‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 4)Chapitre 31 sur 134 · DISCOURS ET DIALOGUES · texte numérisé non relu

DISCOURS ET DIALOGUES

La Fontaine et Patm.

Dans la préface des six premiers livres des Fables, publiés en 1668, la Fontaine s'exprime ainsi : « L'indulgence que l'on a eue pour quelques-unes de mes fables me donne lieu d'espérer la même grâce pour ce recueil. Ce n'est pas qu'un' des maîtres de notre éloquence n'ait désapprouvé le dessein de les mettre en vers. II a cru que leur principal ornement est de n'en avoir aucun; que, d'ailleurs, la contrainte de la poésie, jointe à la sévérité de la langue, m'embarrasseraient en beaucoup d'endroits et banniraient de la plupart de ces récits la brièveté qu'on peut fort bien appeler l'âme du conte, puisque sans elle il faut nécessairement qu'il languisse. Cette opinion ne saurait partir que d'un homme d'excellent goût; je demanderais seulement qu'il en relâchât quelque peu et qu'il crût que le? grâces lacédémoniennes ne sont pas tellement ennemies des muses françaises que l'on ne puisse souvent les faire marcher de compagnie. »

Cet homme « d'excellent goût » qui avait cru devoir dissuader la Fontaine d'écrire des fables en vers était Olivier Patru, célèbre avocat, l'un des quarante de l'Académie française et fort estimé de ses contemporains pour la sûreté de sa critique et la pureté de son éloquence. En 1068, il était âgé de soixantequatre ans.

Sous la forme et dans le cadre qu'on voudra choisir, on mettra en scène le différend tout littéraire et très courtois de la Fontaine et de Patru. Ce dernier exprimera l'idée que la fable n'est pas un genre littéraire, que l'apologie doit se bornera un récit de quelques lignes, écrit en prose sans aucun ornement et propre à amener seulement la morale. La sobriété d'Ésope est un modèle dont les modernes auraient tort de sécarter.

La Fontaine défendra le genre qu'il allait bientôt illustrer ; il montrera que la fable '>4met fort bien tous les ornements de la

poésie, au moins d'une poésie simple el naïve; qu'elle est capable de beaucoup plus d'étendue et de variété qu'il n'a plu à Ésope d'en mettre dans ses récits. On sait que la même opinion est présentée par le poêle en divers endroits du premier recueil (en particulier dans les Tables du livre V et du livre VI).

Les fables ne sont pas ce qu'elles semblent èlrc ;

Le plus simple animal nous y tient lieu de maître.

Une morale nue apporte de l'ennui :

Le conte fait passer le précepte avec lui.

En ces sortes de feinte il faut instruire et plaiis...

Je tâche de tourner le vice en ridicule...

C'est là tout mon talent...

Je fais de cet ouvrage Une ample comédie à cent actes divers Et dont la scène est l'univers.

On se souviendra que ce désaccord'entre la Fontaine et Patru

doit se placer vers 1668, un peu avant la publication des six

premiers livres des Fables ; mais on peut supposer que Patru

connaissait, du moins en partie, l'ouvrage qui allait paraître.

(Concours de l'École normale, 1881.)

La Fontaine, accusé par un ami d'avoir, dans la fable le Loup rt l'Agneau, donné raison au plus fort, se défend d'avoir eu une telle pensée. (Montpellier. — Baccalauréat, 1882.)

Un sénateur digne du bon temps de la République répond au paysan du Danube.

(Louhans, Collège de filles. — Composition, 1886.)

La Fontaine mourut le 13 avril 1693, à l'âge de 73 ans. Vous supposez que Racine, qui l'avait assisté à ses derniers moments, rendit visite à Boileau après la mort de leur ami, et vous composerez un dialogue dans lequel tous deux s'entretiennent de son caractère et de son génie.

(Rhône. — Brevet supérieur. — Aspirants, 1887.)

