‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 4)Chapitre 45 sur 134 · I. Ailleurs : de la Graoge à U Fontaine · texte numérisé non relu

I. Ailleurs : de la Graoge à U Fontaine

certaine forme de comédie n'a rien dont la piété la plus scrupuleuse puisse s'alarmer.

A la fin de l'avertissement des Fâcheux (1662), Molière rappelait que Pellisson était l'auteur du prologue. A ce moment, le fidèle secrétaire de Fouquet, enveloppé dans la disgrâce de son maître, était en prison ; il ne fut délivré qu'en 1666. De sa prison il écrit à .Moiièie peur le remercier de son souvenir courageux, qui la rep'irté au temps trop prospère où. les Fâcheux furent le principal ornement des fêtes de Vaux.

Boileau, dit-on, trouvait V Aiirphitryon de Molière inférieur à celui de Plaute. L'n ami lui écrit pour le détromper.

En tête à' Amphitryon Molière a placé une épître dédicatoire au prince de Condé, qui ne cessa de lui témoigner une chaleureuse estime. 11 y raille plaisamment l'exagération crdinaire de ces sortes de dédicaces devenues banales, et il se borne à quelques compliments bien choisis : « On sait que les décisions de votre jugement sur tous les ouvrages d'esprit ne manquent point d'être suivies par le sentiment des plus délicats. >• Vous écrirez la réponse de Condé.

Après avoir lu le poème de Psyché, que la Fontaine vient de publier, Molière écrit à son ami pour lui communiquer ses impressions et pour lui annoncer qu'il va composer, avec le vieux Corneille, Quinault et Lulli, une pièce à grand spectacle sur le même sujet. La Psyché de Molière fut jouée, en effet, dans l'hiver qui suivit la publication de la Psyché de la Fontaine.

Molière répond à un académicien de ses amis qui lui pro-

meltail une placera l'Académie s'il consentait à quitter le théâtre.

La Fontaine vient de lire la scène de Louison, dans leMalade imaginaire, où il est parlé d'une ses fables, le Corbeau et le Renard. Il écrit à Molière son senliment chaleureusement sincère sur cette scène et sur la pièce en général.

DISSERTATIONS ET LEÇONS

Déterminer en quoi la comédie d'intrigue difTère de la comédie de caractère. Quel est le genre de vérité propre à chacune? (Paris, — Agrégation des lettres. — Composition, 18o.o.)

Parallèle entre les vers et la prose de Molière.

(Paris, — Licence, avril 1862.)

En quoi diffèrent, dans la comédie, le comique et le plaisant. (Paris, — Licence es lettres, avril 1876.)

Les épisodes dans Don Juan.

(Paris, — Leçon d'agrégation, 1879.)

Étudier cette pensée de Joubert : « Molière est comique de sang-froid, il fait rire et ne rit pas; c'est là ce qui constitue son excellence. »

(Paris. — Agrégation des lettres, 1887.)

Le pathétique dans les comédies de Molière,

(Paris. — Devoir de licence, juin 1881.)

Comparer le Don Juan de Molière et le Do7i Juan de Thomas

Corneille.

(Paris. — Devoir d'agrégation, 1890.)

Les paysanneries de Molière.

(Paris. — Leçon d'agrégation, 1890.)

Apprécier et éclairer par des exemples ce mot d'un critique : tcll y a de l'empreinte de Corneille dans le langage de Molière. »

(Aix. — Devoir de licence, 1882.)

I Commenter et apprécier, en prenant des exemples dans les pièces portées au programme, cette pensée: « Les bonnes comédies sont celles dont le comique est à la fois anecdotique et durable, selon les mœurs d'une époque et selon le cœur humain. >»

(Aix. — Devoir d'agrégation, 1885.)

Examiner l'opinion qu'un écrivain moderne a exprimée sur le comique de Molière en disant que, par son extrême profondeur et par sa tristesse, il se rapproche de la gravité tragique.

(Besançon. — Devoir de licence, juin 1881.)

Le Don Juan de Molière est-il une composition régulière, achevée et d'un genre suffisamment déterminé ?

(Besançon. — Devoir de licence, février 1883.)

