi n'en pas abuser, ce qui est plus dife ficile. L'homme est sans raideur, mais l'homme de lettres a sa fierté, car il se sent fort supérieur à ces plagiaires qu'il raille et à ces auteurs faméliques qui vendent aux gens de finance »c de méchants livres bien payés » :
On doit tenir noire art en quelque prix. Les grands se font honneur dès lors qu'ils nous font grâce : Jadis l'Olympe et le Parnasse Étaient frères et bons amis.
Si ses prolecteurs l'oubliaient, il saurait se souvenir que « notre ennemi, c'est notre maître ». Mnis il n'en a pas besoin : on
1. Voyez la fable ixiii du livre XH; tout le déhu* est un éloge délicat et profond du ^cnic anglais
le respecte parce qu'on l'aime, et on l'airae parce qu'on le sait également éloigné de tout excès, excès de souplesse ou excès d'orgueil, parce qu'il est lui-même avant tout. Et, à son tour, il ne demande aux autres que d'être eux-mêmes dans le monde : par exemple, il veut de la u diversité » dans l'esprit; mais il déteste « les rieurs..., les méchants diseurs de bons mots », mauvais caractères, avait déjà observé Pascal, et qui ne cherchent qu'à briller aux dépens des autres. Il sait que « le savoir a son prix n, mais il subit avec impatience les discours déplacés et interminables de ces pédants qui gâtent la raison au lieu de la mûrir. <]omme Horace, fl méprise le profane vulgaire, et s'étonne qu'on ait pu dire que sa voix est la voix de Dieu; mais il sait, d'autre part, qu'on se rend malheureux par trop de délicatesse. Cet équilibre de qualités tempérées, cette défiance des affectations et des exagérations de tout genre, cet esprit de juste mesure, de discrétion, de modération, qu'est-ce autre chose que l'esprit de société tel qu'on l'a toujours entendu en France?
La physionomie iadUidnelle*
HkSi pourtant il ne trouve pas dans la société ce qu'il y cher- I^^K, il est, affirme-t-il, « beaucoup mieux' seul qu'avec des ''^' sots ». Mais cet amour de la solitude, qu'il ne faudrait pas prendre pour de la misanthropie, est fait d'éléments bien divers. Il y entre d'abord, avec l'amour de la nature, la haine des beaux esprits qui la fardent et des importuns qui la troublent. Puis il y cherche cette paix dont il a tant besoin pour luimême, et qu'il souhaite si souvent à ses amis ou à son pays :
Le repos ! le repos ! trésor si précieux Qu'on en faisait jadis le partage des dieux.
Enfin, cet amour du repos et des loisirs intelligents se tourne souvent en amoui" de la molle jionchalance et de la rêverie. C'est par celte note personnelle que sont relevées les réminiscences des anciens dans les vers admirables qui couronnent, en l'écrasant un peu, le Songe d'un habitant du Mogol. Si l'on ne voit que la nonchalance, on fera de la Fontaine un épicurien trop sensuellement paresseux; si /'on ne songe qu'à la rêverie, on court risfue de retomber dans la légende du solitaire,
disirait et inconscient, qui s'éveillait d'un long sommeil, tout étonné, presque confus d'avoir produit un chet-d'œuvre en rêvant. La vérité, c'est que, dans la solitude où il se plaisait, le « somme » avait pour lui toujours son prix, mais que les réflexions sérieuses n'étaient point écartées. Si parfois — assez rarement j'imagine — Gros-Jean se plaisait à détrôner en imagination le sophi et à voir les diadèmes pleuvoir sur son froni, plus souvent iJ aimait à parcourir les terres vagues de ce pa\p qu'il appelle « la feinte », ou à philosopher au hasard, tanlùl prenant un plaisir extrême à des fantaisies romanesques, souvenirs lointains de VAstrée ou de Peau d'Ane, tantôt observant tout autour de lui et s'observant lui-même, car « apprendre a se connaître est le premier des soins » que Dieu nous impose. Il le sait, et sa dernière fable nous enseigne qu'on se connaît surtout quand on vit dans le désert. « La Fontaine, dit Sainte- Beuve, est notre seul grand poète personnel et rêveur avant André Chénier. » Cela est vrai, pourvu qu'on n'entreprenne point de l'assimiler tout à fait à ces poètes de notre âge don, on le dit le précurseur, car le « moi « du fabuliste a ses malices gauloises autant et plus que ses attendrissements, toujours passagers d'ailleurs. Pour une réflexion mélancolique qui émeut, combien de traits et de tours piquants, qui font naître un sourire I
Ulysse en fit autant. {On ne s'attendait guère
De voir Ulysse en cette affaire.) On conte qu'un serpent, voisin d'un horloger (C'ètaiipour l'k^toger un mauvais voisinage)...
