DOSANT
Oui,
LE MARQUIS
Elle est détestable, parce qu'elle est détestable. 1. De la Suciété et de la Conversation.
Après cela, il n'y a plus rien à dire ; voilà son procès fait. Mais encore, instruis-nous, et nous dis les défauts qui y sont.
LE MARQUIS
Que sais-je, moi ? Je ne me suis pas seulement donné la peine de l'écouter '.
Le Mascarille des Précieuses applaudit « devant que les chandelles soient, allumées » ; le marquis de la Critique condamne une piJce qu'il n'a pas entendue. Ici comme là, mêmes prétentions, même confiance en soi, même ton d'autorité, même ibsence d'idées et de sentiments personnels, de sérieux, de sincérité. Le ton de Dorante s'élève et s'anime pour ridiculiser, presque pour flétrir cette présomptueuse impuissance :
Je suis pouT le bon sens, et ne saurais souffrir les ébuUitions du cerveau de nos marquis de Mascarille. J'enrage de voir de ces gens qui se traduisent en ridicules malgré leur qualité; de ces gens qui décident toujours, et parlent hardiment de toutes choses sans s'y connaître; qui, dans une comédie, se récrieront aux méchants endroits, et ne branleront pas à ceux qui sont bons; qui, voyant un tableau, ou écoutant un concert de musique, blâment de même, et louent tout à contresens, prennent par où ils peuvent les termes de l'art qu'ils attrapent, et ne manquent jamais de les estropier et de les mettre hors de place. Hé ! morbleu ! Messieurs, taisez-vous. Quand Dieu ne vous a pas donné la connaissance d'une chose, n'apprêtez point à rire à ceux qui vous entendent parler; et songez qu'en ne disant mot on croira peut-être que vous êtes d'habiles gens.
LE MAHQDI3.
Parbleu 1 chevalier, tu le prends là...
Mon Dieu ! marquis, ce n'est pas à toi que je parle; c'est à une douzaine de messieurs qui déshonorent les gens de cour par leurs manières extravagantes, et font croire parmi le peuple que nous nous ressemblons tous. Pour moi, je m'en veux justifier le plus qu'il me sera possible ; et je les dauberai tant en toutes rencontres, qu'à la fin ils se rendront sages.
Ce petit réquisitoire est aussi adroit que vif. Ici comme pour les précieuses, Molière distingue entre les marquis ridicules et ceux qui ne le sont pas, entre la « douzaine » de fats qui désho-
1. Que dites-vous du livre d'Herraodore ? — Qu'il est mauvais, répond Anthime. — Qu'il est mauvais? — Qu'il est tel, continue-t-il, que ce n'est pas un livre, ou qui mérite du moins que le monde en parle. — Mais l'avez-vous lu 7 — Non, dit Àntbime. » Que n'ajoute-t-il que Fulvie et Mclanie l'ont condamné s*ns l'avoir lu et qu'il est l'ami de Fulvie et de Mélanie. (La Bboyèrb.)
norent la cour et la cour elle-même, cette cour dont il fait, dans la Critique, un si chaleureux éloge. C'est ainsi qu'il se faisait pardonner ses hardiesses par ses précautions prudentes. 11 poursuivra cette guerre impitoyable dans l'Impromptu, dans Don Juan (il est vrai que, dans Don Juan, la satire a une tout autre portée); dans le Misanthrope, où les ridicules sont atténués et plus voisins de la nature, dans le Bourgeois gentilhomme, où le marquis est un homme, non de mauvais goût et àe mauvais ton, mais d'honnêteté douteuse. Tous ces marquis auront leur nom particulier; dans ï Impromptu figureront des marquis ridicules anonymes. Mais dans la Critique seule on admire « le marquis » en soi, personnification complète de toute une race.
Les caractères nouveaux ou renouvelés. — La prude Climène. — Le pédant Lysidas.
La prude n'est, au fond, que la précieuse transformée; caria pruderie c'est la préciosité morale*. Cliraène, dame de qualité, qu'Élise appelle irrévérencieusement « la plus sotte bête qui se soit jamais mêlée de raisonner », est une précieuse autant qu'une prude.
ÉLISE
Allez, allez, elle mérite bien cela, et quoique chose de plus si on lui faisait justice. Est-ce qu'il y a une personne qui soit plus véritablement qu'elle ce qu'on appelle précieuse, à prendre le mot dans sa plus mauvaise signification?
UKANIE.
Elle se défend bien de ce nom pourtant.
Il est vrai, elle se défend du nom, mais non pas de la chose : car enfin elle l'est depuis les piods jusqu'.'i la tète, et la plus grande façonnière du monde. Il semble que tout son corps soit démonte, et que les mouvements de ses hanches, de ses épaules et de sa tête n'aillent que par ressorts. Elle affecte toujours un ton de voi.\ languissant et niais, fait la moue pour montrer une petite bouche, et roule les yeux pour les faire paraître grands.
Ce n'est pas seulement par les mines qu'elle est précieuse ; elle l'est aussi par le langage. Dès qu'elle paraît, elle feint de