On a souvent rapproché Molière de Rabelais. Étudier et comparer l'esprit comique de l'un et de l'autre.

(Besançon. — Devoir de licence, mai 1886.)

Voltaire a dit : « Celui qui ne se plaît pas avec Regnard n'est pas digne d'admirer Molière. » Un critique moderne, au contraire : « Celui qui admire sincèrement Molière ne se plaira que médiocrement avec Regnard. » Où est la vérité ?

(Bordeaux. — Devoir d'agrégation.)

Discuter les jugements de Boileau , la Bruyère et Fénelon sur Molière.

(Bordeaux. — Devoir d'agrégatio.n de grammaire, 1888-1889.)

Développer ce mot de Voltaire sur Molière -(SiècZe de Louis XÎV, ch. XXXII) : « Molière fut, si on ose le dire, un législateur des bienséances du monde. «

(Caen. — Devoir de licence, 1888.)

L'Alcmène de Molière et l'Alcmène de Plaute.

(Clermont. — Devoir de licencb.)

Montrer que le trait distinctif du génie d'Aristophane, tanl pour l'invention comique que pour le style, consiste dans sa puissance d'imagination (en prenant ce dernier mot au sens propre). Peut-on à cet égard lui comparer Plaute et Molièie? (Dijon. — Devoir de licence, mars 1888.)

Mettre en lumière la vérité et l'importance de ce mot de Molière : « On sait que les comédies ne sont faites que pour être jouées. »

(Grenoble. — Devoir de licence.)

Rechercher dans le Joueur les scènes où Regnard s'est souvenu de quelque scène analogue du théâtre de Molière.

(Lille. — Devoir d'agrégation de grammaire, janvier 1889.)

Montrer ce que Molière dut à la protection de Louis XIV (Lyon. — Devoir de licence.)

Les personnalités dans le théâtre de Molière.

(Lyon. — Devoir de licence.)

Dans un fragment d'Essai sur le rire, Stendhal dit : « On ne peut pas rire avec des généralités; pour être ridicule, pour faire rire, il faut des détails. « Étudiez et discutez celte loi du rire posée par Stendhal, et vérifiez-la plus particulièrement dans Molière.

(Nancy. — Devoir de licence.)

Dans sa satire II, composée au plus tard en 1664, Boileau s'adresse à Molière comme à un maître en poésie, pour lui demander surtout l'art de trouver la rime.

On contrôlera cette admiration de Boileau pour Molière en tant que « rimeur », et l'on déterminera la valeur prosodique et poétique des vers de Molière, en prenant garde qu'à cette

date de 1664 il n'avait donné encore, comme pièces en vers, que les suivantes : V Étourdi, le Dépit amoureux, Sganarelle, Don Garde de Navarre, les Fâcheux et l'École des femmes.

(Nancy. — Devoir de licence.)

Rechercher, à propos de Don Juan, les avantages et les inconvénients qu'il peut y avoir pour la littérature dramatique à faire parler aux personnages illettrés, comme les artisans, les servantes et les paysans, leur véritable langage.

(Nancy. — Devoir de licence.)

Que faut-il penser de ces deux vers d'Alfred de Musset sur

Cette mâle gaîté, si triste et si profonde

Que lorsqu'on vient d'en rire, on devrait en pleurer.

(Poitiers. — Devoir de licence, 1885.)

Étudier et apprécier ce jugement de Goethe {Conversations, avec Eckermann) sur Molière : « Ce n'est pas seulement une expérience d'artiste achevé qui me ravit en lui, c'est surtout l'aimable naturel, c'est la haute culture de l'âme du poète. Il y a en lui une grâce, un tact des convenances, un ton déHcat de bonne compagnie que pouvait seulement atteindre une nature comme la sienne, qui, étant née belle par elle-même, a joui du commerce journalier des hommes les plus remarquables da son siècle.

(Rennes. — Devoir de licence, juin 1889.)

Quelle est la valeur des reproches adressés au style de Mo« lière? '

^Toulouse. — Devoir de uckngb.)

Quelle influence Molière peut-il avoir eue sur ses successeurs immédiats?

(Toulouse. — Devoir de licence.)

