‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 4)Chapitre 28 sur 134 · Querelle des chiens et des chatt · texte numérisé non relu

Querelle des chiens et des chatt

avoir donné place à la table commune. Ce qui fait la grandeur de la fable la Mort et le Mourant, égale aux plus beaux sermons de Bossuet, ce n'est pas la démonstration trop péremploire qu'on devrait, « à cet âge », attendre la mort de pied ferme; c'est que nous sommes en face d'un homme qui ne sait pas mourir, n'ayant pas su vivre. Les tergiversations de ce mourant qui meurt avec tant de mauvaise grâce nous font sourire; mais ce qui domine, c'est l'idée de l'harmonie nécessaire entre la vie, qui prépare doucement à la mort, et la mort, qui est le terme attendu, nullement effrayant, de la vie.

Celte philosophie est celle de la résignation sereine. Mais, pour la Fontaine," vivre, ce n'est pas seulement durer, garder ce qu'on a, rester ce qu'on est, sans accuser la fortune; ce n'est pas seulement même remplir toute sa destinée en donnant toute sa mesure : c'est être homme, dans la plus large acception du mot; c'est, en évitant le mal pour soi, tâcher de l'épargner aux autres, de leur être utile et agréable, d'être agréable même à ceux qui viendront après nous :

Mes arrière-neveux me devront cet ombrage.

Eh bien ! défendez-vous au sage De se donner des soins pour le plaisir d'autrui?

Le Vieillard et les Trois Jeunes Hommes est une leçon mélancolique de sérénité, de désintéressement, de dévouement à « autrui ». Cette vie si courte, si fragile, nous pouvons la prolonger à notre gré; nous ne mourrons pas tout entiers si nous vivons dans ceux qui vivront après nous, comme le vieillard vit déjà par la pensée dans ses arrière-neveux.

Renvoyons à ce vieillard ceux qui parleraient encore d'égoïsme à propos des Fables. Si la morale proprement dite de la Fontaine semble parfois insuffisante , elle ne le semble plus lorsqu'on la complète par sa philosophie. Mais cette philosophie ne se développe que peu à peu, et particulièrement dans les derniers livres. De la Cigale et la Fourmi a.n Vieillard du livre XI, il n'y a pas seulement élargissement du génie, il y a élargissement de l'âme.

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