En recevant la Fontaine à l'Académie (2 mai 1684), l'abbé de la Chambre lui disait : « L'Académie reconnaît en vous un génie aisé, facile, plein de délicatesse et de naïveté, quelque chose d'original et qui, dans sa simplicité apparente et sous un air négligé, renferme de grands trésors et de grandes beautés. » Mais, dans la dernière partie de son discours, il adressait au poète gaulois une leçon trop directe et brutale. On refera ce discours en tempérant l'éloge par une ironie discrète.

Entretien de Molière et de Boileau, à Auteuil, à propos du second livre de VArt poétique. Molière se plaint amicalement de n'y pas trouver le nom de leur ami commun la Fontaine. Boileau s'efforce de se justifier, et proteste de son estime pour le fabuliste. On sait qu'il disait à Monchesnay : « La Fontaine a quelquefois surpassé ses originaux; il y a des choses inimitables dans ses fables. « Molière ira plus loin dans son admiration.

LETTRES

Maucroix à la Fontaine»

Vers 1684 ou 1685, la Fontaine travailla très sérieusemeiU à une tragédie d'Achille, dont le sujet n'était rien moins, sauf les épisodes, que celui de VIliade même. 11 avait déjà écrit deux actes lorsque, selon toute vraisemblance, il consulta son ami Maucroix, qui l'engagea à ne point continuer; et il déféra si bien aux conseils du spirituel chanoine, que personne, de son vivant, ni même longtemps après sa mort, ne soupçonna cette tentative, d'ailleurs assez malheureuse.

On suppose que Maucroix, après avoir lu le manuscrit de la Fontaine, lui écrit à ce sujet.

Il ne s'étonne pas que son cher Polyphile \ que cet amateur de toutes choses, qui confesse ingénument l'inconstance de ses goûts, ait pris plaisir, après avoir essayé de la comédie, à s'exercer aussi dans un autre genre. Mais la tragédie ne lui convient pas : son style languit dans ces longues scènes ; et puis, il faut bien le dire, c'est une étrange entreprise que de vouloir mettre en cinq actes Ylliade presque tout entière.

Certes il faut admirer les maîtres du théâtre qui font naître à leur gré le rire ou les larmes : pour la tragédie en particulier, la Fontaine a bien compris la noblesse des plaisirs qu'elle procure, lorsqu'il a dit : « Les mortels sont mortels quand ils pleurent de leurs douleurs ; mais quand ils pleurent des douleurs d'autrui, étalées sur la scène, ce sont proprement des dieux. »

Mais que l'auteur des Fables ne méconnaisse pas ses avantages : il règne en maître dans le genre qu'il a créé; là, point lie théories pédantesques, point de règle autre que le goût de l'écrivain. Cette « ample comédie » embrasse la nature, les

i. Nom que la Fontaine avait pris dans le premier livre des Amours de Psyché.

animaux eU'homme. Elle plaît et elle instruit, elle fait sourire, souvent même elle sait nous toucher.

Que faut-il de plus à la Fontaine? Il l'engage donc franchement à renoncer à son Achille et à se rappeler le vers qu'il écrivait naguère :

Je ne voudrais chanter que les héros d'Ésope.

(Concours de l'École normale, 1870.)

Maucroix vient de lire les Fables. Il loue la Fontaine de se placer modestement à la suite des fabulistes anciens. Cette modestie lui semble cependant excessive, son ami ayant donné à l'apologue un caractère tout nouveau, dont à peine quelques traits de Phèdre et surtout d'Horace pouvaient donner quelque idée. (Paris. — Licence, juillet 1867.)

Un correspondant de Voltaire s'était servi du terme d'instinct pour caractériser la Fontaine. Voltaire lui écrit une lettre où il relève ce mot et en discute la justesse'.

(Bordeaux. — Devoir de licence.)

Réponse d'un ami à J.-J. Rousseau, qui défendait dans VÉmile de faire apprendre aux enfants les fables de la Fontaine. (Besançon. -- Baccalauréat, juillet 1888.)