« Ce n'est point assez que les mœurs du théâtre ne soient pas mauvaises... Il peut y avoir un ridicule si bas et si grossier, et même si fade et si indifférent, qu'il n'est ni permis au poète d'y faire attention, ni possible aux spectateurs de s'en divertir... » (Des Ouvrages de l'esprit, p. 52.) Discuter cette opinion» en cherchant autant que possible des exemples dans Molière. (Toulouse. — Devoir de licence.)

Les serviteurs dans Molière.

(Douai. — Devoir d'agrégation d'enseignement spécial, novembre 1886.)

Expliquer ces deux vers de l'épitaphe de Molière par la Fontaine :

Sous ce tombeau gisent Plaute et Térence, Et cependant le seul Molière y gît.

(Paris. — Baccalauréat.)

Indiquer les principales pièces de Molière, faire ressortir la fécondité et la variété de son génie comique.

(Clermont. — Baccalauréat, novembre 1884.)

Expliquer par des exemples empruntés au théâtre de Molière

ces vers par lesquels Alfred de Musset a caractérisé le grand auteur comique :

J'écoutais cependant cette simple harmonie, Et comme le bon sens fait parler le génie, J'admirais quel amour pour l'âpre vérité Eut cet homme si fier en sa naïveté.

(Douai. — 1j.\ccalauréat, juillet 1884.)

Quels sont : i° les vices; 2" les travers; 3° les classes de la société et les professions que Molière a attaqués dans son théâtre ? — Citez les pièces et les personnages typiques. — Voyez-vous qu'il ait laissé, sans les traiter, des sujets, soit d'actualité, soit déjà mis au théâtre par les anciens, et qui eussent pu lui fournir une belle matière comique?

(Nancy. — Bacg.\lauréat.)

Expliquez ce mot de Voltaire : « Molière a fondé l'école de la vie civile '. »

(Fontenay-aux-Roses. — Devoir de seconde année.)

Quel profit moral peut-on retirer de l'étude des chefsd'œuvre dramatiques de Corneille, Racine, Molière?

(Fontenay-aux-Roses.' — Devoir de littérature.)

Quelles sont dans Molière les qualités que vous admirez le plus? Appuyez par des exemples chacune de vos afflrmations. (Fontenay-aux-Roses. — Devoir de littérature.)

On a dit de la comédie de Molière, tantôt qu'elle est humaine

i. Voyez ce sujet développé dans le fascicule consacré à Voltair».

à un degré éminent, tantôt qu'elle est par excellence une œuvre française où se marquent les traits caractéristiques du génie national. Expliquer et discuter ces qualifications.

(Fontenay-aux-Roses. — Devoir de seconde année.)

Tout le premier développement se bornerait à donner les raisons de cette affirmation de Sainte-Beuve : « Si les nations cherchaient quel est l'écrivain qui les représente le mieux, l'Angleterre nommerait son Shakespeare , l'Allemagne son Goethe ; la France n'hésiterait pas : elle proclamerait Molière. » On montrerait ainsi ce qu'il y a d'exagéré dans ce mot de M. Vinet : « Molière est un de ces esprits qui cessent d'être nationaux à force d'être humains. »

' Molière français : par ce qu'il y a de très particulier dans les ridicules qu'il peint, ridicules des gens de province et des gens de Paris, de la ville et de la cour : les petits marquis français jusque dans leur fatuité ; — par ce qu'il y a de particulier aussi dans les caractères des personnages qu'il recommande à notre sympathie : les raisonneurs, Ariste, Cléante ; les fem. mes : Éliante et Henriette, raison sans sécheresse; M™» Jourdain, gros bon sens. — L'honnête homme chez Molière : « Le vrai honnête homme est celui qui ne se pique de rien » (la Rochefoucauld), c'est-à-dire qui n'affecte rien, n'a aucune prétention ambitieuse, garde la mesure en tout ; — par l'esprit même qui anime ses comédies, amour de la simplicité et de la franchise, horreur de la déclamation, de la grimace, de l'hypocrisie ; — par la logique dans le développement des caractères; — par la gaieté des situations et du style, qui empêche de voir ce que le fond de telle comédie a de triste. M. Taine a touché ce point avec finesse.

