Lettre à Thiériot, 17 janv
même que la vie, chez lui, devienne de plus en plus intense à mesure qu'elle approche de son déclin et de sa fin. M™" de Sévigné n'est pas moins vivante et vibrante; mais son activité est moins saccadée, parce que son humeur est moins nerveuse et que sa santé est plus riche. C'est ce qui fait aussi que le rire de tous deux ne résonne point de même façon à nos oreilles. Rien de plus franc, de plus communicatif que la gaieté de M™« de Sévigné. Voltaire connaît moins la gaieté naturelle que l'ironie mordante; il ricane plutôt qu'il ne rit à belles dents. On peut l'observer, sans s'associer à l'apostrophe, plus éloquente que juste, de l'auteur de Rolla :
Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire Voltige-t-il encor sur tes os décharnés?
Chacun a le sourire qu'il peut, et il n'est point si hideux, sans doute, le sourire où brille la flamme de l'intelligence. «Il n'est pas donné à tout le monde, disait de Voltaire Frédéric, de faire rire l'esprit. » Mais, enfin, la gaieté de Voltaire est surtout une gaieté sarcastique et agressive. Elle met en garde contre lui le lecteur qui n'aime pas à prendre parti et aux yeux de qui l'absence d'abandon accuse plus ou moins l'absence de sincérité. Si ce lecteur pourtant est vraiment impartial, il ne tarde pas à comprendre que la différence de la situation fait la difl'érence du ton. Bien qu'il se prodigue toujours, Voltaire doit s'observer parfois, et, s'il ne s'observe pas, il se donne à lui-même les démentis les plus plaisants. Il ne serait pas téméraire d'affirmer que sur chaque question il plaide tour à tour le pour et le contre, et que tous les partis, sur cette même question, pourraient aller chercher des armes également bien aiguisées, des raisons également probantes. Selon que les intérêts changent ou seulement se déplacent, cette intelligence, mobile à l'excès, juge les choses d'un point de vue tout différent. Ainsi, élève des jésuites, il glorifie ses anciens maîtres dans la lettre fameuse au P. de la Tour; mais c'est qu'alors il a besoin d'entrer à l'Académie, dont le parti ecclésiastique lui ferme la porte. Plus lard, engagé plus avant dans la lutte, il n'aura pas de railleries assez sanglantes contre ceux dont, la veille, il était l'avocat éivj 'uent. « Il serait homme, disait M™° de Crafigny, à ne point po/"ionner à quelqu'un qui louerait J.-H. Rousseau. » — « Vous voyez que je hais Rousseau, écrit-il à Cideville ; mais qui ne sait pas ha'ir ne sait pas aimer. »
(14 août 1733.) Mais J.-B. Rousseau meurt, il n'est plus que l'illustre et malheureux Rousseau : « Ses talents, ses malheurs et sa mort ont banni de mon cœur tout ressentiment, et n'ont laissé mes yeux ouverts qu'à ce qu'il avait de mérite '. » L'autre Rousseau, plus illustre et non moins malheureux, Jean-Jacques, ne lui- était pas moins antipathique; mais Grimra (1" janvier 1766) et le prince de Ligne nous le montrent prêt à ouvrir les bras à son ennemi, au plus fort de son inimitié, si cet ennemi persécuté lui avait demandé un asile. Mer pourtant l'extrême irritabilité et susceptibilité d'amour-propre de Voltaire, ce ne serait pas seulement nier l'évidence, ce serait aussi faire tort à l'écrivain, dont la passion fait l'originalité et la vie. M™^ de Sévigné se passionne parfois, mais plus rarement, quand sa fille n'est pas en jeu; elle a donc, surtout elle semble avoir une bonne foi plus entière. C'est que celte bonne foi n'est point mise à des épreuves aussi rudes; c'est qu'elle n'a point à jouer un rôle, c'est qu'elle se contente et doit se contenter d'être un témoin, ironique et indulgent, des choses de son temps, de ces choses que Voltaire, nature plus susceptible, plus irritable, moins optimiste et désintéressée, à coup sûr plus militante, n'acceptera point sans faire entendre tantôt une protestation, tantôt un rire amer.