A ces mots l'animal pervers
{C'est le serpent que je veux dire.
Et non l'homme ; on pourrait aisément s'y tremper)... La colère du roi, comme dit Salomon,
Est terrible...
Bonhomie et finesse, malice et ingénuité, voilà ce qui domine ; rêverie sans amertume, voilà ce qui enlève toute sécheresse à des qualités qui, sans ce tempérament, seraient trop exclusivement gauloises. Rousseau aime la solitude parce qu'il hait l'homme; la Fontaine la recherche par goût et par besoin, pour y être plus lui-même et y peindre les autres plus à son aise. Alors que l'un prend une sorte d'amer plaisir à voir décroître autour de lui le nombre de ses amis, l'autre ne vit que pour l'amitié : non qu'il embrasse dans une banale sympathie toute?; les amitiés Qui s'offrent :
Chacun se dit ami, mais fou qui s'y repose 1 Rien n'est plus commun que ce nom, Rien n'est plus rare que la chose ;
mais c'est par la rareté justement que l'amitié véritable est exquise, et la Fontaine savait qu'il était de \Tais amis ailleurs qu'au Monomotapa. Dans loul le xvii» siècle, il n'est pas de vers qui, pour le charme pénétrant, égalent ceux qu'il a consacrés à l'amitié telle qu'D la concevait, telle qu'il la comiciissait :
Qu'un ami véritable est une douce chose I Il cherche vos besoins au fond de votre cœur;
Il vous épargne la pudeur
De les lui découvrir vous-même ;
Un songe, un rien, tout lui fait peur . Quand il s'agit de ce qu'il aime.
Seulement il semble avoir mis toute sa chaleur d'âme dans l'amitié ; il n'en resta plus guère ni pour l'amour conjugal ^'est l'amour qui est chanté dans les Deux Pigeons, et le mal Marié est un fabliau satirique), ni pour la paternité (malgré un mot assez touchant dans Jupiter et les Tonnerres), ni pour l'enfance, l'âge « sans pitié », qu'il n'a ni comprise ni même observée :
Les enfants n'ont l'&me occupée
Que du continuel souci
Qu'on ne fâche point leur poupée i.
Le mariage et la paternité imposent des devoirs assujettissants. 11 ne les repoussait pas avec autant d'égoïsme qu'on l'a souvent dit; mais enfin il ne s'y asservissait pas non plus, pas plus qu'il n'enviait l'honneur d'être « père de famille ^ », au sens latin, c'est-à-dire maître de maison. Prenons-le tel qu'il a été, tel qu'il a voulu être. La vie telle qu'il se l'était faite excluait certaines préoccupations oij entre une bonne part de prose, parfois de lassitude et de tristesse. S'il avait été un mari, un père exemplaire, un propriétaire soucieux de ménager et d'accroître ses revenus, il n'aurait sans doute pas été la Fontaine. Chez un autre, cette insouciance n'irait pas sans quelque sécheresse, mais on lui pardonne, à lui, de rester enfant.
i. Cela n'est qu'à moitié vrai des enfants de tous les temps. Ceux du nôtre sont •ccupés à apprendre par cœur le poète qui ne les a pas aimés et qu'ils aiment.
i. L« Fermier, le Chien et le BenardÇi.1, v). On s'est indigné de cette déclaration, nal conpriM.
Le sentiment de la nature chez la Fontaine*
Ce qu'il y a de^liis iiulmiiiiel peut-être chez la Fontaine, c'est saj'açon d aimer la^nature. Il l'aime comme l'aimaient les poètes anciens, autant que l'aiment nos poètes modernes, mais autrement, si bien que, disciple des anciens et précurseur des modernes en cela, il est lui-même par-dessus tout et toujours.