« Comme tout change aux mains de nos légers Français ! Comme toute laideur s'efface ! Comme il est amusant, le spectacle que Molière vient d'arranger pour nous! La gaieté est venue: c'est le plus clair de notre avoir, à nous gens de France. Ce don-là ne détruit pas la pensée, il la recouvre. Chez Molière, la vérité est au fond, mais elle est cachée; il a entendu les sanglots de la tragédie humaine, mais il aime mieux ne pas leur faire écho. C'est bien assez de sentir nos plaies ; n'allons pas les revoir au théâtre... Le propre du Français et de l'homme du monde est d'envelopper tout, même le sérieux, sous le rire. »

Dans une dernière partie, on n'aurait pas de peme à montrer

comment Molière, en peignant les Français, a peint J'borame, comment il a pris à la réalité les traits particuliers dont il a composé des caractères généraux, abstraits, puisqu'ils ne sont plus des portraits individuels, mais vivants, parce qu'ils sont fondés sur l'observation de la nature vivante; comment, en un mot, il a pu être de son pays et de tous les pays, de son temps et de tous les temps. Ce qu'il y a de commun entre les hommes de tous les temps et de tous les pays : la raison.

On a dit que la comédie est un miroir grossissant. Dites ce que vous en pensez et donnez à l'appui des exemples tirés du théâtre de Molière.

(Basses-Pyrénées. — Brevet supérieur. — Aspirants, 1887.)

Pourquoi, de tous les poètes du ïvii» siècle, Molière et Ia Fontaine sont-ils restés les plus populaires?

(Alger. — Brevet SUPÉRIEUR. — Aspirants, 1887.)

Louis XIV demandait un jour à Boileau quel était le plus grand poète de son siècle : « Sire, c'est Molière, » répondit Boileau. « Je ne le croyais pas, » reprit Louis XIV. Apprécier la réponse de Boileau et la réplique du roi.

(Charente-Inférieure. — Brevet supérieur.

Aspirants, 1888.)

Sainte-Beuve a dit : « Chaque homme de plus qui sait lire doit être un lecteur de plus pour Molière. C'est comme un bienfait pubhc de faire aimer Molière et de lui recruter des admirateurs. » On développera cette pensée en montrant qu'à tout âge et dans toutes les conditions on peut tirer profit de la lecture aussi bien que de la représentation des œuvres de Molière.

(Manche. — Brevet supérieur. — Aspirants,

juillet 1889.) ^

Vauvenargues a écrit : « Molière me paraît un peu répréhensible d'avoir pris des sujets trop bas. La Bruyère, animé à peu près du même génie, a peint avec la même vérité et la même véhémence que Molière les travers des hommes ; mais je crois que l'on peut trouver plus d'éloquence et plus d'élévation dans ges images. » Discuter ce jugement.

Comparez avec les Fâcheux de Molière la satire IX d'Horace et la satire VIII de Régnier.

Le caractère d'Alcmène dans les Sosies de Rotrou et dans

Molière.

En quoi consiste le haut comique, et quelles sont, selon vous, les hautes comédies de Molière ?

On connaît l'injustice du critique allemand Lessing à l'égard des écrivains français. Il ne craint pas de dire non seulement que, dans le bas comique, Molière est le plagiaire des Italiens, mais qu'en France Destouches lui est supérieur : « Destouches, dans ses pièces du Philosophe marié, du Glorieux, du Dissipateur, avait donné des modèles d'un comique plus délicat et plus haut qu'on n'y avait été habitué par Molière, même dans set pièces sérieuses. « Que penser de ce jugement?

Comparer Aristophane et Molière.

Avant de comparer des poètes comiques de génie si divers, il importe de faire remarquer à quel point différaient les siècles mêmes où ils ont vécu, les civilisations dont ils sont les ûls.

