‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 4)Chapitre 32 sur 134 · C. de Litt. — LA FONTAINB · texte numérisé non relu

C. de Litt. — LA FONTAINB

Effrayé du sort des anciens fabulistes, et n'espérant point atteindre à leur renommée, la Fontaine avait renoncé à composer des fables. Son meilleur ami, le chanoine Maucroix, lui écrit pour l'engager à donner suite à son premier projet.

Début tiré des goûts communs aux deux amis et de leur commune admiration pour les vieux genres gaulois. Joie qu'a éprouvée Maucroix quand il a vu la Fontaine disposé à faire revivre la fable ; déception que lui cause sa décision nouvelle.

Il redoute les malheurs qu'ont éprouvés les fabulistes d'autrefois. Mais les temps sont changés : on peut dire aujourd'hui la vérité, pourvu qu'on la dise avec mesure. La satire directe peut blesser les puissants, l'allégorie voilée les fera sourire. Personne ne reconnaîtra ses ridicules et ses vices dans les ridicules et les vices que le poète prêtera aux animaux, pourvu que l'animal ne laisse pas trop voir l'homme, et que le fabliau n'apparaisse point trop sous la fable, comme dans le Roman de Renart. Ainsi la leçon morale, profitable à tous, sera volontiers accueillie de tous.

Croit-il donc qu'il n'y ait plus rien à faire dans ce vaste champ de l'apologue? Les moralités sèches et dogmatiques d'Ésope, l'élégance un peu maigre de Phèdre, l'abondance trop diffuse des Indiens, ne sont pas des modèles qui doivent désespérer un imitateur. L'imitation, d'ailleurs, peut n'être point un esclavage et demeurer originale tout en empruntant beaucoup de ses traits à la fable antique. Même après les fabulistes du moyen âge, il reste à créer cette comédie à la fois une et diverse que la Fontaine a rêvée et à laquelle il attachera son nom-

Qu'il entre donc avec courage dans cette voie nouvelle; qu'il raille doucement les hommes en peignant fidèlement les animaux; que sa fable, relevée par quelques traits d'une satire aimable, mais jamais amère, animée par l'amour profond de la nature, soutenue d'une morale indulgente, fasse oublier ce que ses contes ont de trop libre. C'est là seulement que la postérité verra le vrai la Fontaine.

Dans une lettre du 26 février 1672, où elle raconte l'aventure de M. de Boufflers, origine de la fable le Curé et le Mort.

M™' de Sévigné écrit : « Je ne sais ce que c'est que ce pot au lait. » La Fontaine, qui a entendu lire cette lettre dans un salon, lui envoie sa fable nouvelle. On fera la réponse de M™^ de Sévigné.

Chamfort, vieillissant, revenait aux études chères à sa jeunesse, et, en pleine Terreur, commentait la Fontaine. Il soutenait que le second recueil des Fables était inférieur au premier. Un lettré du temps lui répond, et, dans ce second recueil, dont il prouve la supériorité, choisit quelques traits applicables à l'époque contemporaine, qui montrent en la Fontaine 2e peintre profond de tous les temps.

A la fin des fables latines composées pour le duc de Bourgogne, Fénelon avait fait un éloge délicat de la Fontaine, mort récemment. On suppose que le chanoine Maucroix lui écrit pour le remercier de cet hommage rendu à la mémoire de son ami.

Dans le début, qui sera un remerciement tout personnel de Maucroix à Fénelon, on n'oubliera pas deux choses : la première c'est qu'avant d'entrer dans les ordres Maucroix fut, et resta même après, un poète gaulois comme son ami. Le ton sera donc grave sans austérité ^ On pourra se souvenir de cette intimité si longue, que tant de liens resserraient chaque jour; de leur enfance passée côte à côte, du conseil que Maucroix et Pintrel donnèrent, dit-on, à la Fontaine et qui le décida à étudier de plus près les littératures anciennes; des lettres que la Fontaine écrivait sur les fêtes données à Vaux par Fouquet, lors du séjour de Maucroix à Rome; des premières traductions de Maucroix, que son ami édita en y joignant quelques poésies; des fréquentes visites du fabuliste à Reims (11 n'est cité que je préfère à Reims), surtout de la fameuse lettre écrite par la Fontaine peu de temps avant sa mort : « 0 mon cher, mourir n'est rien; mais songes-tu que je vais comparaître devant Dieu? T»

1. Ce ton pourra être déterminé par les vers famenx que Maucroix «emble aroir empruntés à son ami :

Chaque jour est un bien que da Ciel je reçois ; Je jouis aujourd'hui de celui qu'il me donne ; Il n'appartient pas plus aux jeune.^ gens qn'b moi, Kt celui de demain n'appartient a personne.

sais comme j'ai vécu. Avant que tu reçoives ce billet, les portes de l'éternité seront peut-être ouvertes pour moi. » Mais on ne se servira de ce souvenir que pour pouvoir écarter les autres souvenirs, trop profanes et compromettants, et pour avoir le droit d'être indulgent envers un poète gaulois qui a fini en chrétien fervent.