II n'a pu que deviner la manière sobre et forte avec naïveté dont Homère a peint la nature, si intimement associée à l'âme de ses héros, jamais distincte des personnages qui sentent et qui agissent. Virgile, Horace, Lucrèce, on l'a vu, sont ses maîtres, et i] les imite en les rajeunissant. Des Hindous plus en-core que des Latins il a pris ce sentiment profond de la vie' et cette sympathie pour tous les êtnes vivants qui -est-comma l'âme des Fables, surtout dans leurs derniers livres. C'est dans le dernier qu'on voit le singe, messager de Jupiter, chargé par lui de « partager un brin d'herbe entre quelques fourmis », car les dieux ont soin de tout : petits et grands sont égaux à leurs yeux. Toutefois, si tout vit et sent pnnr 1p. fahnljstp, même la montagne et le vent, même la lime, les pots de terre et de fer, on remarque qu'il n'a pas souvent dniié He la^£arole les végétaux, si fraternellement confondus avec les animaux dans les fables orientales.
J'ai passé plus avant : les arbres et les plantes Sont devenus chez moi créatures parlantes.
Mais cet « enchantement >-, cette vie et cette voix merveilleuse prêtées aux choses, où les trouvons-nous ? Dans un pur chefd'œuvre, sans doute, le Chêne et leEûseau. Cependant Bernardin de Saint-Pierre, dans ses Harmonies de la nature, le remarque : w Cette fable si philosophique est presque la seule où la Fontaine ait mis deux végétaux en présence, » et même aucun autre végétal ne parle dans les Fables, si ce n'est l'arbre dans V Homme et la Couleuvre. On devrait ajouter tout au moins le buisson, dans la fable vu du livre XII. C'est qu'il ne faudrait pas exagérer le « naturalisme » de la Fontaine : si antique qu'il puisse être par l'esprit ,il e§t plu sJVancais eiiçoLe par Forigine, par le goût de la race pour les chosesjaesurées. Ce
IIS profond de la mesure et de l'harmonie, il le relroiivait ciicz Virgile ; il ne le retrouvait pas toujours chez Pilpay, dont l'influence sur lui n'est jamais prépondérante, même dans le secondf recueil, où il s'y abandonne davantage.
Son horizon P9,\. rpstreint, il est assez injuste, je crois, de dire avec Amiel : « Sa géographie réelle n'a que quelques lieues carrées, et n'atteint ni le Rhin, ni la Loire, ni les montagnes, ni la mer. » Car il nous importe assez peu que la Fontaine ail des connaissances géographiques étendues, s'il joit^ et-sent bien ce (]ujl doit nousJ'airfi-jmiiLet^eiLlir. Mais il avait pour pallie et il a toujours peint de préférence cette Champagne, où, comme le dit M. Taine, les montagnes sont collines et les bois bosquets, où de minces rivières serpentent entre des bouquets d'aunes avec de gracieux sourires, contrée calme et tempérée où le soleil n'est pas terrible comme au Midi, ni la neige durable comme au nord, où sans elfort on se laisse vivre. Sainte-Beuve observe aussi qu'il a surtout peint, avec sa Champagne, la Picardie, la Sologne, la Beauce, et qu'il Jes ajeintes avec jies couleurs Jidèles qui sentent le pays et le terroir. Il saura peindre autre chose, quand il lui plaira :
Avec grand bruit et grand fracas Un torrent tombait des montagnes.
Tout fuyait devant lui ; l'horreur suivait ses pas ; Il faisait trembler les campagnes.
Mais tout aussitôt, comme pour reposernos yeux de ce spectacle, il nous montrera une lente rivière,
Image d'un sommeil doux, paisible et tranquille.
Bien qu'il n'ait fait qu'un grand voyage dans le Limousin, il a entendu parler des orages de la mer, et il en parle à son tour, sans accent bien personnel ; mais il s'arrêtera avec complaisance devant l'huître blanche, grasse, épanouie, qui bâille au soleil sur le rivage. M émej^uoruLlL place-le Ueu d'un paysage dans uii pays étj-anger, c'esl jifiJa-Jïiajice__qu^'ilse^ souvient. Voyez où s'arrêtent les animaux députés pour porter tribut à Alexandre :
Ils arrivèrent dans un pré Tout bordé de ruisseaux, de fleurs tout diapré,
Où maint moulon cherche sa vie ;
Séjour du fi-ais, véritable p:\trie
Des zéphyrs...