MOLIÈRE 8t

La liberté absolue dont jouissait le théâtre en Grèce a produit l'ancienne comédie, celle d'Aristophane, âpre et toute personnelle ; la liberté restreinte du théâtre français a produit la comédie de Molière, personnelle encore par endroits, mais avant tout morale. A Athènes, où tout se passait sur la place publique, l'observation des mœurs privées n'était guère possible. Aristophane est un satirique, un homme de parti, uniquement préoccupé de frapper de grands coups et de renverser l'adversaire, et se servant de toutes les armes ; Molière est un moraliste, qu'on aurait tort d'ériger en philosophe systématique, en déclamateur amer, en rêveur, mais qui pénètre les replis de l'âme humaine, depuis les ridicules qui se jouent à la surface jusqu'au vice presque tragique qui se cache au fond. L'un met en scène des hommes de son temps et de son pays, l'autre peint l'homme de tous les pays et de tous les temps. Aussi Plutarque a-t-il pu reprocher à Aristophane de prêter à ses personnages le même langage, sans distinction d'âge, de sexe, de condition ni de caractère, tandis qu'à nos yeux l'un des mérites principaux de Molière est de faire parler chacun, valet ou maître, riche ou pauvre, jeune homme ou vieillard, comme il doit parler et comme il parle dans la réalité.

Toutefois, après avoir établi cette différence générale, juste en elle-même, il conviendrait d'y ajouter quelques réserves. Molière, en effet, est parfois satirique autant que moraliste, et| Aristophane s'élève parfois au-dessus de la satire personnelle. Celui qui raille les petits marquis et les pédants, les précieuses et les prudes, les hypocrites de toute robe et de toute condition, ne trace pas assurément de portraits contemporains, mais emprunte aux personnages réels qui l'entourent bien des traits qu'il combine ensuite et idéalise ; certains pseudonymes sont fort transparents, et il y a des clefs de certaines comédies de Molière comme de certains caractères de la Bruyère. D'autre part, Aristophane n'est pas toujours égaré par une passion aveugle : ses bouffonneries les plus licencieuses sont dominées et inspirées par des idées morales qu'on peut contester, mais qui sont presque toujours saines et respectables ; s'il s'oppose aux idées nouvelles, c'est qu'il en voit le danger, c'est qu'il reste fidèle à un passé qui a fait la grandeur d'Athènes ; s'il hait Socrate, c'est qu'il le confond avec les sophistes corrupteurs de la jeunesse; s'il ne cesse d'attaquer Euripide, c'est qu'Euripide altère le caractère à la fois patriotique et religieux C. de Litt. — MOLIÈRE

de la tragédie ancienne. N'esl-il qu'un pamphlétaire, le poète qui fait parler un langage si élevé au Juste dans les Nuées, à Eschyle dans les Grenouilles, à la Pauvreté dans le Plutus ? Ces réserves faites, il n'en demeure pas moins certain qu'Aristophane est surtout un satirique, et Molière surtout un moraliste.

Au point de vue de la morale elle-même et du ton, la différence est plus profonde. On a pu reprocher à la morale de Molière de n'être pas fort élevée, et il est certain que cette morale, comme celle de la Fontaine, est la morale positive ; mais, outre que Molière n'a pas voulu « moraliser », comme on dit aujourd'hui, outre qu'il suit souvent de fort près les traces des comiques latins et italiens, assez peu décents, on peut remarquer que là même où il s'abandonne, il ne s'abandonne pas tout à fait, qu'il n'est point, ainsi qu'Aristophane, obscène de parti pris et, comme par nature. Chose curieuse ! ici, c'est l'Attique qui est facilement grossier, et à qui l'on peut appliquer le jugement de la Bruyère sur Rabelais : il est tour à tour le mets des plus délicats et le charme de la canaille. Molière n'est que Gaulois ; sa gaieté libre et franche n'alarme que les censeurs scrupuleux à l'excès. A peine çà et là quelque mot hardi choque-t-il notre pruderie moderne, tandis que dans le théâtre d'Aristophane on compte telle pièce dont on n'oserait risquer une analyse. Il faut avouer cette infériorité du poète grec, tout en reconnaissant que ces licences étaient autorisées par les privilèges accordés à la comédie antique , née du culte orgiaque de Bacchus.