Si l'on veut poursuivre ce parallèle sans en faire un réquisitoire contre Voltaire, il ne faut pas oublier que Voltaire s'est donné, on pourrait dire s'est trahi tout entier à nous, dans une correspondance immense, où les contradictions sont inévitables, où les moindres faiblesses de l'homme ressortent aujourd'hui en pleine lumière. C'est lui-même qui nous offre les moyens de l'accuser. Plus restreinte et moins tlévreuse, publiée sous la surveillance de sa famille, la correspondance de M™* de Sévigné nous la présente sous un aspect plus favorable à sa bonne renommée. Mais qui résisterait à l'épreuve à laquelle Voltaire s'est soumis?
Au premier rang des qualités morales est la sensibilité. Que n'a-t-on pas dit, que ne peut-on dire encore sur l'àme tendre, aimante, expansive de M""" de Sévigné ? Bien rares sont les critiques, comme de Féletz, qui, tout en la préférant par là, comme tout le monde, à Voltaire, remarquent en passant qu'elle a bien « ses petites méchancetés aussi ». Les autres, c'esl-à-dire presque tous, se refusent à voir ce qu'ont d'un peu monotone dans
i . Lettre à Ségui, 29 sept. 1741.
sa coi'respondance les expansions d'une tendresse maternelle nullement aiïectée, mais trop exclusive. Il est certain pourtant que sa tendresse pour M"* de Grignan a quelque chose de l'idolâtrie. Une faut pas écarter non plus certains souvenirs déplaisants, qui nous la montrent assez pou sensible aux infortunes des autres. Sans parler de la révocation de l'édit de Nantes, que les contemporains ont généralement approuvée, qui ne sait avec quelle dureté apparente elle parle des atroces exécutions de Bretagne ? Mais elle a aimé sa famille, ses amis, de plein cœur. 11 semble, au contraire, que dans les amitiés de Voltaire il enli'e quelque chose d'intellectuel, et qu'il aime avec son esprit au moins autant qu'avec, son cœur. Cette sensibilité toute particulière, on oserait presque dire toute cérébrale, a quelque chose de large et de philosophique; ce sont presque toujours des collaborateurs de son œuvre que Voltaire aime ainsi. Peut-être est-il bien sévère de dire avec M. Kisard : « J'ai peur que Voltaire n'ait aimé que son esprit'; » mais on doit reconnaître que l'intelligence prédomine chez Voltaire. En pouvait-il être autrement? Chef de parti, il avait une giande œuvre à accomplir; il subordonnait tout à. cette idée. Aussi avait-il des partisans plus encore que des amis; aussi eut-il surtout beaucoup d'ennemis. Qui pouvait être l'ennemi de M""^ de Sévigné?
Celte opposition n'est donc pas fausse de tout point. Nous
1. « On ne peut guère lire la Correspondance de Voltaire sans penser au recueil qui y ressemble le plus dans l'antiquité, les Lettres de Cicéron. L'amour de la gloire est l'ànic de ces deux recueils, et ce que Voltaire fait dire au Cicéron de sa Home sauvée :
Romains, j'aime la gloire et nn veux pas m'en taire,
est aussi vrai du poète que de son héros. La même faiblesse se trahit dans le Romain et le Français : l'est cette vanité si reprochée à tous deux, dans Cicéron plus abandonnée et plus naïve, dans Voltaire mieux conduite. Tous les jrenres d'esprit de la Correspondance brillent dans les Lettres, snuf l'esprit de se faire louer, dont Voltaire donne jilus volontiers la commission aux autres, et dont Cicéron se charge lui-même. Même natuiel dans les deux ouvrages, avec plus d'éclat dans Cicéron, par le bonheur d'une langue plus colorée ift plus sonore, avec plus de finesse et de saillies dans 'Voltaire. Même critique exquise et même délicatesse .le goût, si ce n'est que les erreurs de Cicéron sur les choses île l'esprit viennent de sa faiblesse pour la rhétorique, et celles de Voltaire de sa faiblesse pour lui-même. Mais l'ancien me semble avoir un grand avantage sur le moderne. Il y a plus do cœur dans \6S Lettres que clans la Correspondance; je devrais dire un cœur plus cultivé. I^a famille seule cullive le cœur. Le père qui a connu c(! que c'est que d'aimer quelqu'un plus que soi-même a senti tout son cieur. et telle est la chaleur de l'amovir paternel que le même homme en aime mieux tout ce qui est à aimer. Cicéron. tendre père d'viiie fille ch.irmante, père désespéré qnaml il perdit Tullie, en est meilleur citoven, plus attache à ses amis, plus épris de la vérité. laquelle devient plus chère ;'i l'homme chez qui la tendrei-se de cu'ur se iommnnic|ue à l'esprit, et qui aime la vérité à la fois comme une lumière et comme un sentiment. J'ai peur que Voltaire n'ait aimé que son esprit. " (iNis.^bd.)
