Hùtowt dt France, t, XIII, ch. it : Monsieur et Madame
nement dans le plaisir de nos spectacles, et ne dédaigne pas de rire de cette même bouche dont elle prie si bien Dieu », Molière embarrassait fort ceux qui, dans leur rage jalouse, allaient jusqu'à l'accuser d'impiété, ceux qui avaient dit ou devaient dire avec de Visé, l'auleur de Zélinde^^ « Le sermon qu'Arnolplie fait à Agnès et les dix maximes du mariage choquent nos mystères. » On a peine à croire que les dévots les plus intraitables aient pris au sérieux cette accusation de parodie des commandements de Fliglise. Molière ne s'était pas encore attaqué à leur cabale. En revanche, précieux et précieuses, marquis et prudes, sentaient leurs blessures encore toutes récentes, et il ne fallait pas grand etfort pour les unir contre Molière. Celte fois, ils rencontrèrent des alliés naturels dans les auteurs et les pédants, qui commençaient à trouver intolérable qu'on se passât de leur permission pour avoir du génie. Mal leur en prit : Molière se retourna contre eux et les confondit dans la même satire vengeresse.
Deux femmes de bon goût et de bon ton, Uranie et Élise» reçoivent la visite de la prude Climène, dont la nouvelle pièce offense la pudeur façonnière. Uranie combat ses scrupules; Élise s'en moque en feignant de les partager. Un nouveau Wsiteur, ie marquis, vient au secours de la prude. Mais tous deux trouvent un redoutable adversaire en Dorante, interprète de la pensée de Molière. Il défend le bon sens du parterre contre l'affectation des marquis ridicules. Mal satisfait des affirmations tranchantes, il veut des raisons; le marquis ne lui répond que par des turlupinades. Le savant Lysidas, qui entre à son tour, doimera-l-il les raisons que Dorante demande en vain au marquis? Non, il se contente de déplorer le vide que le succès des pièces comiques fait autour de la tragédie, de critiquer le goût de la cour, étourdit ses adversaires de grands mots et leur oppose l'autorité des « règles >k Avec une ironie dédaigneuse. Dorante écarte ces règles factices, et leur substitue une règle unique, qui est de plaire. 11 entreprend de justifier la pièce de Molière; mais le marquis refuse de l'écouter, et l'on annonce que le diner est servi, dénouement facile d'une comédie sans intrigue.
Il convient de ne pas exagérer la valeur dramatique d'une
1. Zélinde, comédie, ou la Véritable Critique de l'École des femmes et la Critiqu» delà Critique. De Visé, qui devait plus tard défendro Molièpc, n'est préoroupé ici que de lui susciter des ennemis dans toutes les conditions. La scène est chei un marchand de la rue Saint-Denis, qui vient d'accepter une loge pour la Critique.
comédie légère, que Molière\ lui-même traite de dissertation dialoguée. Mais il en faut estimer très haut la valeur littéraire et critique. Florian, qui juge pourtant la scène vu (celle de la discussion entre Lysidas et Dorante) « pleine de vérité et de comique », est injuste lorsqu'il prétend que cette petite pièce « n'est intéressante que pour les adorateurs de Molière * ». L'intérêt en est beaucoup plus universel que ne pense Florian. A ne considérer que la forme toute nouvelle de cette comédie, Molière y est un créateur. A en considérer le fond, il n'est rien de plus instructif dans tout son théâtre, du moins aux yeux de ceux qui, derrière les personnages animés par l'imagination de l'auteur dramatique, aiment à chercher la pensée intime de l'auteur lui-même, ses habitudes d'esprit, la manière dont il comprend et dont il traite son art. Et ces idées sont des idées générales, dignes d'occuper et de passionner tout homme intelligent. Voilà pourquoi Boileau estimait tant la Critique, au témoignage de Brossette : il y reconnaissait son propre esprit, plus libre sans doute, et plus souriant, mais aussi profondément raisonnable.