Au point de vue littéraire proprement dit, Aristophane reprendrait la supériorité. « Les Grâces, disait Platon, ont habité dans rame d'Aristophane. » Cette inspiration spontanée, cette imagination librement fantaisiste, cette poésie ailée, ne sauraient être comparées à l'inspiration de Molière, — originale sans doute, mais qui mit longtemps à se dégager des influences étrangères, — à son imagination plus sage, à sa poésie plus voisine de la prose. On a beaucoup exagéré pourtant le prosaïsme du style de MoHère, qui a sa couleur aussi et son relief, surtout sa franche saveur gauloise et française. Mais la verve qui entraîne Molière et nous entraîne à sa suite ne ressemble guère à l'ivresse poétique qui transporte et parfois égare Aristophane. En revanche, si Molière ne s'élève pas si haut, il ne tombe pas si bas ; il a le génie du bon sens et de la mesure, ces qualités éminemment françaises. Moins étincelant, son style est plus égal et plus fort.

C'est le vrai style de la comédie, alors que souvent celui d'Arislophane semble être plutôt celui de la poésie lyrique.

Ne préférons pas l'un à l'autre, mais comprenons des géniessi difïérents. Entre eux la comparaison sera toujours sinon tout à fait impossible, comme le soutenait Bayle *, au moins un peu artificielle. Mais elle ne sera pas inutile si elle nous amène à réfléchir sur la différence même du génie des deux laces.

Schlegel n'a pas craint d'écrire : « C'est dans le comique isurlesque que Molière a le mieux réussi, et son talent, d& même que son inclination, était pour la farce ; aussi a-t-il écrit des farces jusqu'à la fin de sa vie. Ses pièces sérieuses en vers offrent toujours quelques traces d'effort, on y sent quelque chose de contraint dans le plan et dans l'exécution. Son ami Boileau lui communiquait probablement ses idées sur le rir& grave et sur la plaisanterie froide, et alors Molière se décidait^ après avoir abusé de la bouffonnerie, à se soumettre au régime du bon goût et de la régularité. Il cherchait à réunir deux choses inconciliables par leur nature, la dignité et la gaieté. » Réfuter ce jugement de Schlegel.

1. Dictionnaire, art. Poquelin. Btyle dit que pour les comparer il faudrait connaître les travers des Athéniens aussi bien que ceux des Français. Nous le pou- Tons, grâce aux progrès de l'érudition moderne. Voir l'excellent livre de M. Couat. Aristophane; L«cdn«.

IMPRIMERIE DELACRAVE ▼ILLSFRANCHB-DE-ROUERGUB

FRANCE

(ISnov. 1659)

Analyse de la pièce. — L'întrîgne»

Deux jeunes seigneurs, à qui Molière donne les noms de deux de ses acteurs, la Grange et du Croisy, recherchent en mariage Madelon et Cathos, fille et nièce du riche bourgeois Gorgibus, arrivé depuis peu de province à Paris. Ces « pecques provinciales » les reçoivent fort mal, car elles n'admettent I idée du mariage qu'après une série de démarches préliminaires et d'aventures romanesques. Ils se vengent en leur envoyant deux de leurs laquais, qui se font passer pour les marquis de Mascarille et de Jodelet, et n'ont point de peine à se faire admirer des précieuses, ravies d'être connues et fréquentées des gens de qualité. Au dénouement, les maîtres reparaissent, bâtonnent leurs valets, les dépouillent de leurs habits d'emprunt et laissent Madelon et Cathos humiliées, Gorgibus furieux contre les romans qui leur ont attiré cette mésaventure.

Si l'on considère les Précieuses ridicules au point de vue des premières farces de Molière, même de ses premières comédies, VÉtourdi et le Dépit amoureux, le progrès paraîtra sensible, et l'on comprendra le mot attribué, faussement sans doute, à un vieillard du parterre: « Courage, Molière! voilà la bonne comédie. » Ce n'est pas encore une comédie, mais c'est déjà un tableau de mœurs, très vivant, bien qu'un peu chargé, et dont le succès fut très grand. Molière, qui venait de se fixera Paris, y débutait par un coup de maître (18 novembre 1659), et découvrait en même temps la veine si féconde qu'il allait exploiter, il est vrai que, selon Grimarest, suivi par Voltaire, les Précieuses avaient été d'abord représentées en province ; mais on n'en apporte aucune preuve décisive qui puisse prévaloir contre cette affirmation précise de la Grange et de Vinot,

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