Le cristal d'une fontaine, les blés en herbe où les alouettes font leur nid, la lisière^des buis où les lapins, à l'aube, se jouent dans la bruyère et le thym, voilà ce qu'il se plaît à^re^i^arder et à mettre sous nos yeux. C'est amoindrir peut-être ilhorizon de la poésie antique, mais c'est élargir singulièrement celui du xvii« siècle, qui, on l'a dit souvent, était trop préoccupé d'étudier l'homme intérieur pour avoir le loisir de songer à la nature extérieure. On a exagéré, il est vrai, cette indifférence du siècle pour la nature. Bien des traits épars dans les grands écrivains font comprendre qu'elle n'est ni dédaignée ni incomprise, mais qu'on la voit d'un œil moins attendri que nous ne la voyons, et surtout qu'on n'éprouve pas le besoin de la décrire par le menu. La vie de société absorbe tout: M™^ de Sévigné elle-même — qu'on rapproche toujours en ceci de la Fontame, et qui a de jolis mots, mais des mots seulement — n'gjme la campagne que d'un amour intermittent, quand elle n'a rien de mieux à faire. Mais on trouverait un jealinLent assez vif des beautés naturelles chez plus d'un poète d'ordre secondaire, de Racan à Segrais, de Saint-Amand à Chaulieu. La Jfontaine n'est donc pas, dans le siècle de Fénelon, une exception absolue et une sorte de phénomène; mais il a plus qïïè"TOiis ses contemporains la profondeur dans le sentiment et la sobriété dans l'expression. Jamais il ne décrit pour le plaisir de décrire. Un vers lui suffit pour tracer un tableau et communiquer une impression :
Le long d'un clair ruisseau buvait une colombe.... L'onde était transparente ainsi qu'aux plus beaux joars.
— S'il décrit parfois plus longuement, c'est que la description a son importance dans le récit ou dans le drame :
Il avait de plant vif fermé cette étendue : Là croissaient à plaisir l'oseille et la laitue, De quoi faire à Margot pour sa fête un bouquet, Peu de jasmin d'Espagne, et force serpolet.
Pourquoi ce rustique coin de terre, amoureusement cultivé par le jardinier du seigneur, est-il décrit avec tant de complaisance? C'est que le jardinier y a mis toutes ses espérances, et qu'elles seront ravagées par la chasse que le seigneur conduira. Nuile part de ces inventair^a-détaillés où les modernes se complaisent; nullejpart, non plus, cette ecrasanTé^ômmpotence de lanature, qui^ànnihile l'être humain et pensant! La description
^ des choses n'est destinée qu'à faire ^ deXhômme, centre et âme de tout.
La peinture des animaux. — Si la Fontaine [/ est un mauvais naturaliste*
La Fontaine, dans l'herbe épaisse et le genêt, Rôdait, guettant, rêvant, et les espionnait.
C'est ainsi que, dans XArl d'être grand-père, le poète des enfants se représente le poêle des animaux; et s'il est une légende bien établie, c'est celle qui nous montre le fabuliste observateur, distrait pour tout le reste, attentif à ce soin unique, errant à travers les champs et les bois pour y surprendre les secrets de sa clientèle silencieuse. D'autre part, voici que M. Paul de Rémusat conteste à la Fontaine le don et jusqu'au désir d'observer: « Il ne savait point voir les choses positives, et personne plus que lui n'a vécu dans un monde imaginaire où les sentiments tiennent plus de place que les faits. ' » Lequel a raison, du poète ou du critique? Aucun des deux peut-être n'a compîélement raison ni complètement lort.
Nous sorames tellement savants aujourd'hui, et tellement fiers de la science qui nous alourdit, que nous en voulons aux autres de n'avoir pas été aussi savants que nous, nous qui devrions les en féliciter. Ainsi, nous avons découvert que le bonhomme est un médiocre naturaliste : {° parce que sa sciejice e'st încom£lè^te ; 2° parce qu'elle se trompe sur plusieurs points. « Il na ni papillon ni rose, s'écrie Amiel. Il n'utilise ni la grue, ni la caille, ni le dromadaire, ni le lézard. » Sans doute il répondrait qu'il n'a pas prétendu écrire un traité d'histoire naturelle ; que, s'il a préféré le chêne à la rose, le chameau au dromadaire, l'hirondelle à la caille, il avait ses raisons pour cela, soit qu'il se souvînt des anciens fabulistes, soit qu'il s'en rapportât à une observation immédiate el familière. Mais on insiste, et l'acte d'accusation se précise.