Au reste, qui se croirait désormais assez d'autorité pour blâmer les écarts et les erreurs de la Fontaine, alors que l'archevêque de Cambrai, le précepteur du duc de Bourgogne, les oublie? Cette haute protection couvre la Fontaine coutre toutes les attaques. Ce qui en accroît le prix, c'est que Fénelon n'avait pas attendu la mort du poète pour lui rendre justice : persuadé de l'utilité morale des fables, il s'était fait lui-même fabuliste ; non content d'improviser des fables latines et françaises, il avait traduit en prose latine, pour le duc de Bourgogne, quelques-unes des fables de la Fontaine. Bien plus, des relations toutes personnelles s'étaient établies, par l'intermédiaire de Fénelon, entre le duc de Bourgogne et le fabuliste, qui lui dédiait des fables, écrivait le Chat et la Souris, par exemple, à sa demande, et peut-être était retenu en France par ses bienfaits, lorsqu'on voulait l'attirer en Angleterre. Cette estime sincère et solide de Fénelon pour la Fontaine contraste avec le dédain que certains contemporains professent pour la fable et les fabulistes ; mais la cause est jugée, puisque Fénelon, MO" Hère, la Bruyère, M™« de Sévigné, se sont prononcés avec une telle chaleur d'admiration en faveur de l'Homère méconnu des Français.

Sur le jugement même de Fénelon, si juste dans l'ensemble, on pourrait faire quelques réserves de détail ; en tout cas, on ne le ferait qu'avec une extrême discrétion : égaler la Fontaine à Ésope, tout en le déclarant, il est vrai, supérieur à Phèdre,

1. « Heu! fuit ille vir facetus, ^Esopus aller, nugarum laude Pheedro superior, per quem brutae animantes, vocales factae, humanurn genus edocuere sapientiam. Heu! Fontanus interiit. Proh dolor! interiere simul Joci dicaces, lascivi Risus, Gratiae décentes, doctœ Camoenco! Luget.;. o quibus cordi est ingenuus lepos, natura nuda et simples, incompta et sine fuco elegantia! Illi, illi uni, per omnes doctes, licuit osse negligentem. Politiori stylo quantum praestitit aurea negligentia! Tam caro capiti quantum debetur desideriiira! Lugete, Musarum alumni. Vivunt tamen eeternumque vivent carmin! jocoso coramissae vénères, dulces nugae, sales attici, suadela blanda atque parabilis, neque Fontanum recentioribus juxta temporum seriem, sed antiquis, ob am.-enitates ingenii adscribimus. Tu vero, lector. st fldem deneges, codicem aperi. Qiiid sentis? Ludit Anacreon. Sive vacuus, sive quid uritur Flaccus, hic fldibus canit. Mores hominum atque ingénia fabulis Terentius ad vivum depinglt; Maronis molle atque facetum spirat in hoc opusculo Heu! Quandonam mercuriales viri quadrupedum facundiara œquiparabunt? »

LA FONTAINE !0i

cela n'est point suffisant *. Maucroix n'aura point de peine à montrer combien Ésope, en admettant même, comme quelquesuns le croyaient alors, qu'il soit l'auteur des fables publiées sous son nom, est froidement et sèchement dogmatique, comparé à la Fontaine. En revanche, il fera valoir tout le prix des éloges où Fénelon ne craint pas de rapprocher la Fontaine des modèles anciens les plus parfaits, de ceux qui lui sont les plus chers, d'Horace, de Térence, de Virgile. Il terminera par un court parallèle entre la Fontaine et Fénelon, animés tous deux d'une double passion, celle des anciens et celle de la nature. A vrai dire, tous deux sont déjà des anciens, pour ainsi parler; ils le sont par l'esprit, par la naïveté de l'âme et la pureté du style, par l'amour de la simplicité. Toute guerre serait donc impie entre les partisans de ces anciens dont les modernes sont les héritiers et les admirateurs, de ces modernes qui par l'imitation sont parvenus à égaler l'originalité des anciens *.

