‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 4)Chapitre 4 sur 134 · n soûlait, il avait coutume, solekat · texte numérisé non relu

n soûlait, il avait coutume, solekat

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Les ÉpUres. — L'homme.

Boileau n'a pas dans l'épître de rival plus redoutable que la Fontaine; moins soigné dans le détail, la Fontaine s'y livre à nous avec abandon. Le chef-d'œuvre de l'épître au xvii° siècle, avec VÉpitre à Racine de Boileau, est peut-être le Discours à 3/""^ de la Sablière (1684). La Fontaine a soixante-trois ans alors; il s'adresse à une femme que la piété la plus ardente console des déceptions de la vie. Va-t-il donc faire un public aveu de ses erreurs passées? On le croirait à lire le début, tout contrit :

Des solides plaisirs je n'ai suivi que l'ombre.

La rêverie, la fantaisie, la conversation, « les romans et les jeux », les passions, ont pris à l'envi la fleur de ses années :

L'usage des vrais biens réparerait ces maux. Je le sais, et je cours encore à des biens faux.

Mais quoi! tous suivent cet exemple; peu ont un esprit « aussi réglé » que M™« de la Sablière; peu savent être sages, la Fontaine moins que tout autre :

Ne point errer est chose au-dessus de mes forces. On lui reproche avec raison :

L'inconstance d'une âme en ses plaisirs légèï©. Inquiète et partout hôtesse passagère.

Même on lui reproche, bien à tort, l'indépendance de sa verve poétique :

Tu changes tous les jours de manière et de style ; Tu cours en un moment de Térence à Virgile : Aussi rien de parfait n'est sorti de tes mains.

A ces reproches divers il répond par la confession souriante d'un homme qui connaît ses faiblesses, qui les aime et n'a pas la force d'y renoncer :

Je m'avoue, il est vrai, s'il faut parler ainsi, Papillon du Parnasse, et pareil aux abeUlM

U COURS DE LITTÉHATUUE

A qui le bon Platon compare nos merveilles :

Je suis chose légère, et vole à tout sujet ;

Je vais de fleur en fleur et d'objet en objet.

A beaucoup de plaisir je mêle un peu de gloire.

J'irais plus haut peut-être au temple de Mémoire,

Si dans un genre seul j'avais usé mes jours ;

Mais quoi I je suis volage en vers comme en amours.

A-t-il vraiment vécu jusqu'alors? Ne serait-il pas temps enfin qu'il commençât à vivre, à jouir tranquillement des vrais biens, à user sagement des loisirs, à lionorer l'Être suprême, à étouflfer les passions, ces hydres qui renaissent sans cesse dans les cœurs? Il se borne à poser la question sans y répoudre. Celte charmante causerie, comme beaucoup de causeries de Montaigne, se termine sur un « Que sais-je ? »

Les autres épitres, à Fouquet, à Conti, à Turenne, à Vendôme, à M™'^ de la Fayette (en lui envoyant un petit billard), au roi, ont moins d'importance, mais suffiraient à nous faire comprendre en quelle estime notre poète était tenu par la haute société de son temps, et à détruire la légende qui le représente, selon le mot de Saint-Marc Girardin, comme un ours de génie. Voyez avec quelle simplicité modeste et de bon goût il dédie au prince de Gonli un recueil de Poésie-^ chrétiennes et diverses (1671), extraites de poètes différents, qu'il se borne à introduire :

Si le pieux y règne, on n'en a point banni

Du profane innocent le mélange infini.

Pour moi, je n'ai de part, en ces dons du Parnasse,

Qu'à la faveur de ceux que je suis à la trace.

Ésope me soutient par ses inventions ;

J'orne de traits légers ses riches fictions.

Ma Muse cède en tout aux muses favorites

Que l'Olympe doua de différents mérites.

Cependant à leurs vers je sers d'introducteur :

Cette témérité n'est pas sans quelque peur.

Voyez aussi avec quelle aisance, dans deux épitres successives de 1674, il entretient le grand Turenne ; voyez comme, en se souvenant de ses chers animaux, il définit le courage réfléchi du vainqueur de Sintzeim et de Turkheim :

Quoi ! la bravoure et la matoiserie I Vous savez coudre avec encorplus d'art Peau de lion avec peau de renard.

Et comme ce portrait du tacticien consommé s'oppose à celui de son fougueux rival :

Je vois Condc, prince à haute aventure, Plutôt démon qu'humaine créature :

Il me fait peur de le voir plein de sang, Souillé, poudreux, qui court de rang en rang.

Parfois, le ton s'élève, et c'est la P'rance qui, par l'organe de la Fontaine, semble conjurer Tureime d'épargner une vie précieuse :

Hé quoi I seigneur, toujours nouveaux combats I Toujours dangers ! Vous ne croyez donc pas Pouvoir mourir! Tout meurt, tout héros passe. Cloto ne peut vous faire d'autre grâce Que de filer vos jours plus lentement : Mais Cloto va toujours étourdiment.

Songez-y bien, si ce n'est pour vous-même, Pour nous, seigneur, qui sans douleur extrême Ne saurions voir un triomphe acheté Du moindre sang qu'il vous aurait coûté,

Turenne et la Fontaine, ces deux hommes sont moins diirérents l'un de l'autre qu'on ne pourrait croire : la Fontaine a du cœur, et Turenne a de l'esprit; Turenne sait par cœur des pièces de Marot, qu'il récite à la Fontaine ravi. Trouvez donc un capitaine « qui sache Marot» ! Et pourtant savoir î\Iarot, ce serait aussi savoir le xvi" siècle, siècle de guerres civiles autant que de renaissance, et qui l'aurait vraiment compris n'aurait pas écrit, sans doute, les épîtres à M. de Bonrepaux et à Vendôme, où est glorifié outre mesure le roi qui révoqua l'édit de Nantes :

Il veut vaincre l'erreur : cet ouvrage s'avance; Il est fait, et le fruit de ces succès divers Est que la vérité règne en toute la France,

Et la France en tout l'univers...

Louis a banni de la France

L'iiérétique et très sotte engeance *.

Ah! Jean de la Fontaine, poète trop indulgent parfois, vous avez été parfois, malgré vous, bien cruel 1

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