Dès les premières^ fablûs, que d'erreurs ac(imaiilées! La cigale serait fort empêchée de chanter tout l'été, jusqu'au retour de la bise, car sa vie ne se prolonge guère au delà de quelques
<. La Fontaine naturaliste (Remte det Deux Mondes, i- déeMibr* IIMV
7i2 COURS DE LITTÉUATURE
semaines; elle ne se nourrit ni de mouches ni de vermisseaux, mais de substances végétales, et paiticulièrement de la sève des arbres, de même que la fourmi n'amasse pas de grains, étant Carnivore. Apprenez cela, fabuliste ignorant. Us sont carnivores aussi, le corbeau et le renard ; quel régal pour eux qu'un fromage! Qu'est-ce qu'un agneau de lail qui se désaltère dans un ruisseau? Vous aurez voulu parler d'un mouton! Où avez-vous vu qu'un roseau fût un <( arbuste >>? Et nous n'en sommes qu'au premier livre des Fabien! On pourrait poursuivre celle analyse critique. Le singe n'a pas quatre pieds, mais quatre mains; le serpent n'est pas un « insecte * » et ne porte pas de poison à la queue; aucun escarbot n'a de « gite ». C'est le lièvre qui a un gîte, non, comme vous dites, une « tanière ". Ce pauvre lièvre, combien vous l'avez calomnié ! D'abord il ne dort pas les yeux ouverts, et cette précaution lui serait inutile, car il a de très mauvais yeux ; puis il n'est pas si sot, et déploie même une certaine habileté pour échapper aux chiens et aux hommes. Calomniés aussi la couleuvre, reptile inofFensif; le chien, dont ^n connaît l'intelligence; l'ours (qui n'a pas de « serres »), plus épais de corps que d'esprit, grand amateur de fruits et de lait, c'est-à-dire précisément des mets qui ne sont pas, suivant l'Amateur des jardins.
De messefgneurs les ours le manger ordinaire.
En revanche, vous vantez le dévouement de la perdrix; mais vous tombez mal, car ce n'est pas la mère, c'est le père qui se dévoue pour ses petits.
Et pourtant, les critiques auront beau faire, ils n'empêcheront pas qu'aux yeux de tous désormais la cigale ne personnifie la frivolité insouciante, le lièvre la poltronnerie, comme l'ours la maladresse. Pourquoi celte persistance dans l'erreur? C'est que le poète a créé des types qu'il a imposés à l'imagination populaire et oui sont devenus pour elle plus vrais que la vérité. i\ljis pôuxqiiQi.Iuj-niême les a-t-il vus sous ce jour? C'est parce qu'il les a reçus d'une tradition déjà'Tieille.lTn' l'aj vu : s'il exagère la finesse dn^renard et la bêtise du ïoup, c'est] qu!aprj3S JEsope le Roman de Renart Igs avait exa£é^ées, par ■ amour de l'antithèse. La Fontaine sait qu'îr se Trô^mpe en cela,
1. Furetière dit pourtant, dans son Dictionnaire, qu'on donne le nom d'insect( aux aniraaus qui, comme les serpents, vivent après avoir été coupés en plusii^urs partie».
et, dans la f^jx^luJwe XI, il le dit, ce qui prouve tout au moins q^u iTavait rectifié le préjïïgé par Tobservation, mais ce qm ne l'empêche pas de le suivre une fois de plus, dans la fable même où il le combat. Brun l'ours et Couart le lièvre, dans le Roman et dans les Fables, ont été victimes d'un préjugé analogue. Peut-être a-t-on eu tort de les juger sur les apparences; mais c'est ainsi que le peuple juge; et le moyen déjuger contre lui, surtout en un genre dont la première condition d'existence et de succès est d'être populaire?