avons vil, toutefois, avec quelle tendresse jamais lassée il aimait ceux-là mêmes, p.irmi ses amis, qui ne pouvaient lui être utiles, qui l'eussent plutôt compromis. S'il n'a pas toujours été « bon », il a souvent été bienfaisant avec désintéressement. On ne niera pas, sans doute, sa bienfaisance, puisque l'auteur du Génie du chrisllanisme la reconnaît, ni cet « amour du genre humain » où lui-même voyait le trait essentiel de son caractère ^ Ses bontés répétées, et jamais découragées, pour Linant, d'Arnauld, Lamarre, attestent un esprit de bienveillance et de libéralité dont il fut souvent bien mal récompensé. Il était intéressé pourtant, nous dit-on : il pouvait l'être en certaines choses; mais ce n'était assurément pas le fond de sa nature. Pendant son long séjour à Paris, le ménage Dumoulin, qui gardait sa maison de Paris, dissipa à son détriment une somme de vingt-quatre mille francs environ : il ne mit aucune àprelé à poursuivre les coupables et il finit par leur pardonner. Le produit de ses livres, il l'abandonnait à ses amis ou à ses libraires. Quelqu'un eût pu dire avec précision comment il unissait au sens pratique de l'homme d'affaires le sang-froid d'un homme capable de traiter avec sérénité les questions d'argent : c'était l'abbé Moussinot, ce chanoine de Saint-Merry qui tenait à la fois la caisse de Voltaire et celle des jansénistes : on a une lettre à Moussinot (12 juillet 1740), charmante de bonne humeur, à propos de la banqueroute d'un certain Michel, qui lui emportait cependant une assez bonne partie de son bien, trentedeux mille livres de rentes ou d'argent comptant.
Mais c'est un autre genre de bienfaisance et de générosité que pratique le patriarche de Ferney, celui qui faisait vivre autour de lui tout un petit peuple, celui surtout qui, au lieu de jouir en pais d'un bonheur facilement égoïste, tiavaillait passionnément à préparer le « règne de l'humanité », dont M™^ de Sévigné n'avait assurément qu'une idée fort vague, quand elle s'attardait à contempler et à décrire la laide grimace des paysans bretons pendus par son bon ami le duc de Chaulnes. Tenons compte du milieu où vivait M'"*' de Sévigné, et ne lui faisons pas un crime d'avoir été ce qu'elle devait être. Mais aussi souvenons-nous que le défenseur de Calas, de la Barre, de Lally- Tollendal, l'apôtre de la tolérance religieuse et de la justice, fut loin d'être un pur sceptique, qu'il consacra sa vie à la propagation et au triomphe des idées qui sont aujourd'hui le fond
i. Lettre au prince royal de Prusse, 26 août 173$.
solide de notre civilisation. 11 lui aurait été plus commode et moins dangereux de s'accommoder, comme Philinte, aux vices ■ie son temps; il ne l'a pas voulu, et c'est par là que nous l'adâiirons, que nous l'aimons encore, blâmant la petitesse du caractère, mais sentant la grandeur de l'œuvre, ne pouvant croire surtout, en face d'une activité si continue, si chaleureuse, aune véritable sécheresse de cœur.