1. C'est motni ici uns matière qae des réflexions sur la manière de traiter I9 •ujet.

DISSERTATIONS ET LEÇONS

De l'apologue et de la narration dans Horace. Étudier surtoui les fables dont s'est souvenu la Fontaine, le Rat de ville et le Rat des champs, la Belette qui est entrée dans un grenier, et l'épisode de Vulteius Menas.

(Paris. — Leçon d'agrégation, 1862.)

Reviser ce jugement de Voltaire sur Ja Fontaine : « 11 n'était pas né inventeur; ce n'était pas un écrivain sublime, un homme d'un goût toujours sûr, et c'est encore un défaut très remarquable dans lui de ne pas parler correctement sa langue ; mais c'est un homme unique dans lés excellents morceaux qu'il nous a laissés... » (Paris. — Leçon d'agrégation, 1866.)

Ce jugement n'est pas une boutade : Voltaire l'a répété souvent, par exemple dans le Siècle de Louis XIV, chapitre des Beaux-Arts et Catalogue des écrivains. Il y reconnaît aussi que la Fontaine est « unique dans sa naïveté et dans les grâces qui lui sont propres,... admirable dans son genre », mais critique son style peu châtié, ses incorrections : négligé et inégal, la Fontaine a souvent corrompu sa langue ; il tombe souvent dans le trivial. Comme exemple de ces puérilités et de ces négligences, Voltaire va jusqu'à citer les paroles de la fourmi à la cigale :

Vous chantiez? j'en suis fort aise.

Eh bien, dansez maintenant I

et le portrait, si pittoresque pourtant, du héron :

Le héron au long bec emmanché d'un long cou.

D'ailleurs la Fontaine, selon lui, n'a rien inventé. De même, dans sa Correspondance, Voltaire accorde au fabuliste un instinct divin, mais « d'autant plus instinct qu'il n'avait que ce

talent », comme l'abeille n'a que celui de faire du miel [Lettre à Vauvenargues, 7 janvier 174o). C'est un « charmant enfant », excellent dans ses bonnes fables; mais les mauvaises sont bien mauvaises. Comme dans le Catalogue, la Fontaine est sacrifié à l'AriosLe [Lettre à Chamfort, 16 novembre 1774).

Cette dernière préférence peut nous aider à comprendre pourquoi Voltaire a mis seulement la Fontaine presque à côté des grands hommes de son temps. Le bonhomme n'était pas un Arioste; il n'avait pas assez d'esprit, dart, de politesse, au sens où l'entendait Voltaire; il était trop familier, d'une veine trop gauloise et franche, d'un tempérament trop primesautier. Voltaire, qui comprenait mal Corneille, s'était fait un idéal de perfection correcte, délicate, toujours égale, qu'il trouvait réalisée chez Racine et les écrivains de la seconde partie du xvn* siècle. De là son injustice envers la Fontaine, dont Fénelon, si délicat cependant, comprenait mieux que lui Vaurea negligentia.

Ni pour le fond ni pour la forme, la Fontaine ne mérite ces dédains. Voltaire méconnaît le charme et le naturel de cette langue qui admet tous les tours et se plie à tous les tons, passe sans effort de la familiarité sans bassesse à la grandeur sans emphase. Les exemples abondent, mais à quoi bon donner des exemples? Ce sont précisément ces inégalités charmantes, si précieuses pour nous, qui choquaient le goût exclusif de Voltaire; c'est cette Tïdi\\ été, ingénu us lepos, natura nuda et simplex, comme le dit encore Fénelon, qui lui semblait voisine de la grossièreté. Surtout, le critique est injuste quand il refuse au fabuliste le don de l'invention : il ne voit pas que la Fontaine se rend de plus en plus compte de son génie, qu'il imite de moins en moins, c'est-à-dire de plus en plus renouvelle et crée, car c'est créer que renouveler de certaine façon. Ce qui a trompé la. plupart des critiques, c'est la modestie exagérée avec laquelle le fabuliste s'est donné tout d'abord pour un imitateur, dont l'imitation, il est vrai, n'était pas un esclavage; c'est aussi l'air simple et négligé sous lequel se dissimulait beaucoup de finesse. Voltaire s'y est laissé tromper comme les autres : en plus d'un endroit, il parle de cette bonhomie enfantine, de cette conversation où la Fontaine n'étsùt guère audessus des animaux qu'il faisait parler. Il n'a pas compris que la véritable originabté du bonhomme était là, dans cette alliance du plus heureux naturel et de la naïveté la moins affectée avec l'art le plus exquis.

