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et Boileau le faisait à rimitation de Bourdaloue. On sent assez quelles qualités d'esprit et aussi peut-être quels défauts de caractère sont nécessaires pour réussir dans les portraits satiriques, et l'on devine que, ce pour bien peindre les gens », Célimène sera, plus que personne, « admirable ». Les petits marquis le savent, le lui disent, l'attirent sur ce terrain, l'excitent en jetant sans cesse une nouvelle proie à sa verve cruelle. Et elle s'exalte de plus en plus dans l'ironie, et de plus en plus elle mérite qu'on lui applique le mot de la Rochefoucauld sur cet esprit des femmes qui sert plus à fortifier leur folie que leur raison. Le même la Rochefoucauld* a dit de la moquerie, qui n'est pas toujours indigence d'esprit, mais dont l'habitude invétérée marque presque toujours le défaut d'esprit juste et de bon sens :
La moquerie est une des plus agréables et des plus dangerenses qualités de l'esprit : elle plait toujours, quand elle est délicate; mais on craint toujours iussi ceux qui s'en servent trop souvent. La moquerie peut néanmoins être permise quand elle n'est mêlée d'aucune malignité et quand on y fait entrer les personnes mêmes dont on parle. Il est malaisé d'avoir un esprit de raillerie sans affecter d'être plaisant ou sans aimer à se moquer ; il faut une grande justesse pour railler longtemps sans tomber dans l'une ou l'autre de ces extrémités.
Précisément, c'est cette « justesse » qui manque le plus à Célimène. Mais si, portée par nature à la raillerie mordante, elle devient méchante sans etfort, il ne faudrait pas se la représenter comme méchante à froid, de parti pris, par pur amour de la médisance. La scène deviendrait pénible, et l'indulgence d'Éliante et le silence de Philinte ne se comprendraient plus. «Elle a de l'esprit, elle le sait, elle s'en amuse en même temps qu'elle en fait rire les autres. C'est de la malice, mais une malice pleine de bonne humeur et d'entrain, telle que peut être celle d'une jeune femme qui caquette à tort et à travers, heureuse d'être en verve et de se voir applaudir 2. » Jusqu'en ses méchancetés, elle reste séduisante, et ce n'est pas à elle que s'en prend Alceste : c'est aux flatteurs malins qui la provoquent et font jaillir de son esprit ces trop vives étincelles.
Un contemporain, de Visé, a écrit de la scène des portraits : « On peut dire que ce sont autant de sujets de comédie que Molière donne libéralement à ceux qui s'en voudront servir. »