AvoiKms^s préj.u^és, les lacunes, les inexactitudes. Qu'aurat-on démontré en les constatant? Que la Fontaine n'avait point prévu les exigences rigoureuses de la science et" de la critique moderne? Cela va de soi. Qu'il n'a eu qu'une connaissance imparfaite des animaux étrangejs à la faune de son pays restreint, ou simplement hors de la portée de son regard un peu paresseux? Les longs voyages lui font peur, comme'les longs ouvrages, nous le savons. Que même il n'a pas toujours observé avec une attention assez scrupuleuse les animaux qui lui étaient familiers? Il faut s'entendre : si l'on veut dire qu'il ne les a pas étudiés avec la conscience d'un naturaliste conternporam, on aura raison; mais on a torisi l'on croit qu'il n^n donne pas une idée'prTcise, ujë~i m pression d'ensemble'. Je veux bien qu'il ait calomnié le ïïèvre, mais je sais que le mélancolique animal aux longues oreilles est bien peint, en somme, parce qu'il est bien vu. Il est possible, au contraire, que l'on nous ait dit trop de bien des pigeons,
Aa cou changeant, au cœur tendre et fidèle.
Mais si la réalité est moins séduisante , tant pis pour la réalité. Il suffit qu'elle ne soit pas méconnue. Est-il besoin que le portrait soit complet ou même exact dans ses moindres parties pour être frappant et vrai? Certaines esquisses produisent l'illusion que certains tableaux ne donnent pas. Un. tpitDae^uffit : la tortue qui va son train de sénateur, le bouc Bautencorné, dame belette au nez pointu, au long corsage; capitaine renard, vieux routier que le poète compare à Arlequm et que l'on pourrait comparer au trop ingénieux Pa- "nrge; dom Coursier, dom Pourceau, Jean Lapin, qui va faire cour a l'Aurore et trotter dans la rosée; Margot la pie ou (..iquet-Bon-Bec; Triste Oiseau, le hibou; le vautour au bec \ retors, le lion, terreur des forêts, est-ce que j'ai besoin d'un C. de Litt. — LA FuNTAmB. 2
supplément d'informations pour les connaître? Mais je connais déjà leur généalogie et leur nom. Le singe Gillc est cousin et gendre de Bertrand, en son vivant singe du pape; le Bertrand qui croque si bien les marrons tirés du feu par Raton doit être de la famille. Il y a, chez les chats, toute une autre lignée de Rodilards, de maîtres Mitis, de Raminagrobis, qui s'appelle aussi dans la même fable Grippeminaud, car ils ont des noms de rechange. Et, comme chacun d'eux a son caractère propre, je distingue à la fois les traits généraux de l'espèce et les traits de l'individu. Et je me tiens pour satisfait, sans songer àm'enquérir si je suis satisfait dans les règles.
Comparaison de la Fontaine et de Buffon. — Les traits inflividucls et les termes généraux. — Les bêtes noires et les bonntes bêtes.
S'il y a quelque pédantisme à écraser la Fontaine sous le poids d'une érudition fraîchement conquise, il y aurait quelque puérilité à démonlrei" longuement, comme essaye de le faire M. Damas-Hinard*, que la Fontaine est plus poète et même plus savant que Buffon Aucune comparaison détaillée ne serait possible entre cette immense entreprise de VHistoire naturelle, dominée par de hautes idées philosophiques, puissante dans son unité un peu rigoureuse et sa noblesse un peu monotone, et ces Fables légères, si variées, si diverses de ton, dont les acteurs, du reste, sont relativement peu nombreux. L'œuvre de Buffon embrasse le règne animal tout entier; la Fontaine revient presque toujours avec complaisance aux mêmes animaux familiers, et n'introduit que rarement de nouveaux venus dans ce groupe restreint :
Un hérisson du voisinage, Dans mes vers nouveau personnage.
En écartant toute vaine antithèse de ce genre, on peut avec fruit se souvenir de Buffon pour mieux comprendre la Fontaine. Tout d'abord on sent combien moins vive est la sympathie de ^
1. La Fontaine et Buffon. Nou8 ne citeron» pas à la Biblioerauhie ce livre sy»tétnalique et souvent faux.
Buffon pour ïa personne de l'animal. Refusant à l'animal toule personnalité, il ne peut l'aimer de cette affection tendre qui & attache aux qualités de l'individu. Il décrit minutieusement les admirables travaux des castors, mais il reste froid. A tous les animaux sans distinction il refuse la pensée, « même au plus petit degré ». Par suite, il conçoit de l'animal un type où n'apparaissent guère que les traits généraux de l'espèce, au détriment des variétés individuelles. Chez la Fontaine, chaque individu a sa physionomie distincte : l'Alexandre des chats, l' Attila des rats, Rodilard, vrai Cerbère, ne ressemble guère à maître Mitis,
Marqueté, longue queue, une humble contenance. Un modeste regard, et pourtant l'œil luisant.