Eu résumé, la Fontaine ne pouvait être toujours sublime dans la fable; mais il l'a été quand il l'a voulu {l'Astrologue, le Paysan du Danube, les Deux Rats, le Renard et l'(Euf, le Songe d'un habitant du Mogol, etc.). H n'est incorrect qu'en apparence et aux yeux des puristes, car sa langue est aussi française, aussi large et vivante que celle de Molière.

IIÏ

La Fontaine dit à la Rochefoucauld :

Les délicats sont malheureux; Rien ne saurait les satisfaire.

Expliquer ces mots en les appliquant aux questions de goût. (Paris. — Agrégation des lettres. — Composition, 1869.)

La Fontaine philosophe et moraliste dans les derniers livres des Fables.

(Paris. — Leçon d'agrégation, 1873.)

Montrer, soit d'après les livres Vil et VIII, soit d'après les livres X et XI, comment le second recueil des fables oflfre, selon l'expression de l'auteur, « un air et un tour un peu différents » de celui qu'il avait donné aux premières fables.

' (Paris. — Leçon d'agrégation, 1878; Devoir deliœncb, mai 1884.)

Étudier la versification dans les Fables de la Fontaine et examiner les principales critiques dont elle a été l'objet.

(Paris. — It., 1878, 1881.)

Comment la Fontaine a-t-il été original dans l'imitation de

ïantiquité et de l'ancienne littérature française?

(Paris. — Agrégation des lettres. — Composition, 1881. — Agrégation DES FiLXES, 1885.)

Du style et de la langue de la Fontaine dans les Fables. (Paris. — Leçon d'agrégation, 1885.)

Comparer Molière et la Fontaine comme peintres de mœurs et de caractères.

(Paris. — Licence es lettres, juillet 1888.)

Joubert a dit dans ses Pensées : « Il y a dans la Fontaine une plénitude de poésie qu'on ne trouve nulle part dans les autres auteurs français. » Discuter et justifier, s'il y a lieu, celte opinion du célèbre penseur.

(Paris. — Devoir d'agrégation, mars 1888.)

La Fontaine dit à la fin de la préface des Fables : « On ne cons'd'^re en France que ce qui plait : c'est la grande règle et pour ainsi dire la seule. » Gomment l'application de ce principe a-t-elle pu, au xvii« siècle, produire tant de chefs-d'œuvre ? (Paris. — Devoir d'agrégation, mai 1888.)

Discuter cette opinion de Ghamfort : (( L'homme corrigé par Molière, cessant d'être ridicule, pourrait .demeurer vicieux.

Corrigé par la Fontaine, il ne serait plus ni vicieux ni ridicule : il serait raisonnable et bon. »

(Paris. — Devoih de licbwcb, avril 1884.)

La Fontaine a-t-il fait des fables immoraJes?

(Paris. — Devoir de licence, décembre 1888.)

La poésie dans les fables de la Fontaine.

(Paris. — Devoir de licence, janvier 1881.)

Discuter le jugement de la Fontaine sur les Maximes de la Rochefoucauld.

(Paris. — Devoir be licence, mai 1881.)

Expliquer et apprécier cette pensée de Sainte-Beuve : « La fable n'était chez la Fontaine que la forme préférée d'un génie bien plus vaste que ce genre de poésie. »

(Aix. — Devoir de licence, 1888.)

Mon imitation n'est point un eBclavage.

Appliquer ce vers à la Fontaine lui-même ; étudier en lui : 4° l'imitateur; 2° l'écrivain original.

(Besançon. — Devoir de licence, octobre 1879. — Lyon. — Licence È3 lettres, composition, novembre 1888. — Rennes- — Devoir de licence.)

Pourquoi Fénelon, déplorant la mort de la Fontaine, l'at-il comparé à Anacréon, à Virgile, Horace et Térence?

(Besançon. — Devoir de LiCENCE^mars 1883.)

Les ancêtres de la Fontaine en France.

(Besançon. — Devoir de licencb, janvier 1884.)

Commenter ce mol de Joubert sur la Fontaine : « Le fablier donna ses fleurs et ses fruits, sans jamais blesser la main qui les cueillait. »

(Besançon. — Devoir de licence, février 1886.)

« La Fontaine est doublement créateur; il sent dans la vieille

langue tout ce qui vit encore, et il le remet au jour; et, pour

la langue nouvelle, aucun poète n'y est plus hardi. » (Nisard.)

(Besançon. — Licence es lettres, session de juillet 1886.)

Page 1