Épîtres du 28 janvier 1687 et de septembre
Les Épîtres littéraires. — Le crîti^oe.
Dans une épître dédicatoire des Ouvrages de prose et de poésie des sieurs de Maucroix et de la Fontaine (1615) adress«je à M. de Harlay, procureur général du parlement, on lit ce curieux parallèle de Démosthène et de Cicéron :
Que Cicéron blâme ou qu'il loue,
C'est le plus disert des parleurs.
L'ennemi de Philippe est semblable au tonnerre ;
Il frappe, il surprend, il atterre :
Cet homme et la raison, à mon sens, ne sont qu'on.
Ce parallèle, si juste dans sa brièveté, est, qu'on ne l'oublie pas, antérieur de quinze ans au parallèle de la Lettre à l'Académie. L'aimable simplicité, voilà l'idéal de la Fontaine, comme celui de Fénelon; mais sa simplicité a quelque chose de p\ii< large et de plus fort: c'est plutôt la simplicité de ce Molière qu'il a loué dignement, on l'a vu, après sa moi t, mais qu'il avait su comprendre et admirer dès ses débuis. Dans une Opilrc à Maucroix, mêlée de vers et de prose (17 août 16GI), il devançait le jugement de la postérité sur l'auteur des Fdcheux :
c'est un ouvrage de ^foliè^e ;
Cet écrivain, par sa manière,
Charme à présent toute la cour.
De la façon que son nom court,
Il doit être par delà Rome.
J'en suis ravi, car c'est mon homme.
Te souviont-il bien qu'autrefois
Nous avons conclu d'une voix
Qu'il allait ramener en France
Le bon poùt et l'air de Tércnce?
Piaule n'est plus qu'un plat bouffon,
Et jamais il ne fit si bon
Se trouver h la comédie :
Car ne pense pas qu'on y rie
De maint trait jadis admiré
Et bon in illo lempore.
Nous avons changé de méthode;
Jodelet n'est plus à la mode.
Et mainlciianl il ne faut pas
Quitter la nature d'un pas.
Molière sans doute eût défendu Piaule contre le reproche
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immérité de platitude, mais il eût accepté de grand cœur la définition de sa «méthode » : ne quitter jamais la nature. De là mainte ressemblance de détail entre les deux amis. Neuf ans avant les Femmes sacantes, la Fontaine écrivait : « Ce n'est pas une bonne qualité pour une femme d'être savante, et c'en est une très mauvaise d'affecter de paraître telle». » Mais c'est quatorze ans après les Femmes saianles qu'il écrit, par une réminiscence évidente du mot de Clilandre :
Un sot plein de savoir est plus sol qu'un autre homme... Ronsard est dur, sans goût, sans choix, Arrangeant mal ses mots, gâtant par son françol» Des Grecs et des Latins les douceurs infinies. Nos aïeux, bonnes gens, lui laissaient tout passer. Et d'érudition ne pouvaient se lasser... Cet auteur a, dit-on, besoin d'un commentaire. On voit bien qu'il a lu, mais ce n'est pas l'affaire ; Qu'il cache son savoir et montre son esprit. Racaa ne savait rien : comment a-t-il écrit.^?
Si la Fontaine est injuste pour Ronsard, c'est que le xvi« siù cle qu'il aime est le siècle du facile et riant Marot. A l'érudition^ confuse de Ronsard il oppose l'élégance naturelle de ce Racan, qu'il unit à Malherbe dans ses éloges :
Ces deux rivaux d'Horace, héritiers de sa lyre, Disciples d'Apollon, nos maîtres pour tout dire 3.
En tout il prêche « l'art de la simple nature, » comme il le dit dans celte admirable Épitre à Huet (1687) qu'a fait naître la querelle des anciens et des modernes. Mais observons ici la différence qui sépare l'âpre Despréaux du tendre la Fontaine. En combattant les partisans des modernes, Despréau s semble foudroyer des hérétiques; la Fontaine reste aimable, alors même qu'il se sent atteint dans ses plus intimes préférences. C'est une plainte seulement, une plainte discrète, qu'il fait entendre. Après avoir exposé avec impartialité les argu-