Le vieux rat, grand rongeur de livres, savant jusques aux dents, s'oppose au jeune rat de peu de cervelle qui s'émerveille de tout, ou à la « râleuse seigneurie » de tel autre rat fanfaron. D'autre part, pour peindre ses types généraux, Buffon fait usage de ces termes généraux dont il préconise l'emploi dans son Discours sw le style. Voyez la description du héron*, et dites si les deux' premiers vers de la fable ne donnent pas du premier coup une impression plus nette et plus forte. Même là où Buffon suit de près la Fontaine, quelle infériorité de ressources plastiques 1 « L'inconstance naturelle de la chèvre se marque par l'irrégularité de ses actions : elle marche, elle s'arrête, elle court, elle bondit, elle saute, s'approche, s'éloigne, se montre, se cache ou fuit, comme par caprice, et sans cause déterminante que celle de la vivacité bizarre de son sentiment intérieur. »
Dès que les chèvres ont brouté,
Certain esprit de liberté Leur fait chercher fortune : elles vont en voyage
Vers les endroits du pâturage
Les moins fréquentés des humains.
Là, s'il est quelque lieu sans roule et sans chemin, Un rocher, quelque mont pendant en précipices, C'est où ces dames vont promener leurs caprices. Rien ne peut arrêter cet animal grimpant.
Encore une fois, ne demandons à Buffon que ce qu'il a voulu «et dû faire ; mais comprenons ce que c'est que peindre, et combien la Fontaine est un grand peintre. Le naturaliste raisonne et
1. Cf. la p. 3*7 de notre édition de« Œnvrtt choisie* de BafToii.
décrit; tout ce qu'il pourra nous dire sur les services rendus à l'homme par le bœuf et la vache ne vaudra jamais le discours gravement sévère que tient le bœuf, dans l'Homme et la couleuvre, après avoir ruminé le cas dans sa tète. Dans VHistoire naturelle, le lion n'est pas moins le roi des animaux que dans les Fables; seulement, dans les Fables on l'enlend parler et on le voit agir.
Aucun d'eux, lorsqu'il trace les portraits d'animaux, n'est absolument désintéressé de toute préoccupation morale. Mais, chose curieuse, le plus moraliste des deux, ce n'est pas le fabuliste. Bufîon a ses partis pris, ses bêtes favorites, ses bêtes noires. Il procède volontiers par antithèses, opposant le tigre au lion, le loup au renard, le chat au chien, forçant parfois la note et la couleur, tantôt rédigeant un réquisitoire contre la férocité du loup ou l'hypocrisie du chat, tantôt glorifiant les vertus domestiques des pigeons ou plaidant la cause de l'âne méconnu. La Fontaine ne recherche pas ces oppositions factices : il n'essaye pas de grandir le lion par le voisinage du tigre. U recevait de la tradition l'antithèse toute faite entre le renard et le loup; mais il en constate en passant l'exagération, et, peignant le loup sous les traits d'un glouton toujours afTamé, toujours dupé ou battu, il n'a pas contre ce proscrit traqué par l'homme ces explosions de colère qui étonnent chez BufTon. Tous deux voient dans le chat un tartufe accompli ; mais Buffon rend plus justice au chien. Pourquoi? Pour les besoins de l'antithèse encore; car si chez le chat tout est équivoque, chez le chien « tout est sincère ».
L'homme n'est jamais absent de VHistoire naturelle. Après avoir conté les aventures des deux pigeons, le poète se laisse aller à des réflexions personnelles dont l'émotion est pénétrante, et ne cherche point une autre moralité à sa fable. Le savant n'a garde d'oublier la leçon morale, et s'écrie : « Quels modèles pour l'homme, s'il pouvait ou savait les imiter ! » Si nous en croyons le fabuliste, le baudet, mailre Aliboron, manque de légèreté, de bon goût, de docilité, de modestie; tout compté, il est d'ordinaire « bonne créature ». Mais Buflon, qui s'est attendri sur les pigeons, prend feu pour l'àne : « Pourquoi donc tant de mépris pour cet animal si bon, si patient, si sobre, si utile? Les hommes mépriseraient-ils jusque dans les animaux ceux qui les servent trop bien et à peu de frais? » Ainsi, qu'on le glorifie ou qu'on l'invective, l'homme est ici le centre de tout, le maître et le roi de la création, et les ani-
maux ne sont jugés que par rapport à lui. Voyez maintenant ce que devient chez le fabuliste cette royauté illusoire :
Je me suis souvent dit, voyant de quelle sorte
L'homme agit et qu'il se comporte, En mille occasions, comme les animaux : Le roi de ces gens-là n'a pas moins de défauts Que ses sujets...