En 1668, la Fontaine songeait à réunir en un recueil les fables qu'il avait composées ou même publiées isolément : ce sont celles qui forment les six premiers livres. Le libraire auquel il s'adresse, Denis Thierry, refusait d'imprimer les œuvres d'un poète qui jusqu'alors n'était favorablement connu que

1. Dans cette lettre Voltaire devra, ce nous semble, faire un peu amende hon»rable lui-même, car son correspondant n'a fait que suirre son exemple.

d'un petit nombre de personnes. C'est alors que Boileau s'entremit en faveur de son ami auprès du trop timide éditeur. « Je l'en pressai, dit-il, et ce fut à ma considération qu'il lui donna quelque argent. Il y a gagné des sommes infinies. » (Conversation de Boileau du 23 décembre 1703, recueillie et notée par Mathieu Marais.)

Vous composerez la lettre de Boileau au libraire : il répond du succès. Caractère de la Fontaine, ses besoins; Thierry, en faisant une bonne affaire, fera une bonne action; talent, originalité du poète : les fables ne sont pas de simples « moralités » pour les enfants, mais de petits poèmes exquis que tout le monde prendra plaisir à lire, etc.

(Douai. — Baccalauréat. — Doubs. — Brevot supérieur, Aspirants, 1887.J

Racine écrit à Boileau pour lui reprocher amicalement d'avoir omis la fable et la Fontaine dans son Art jjoétique. Insister sur le mérite littéraire des fables de la Fontaine *.

(Dijon. — Baccalauréat.)

Le duc de Bourgogne écrit à la Fontaine (1694) pour le remercier de lui avoir dédié le douzième livre de ses fables.

(Lyon. — Baccvlauréat.)

François de Maucroix, chanoine de Reims, a engagé son ami la Fontaine à cultiver le genre de l'apologue. Dans une lettre, la Fontaine approuve ce conseil et promet de le suivre.

Il fait en quelques mots l'éloge de la fable.

Quand il se bornerait à mettre en vers français les récits des anciens fabulistes, ce serait déjà une œuvre utile. Mais la fable peut prendre encore un autre caractère.

Il reconnaît que la tâche qui lui est proposée est conforme

1. Ce sujet est un de ceux qui reviennent le plus souvent dans les examens, surtout dans ceux des brevets primaires. Seulement, on fait parler toar à tour Boileau, M"» de la Sablière, M"" do Sévijné, etc.

à ses goûts. 11 espère même qu'elle ne sera pas au-dessus de ses forces, puisqu'il ne fera qu'obéir à la voix d'un ami.

(Rennes. — Baccalauréat, 1887.)

M™« de Sévigné admirait fort la Fontaine et prenait en pitié les esprits durs et farouches qui n'entrent point dans le charme et la facilité de ses fables. Vous supposerez que M"* de Sévigné vient de lire d'un trait les fables qui composent le onzième livre (1678)-, et qu'elle conte ses impressions à son cousin Bussy.

Ce qu'elle admire surtout dans la Fontaine, c'est le bel agencement du récit, la simplicité charmante des peintures, la précision du détail et une plénitude de poésie qu'on ne trouve nulle part ailleurs dans les autres auteurs.

(Maine-et-Loire. — Brevet supérieur. — Aspirantes, 1889.)

Lettre de M™« de la Sablière à la Fontaine. Elle lui reproche d'avoir dit, dans ses fables, du mal des enfants.

(Lot-et-Garonne. — Brevet supérieur. — Aspirantes, 1887.)

Une mère de famille, qui se charge de l'éducation de ses enfants, hésite à leur faire apprendre les fables de la Fontaine. Vous combattrez ses hésitations dans une lettre où, après quelques mots d'entrée en matière, vous vanterez le charme et l'utilité de ces petits poèmes, qui se gravent dans la mémoire de l'enfant à la faveur d'un style naïf et pittoresque, où s'agite une petite société qu'il connaît et qu'il aime, celle des animaux, image de celle des hommes.

Vous ajouterez que, si des critiques ont attaqué les moralités des fables, c'est qu'ils ont confondu celles où l'auteur donne le précepte k suivre et celles où il met en garde le lecteur contre les défauts trop réels des hommes.

Vous vous demanderez si, de ces deux enseignements, le «econd n'est peut-être pas encore plus utile à l'enfant, qui un jour trouvera devant lui les hommes tels qu'ils sont.

(Cantal. — Brevet supérieur. — Aspirantes, 1887.)

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