Voilà l'égalité rétablie, et l'homme a, comme l'animal, p'us '|ue l'animal même, sa part de satire.
LA FONTAINE SATIRIQUE ET MORALISTE xn /
i^elle est la part de la satire dans les Fables? La satire générale.
Il ne faut ni restreindre ni exagérer la part de la satire dans les Fables. On l'exagérerait si l'on ne voyait qu'elle partout et toujours. On la restreindrait si l'on n'y relevait que quelques épigramraes isolées. La Fontaine reconnaît lui-mêm^e que la plupart de ses personnages prêtent à^;ure : il les peint, dit-il,
j Les uns fous, les autres sages,
I De telle sorte pourtant
j Que les fous vont l'emportant.
beaucoup de ses tables d'ailleurs, le Mal Marié, les Femmes et le Secret, la Fille, la Laitière, le Savetier et le Financier, l'Enfouisseur et son Compère, etc., ne sont que ^es.^i2jiaux où les animaux n'interviennent pas et~oùThomme est aujgremier plan. Mais, à prendre le recueil dans son ensemble, on y peut dislin&ujaiLla satire des travers généraux de la socijlé et la^atire^s t£avers^partic^]iersà^a 30çiété^franca du xyu' siècle.
[.a Fonlâmë diviserait volontiers la société en « mangeurs » et en mangés :
Nous ne trouvons que trop de mangeurs ici-baa : Ceux-ci aont courtisans, ceux-là sont magistrat!.
Ces grands, dont les « masques de théâtre )> inspirent un idolâtre respect au vulgaire, dupe do l'apparence; qui, avec une si sotte vanité, parlent le « jargon frivole » du blason; qui, si aisément, se mettent en tête « que tout est né pour eux », ils peuvent se permettre toutes les sottises, puisque ce sont les petits qui en pâtissent. A leur tour, ils se dupent et se dépouillent entre eux :
L'âne, c'est quelquefois une pauvre province;
Les voleurs sont tel ou tel prince, Comme le Transilvain, le Turc et le Hongrois.
Comment un exemple donné de si haut ne serait-il pas suivi? Il j a peu de rois indulgents : la Fontaine le remarque dans la Fable xii du livre XII. Comment les courtisans n'auraient-ils point le caractère dur et le cœur sec?
I Peuple caméléon, peuple singe du maître,
« prêts à tout, à tout indifférents », ils sont « ce qui plaît au maître». Quand il « définit » ainsi la cour, la Fontaine a^surémeDj;..est un satirique^Tèt^er^onne ne s'y trompait au XVII® siècle. « Ne connaissez-vous personne, dit M™" de SévignéS qui soit aussi bon courtisan que le renard? » Ce « bnn politique » de renard, vizir du sultan Léopard ou ,4uXoi Lion, est, en effet, à n'en pas douter, le^type du ûatteur obséjpiieux. du parasite effronté, mais hj^bile et âoaple, que rien ne décourage dans son intrépide ambition de plaire aux dépens des autres. M. Taine observe que le renard malin des fabliaux s'est poli et formé à l'air de la cour. Mais le renard des fabfiauxconnaît les détours d'une politique cauteleuse et doucereuse, et le renard de la Fontaine reste cruel, témoin le loup écorché vif sur le conseil de son camarade. Il marche de pair ave^ le chat pour l'jijpocrisie pateline :
I Le chat et le renard, comme beaux petits saints,
/ S'en allaient en pèlerinage.
' C'étaient deux vrais iartufs, deux archi-patelins.
De même que le renard est le courtisan de tous les temps, lechat (comme aussi, mais accidenfellement71e rat qui s'est retiré du monde), c'est le moine oisif, tant rajU&jiu Roman de la Rose h Rabelais. A l'égard du clergé séculier, selon M. Taine,