Emporté par ce besoin fiévreux d'agir, de combattre et de vaincre, Voltaire n'a pas eu le vif sentiment de la nature. Sans doute, retiré à Ferney, dans une solitude encore tumultueuse, châtelain, quoi qu'il dise, plutôt que propriétaire campagnard, il semble s'intéresser parfois, quand il n'a rien de mieux à faire, aux choses de la campagne. On le voit alors s'entretenir avec ses bœufs, qui lui font « des mines » ; mais ces sortes d'entretiens ne durent pas longtemps, et il revient bientôt à l'œuvre inachevée, à la lettre projetée, en un mot à l'action. On a dit que dans sa Henj'iade il n'y avait pas même d'herbe à brouter pour les chevaux; on peut dire que ses lettres ont rarement pour fond un paysage. Il ne devine pas Rousseau, qui l'étonnera. Au contraire, en un siècle qui était trop préoccupé de l'homme intérieur pour bien voir la nature extérieure, M^^^ de Sévigné — à ses moments perdus, il est vrai ; mais elle a eu plus de loisirs que Voltaire — a volontiers oublié Versailles pour le Buron, pour les Rochers, pour Livry. Par là ses lettres sont animées d'un rayon de poésie qui manque aux lettres de Voltaire, filles de la raison par qui tout est éclairci, plutôt que de l'imagination par qui tout est coloré. On ne fera ici qu'une réserve. Voltaire eut, à certains moments, non pas, si l'on veut, le sentiment de la nature, mais le goût de la vie rurale. Jeune, il se plaisait à la Rivière-Bourdet, maison de campagne de M'""' de Bernières, près de Rouen, et il se croyait c né pour être faune et sylvain >> (1723). Il se trompait sur sa vocation. A Cirey même, il semble n'avoir pas vu la campagne. Mais il l'entrevit aux Délices et à Ferney. Aux Délices, il voit de son lit le lac de Genève, le Rhône, l'Ai've, les Alpes dans le fond; au printemps, il se fait jardinier. « Avez-vous des tulipes au mois de mars? » demande-t-il à Moncrif (17 mars 1757). Comment ne serait-il pas heureux? Dans ses vergers et ses vignes «on est libre comme l'air depuis le matin jusqu'au soir ». Aussi déclare-t-il que « la campagne est le vrai séjour de l'homme », et il le déclare à M'"'^ du Deffand (27 décembre 1758)! Il a « des chênes droits comme des pins, qui touchent le ciel ». Il ne connaît plus que littérature et
agriculture : « Cela donne de la santé au corps et à l'âme, el Dieu sait alors comme on rit de ses folies passées, et de toutes celles de nos confrères les humains' ». A Saint-Lambert, le froid auteur des Saisons, il décrira ainsi plus tard (1769) les alentours de Ferney :
De longues allées où, parmi quelquefs ormeaux et mille autres arbres, on cueille des abricots et des prunes ; des troupeaux qui bondissent entre un parterre et des bosquets ; un petit champ que je sème moi-même, entouré d'allées agréables ; des vignes, au milieu desquelles sont des promenades ; au bout des vignes, des pâturages, et au bout des pâturages, une forêt.
A Dupont, il enverra (7 juin 1769) une longue consultation sur ce que doit être une exploitation rurale, une métairie modèle. Avec Bourgelat (18 mars''177o), il se fera vétérinaire. Son ami Horace, qui à Tibur regrettait Rome, n'allait pas jusque-là.
Avant tout, la Correspondance de Voltaire est raisonnable. Mais la raison a son charme aussi, et elle prend ici des formes singulièrement variées. C'est tantôt la raison éloquente du philosophe qui se passionne, tantôt la raison finement aiguisée et pénétrante du critique. M™'' de Sévigné a moins de sens ci'itique précisément parce qu'elle est plus sensible et s'abandonne davantage. .Msard n'a pas tort de souhaiter que des lettres « critiques » de Voltaire on compose un recueil, qui serait unique en son genre :
s'il y avait à préférer dans l'excellent, je préférerais, parmi ces lettres, celles dont le sujet est littéraire. Je voudrais qu'on enfît un recueil. Ce cours de littérature, sans plan et sans dessein, cette poétique sans dissertation, celte rhétorique sans règle d'école, serait un livre unique. Voltaire parle des choses de l'esprit comme on en parle entre honnêtes gens qui songent plus à échanger des idées agréables qu'à se faire la leçon. Les genres sont sentis plus que définis, et leurs limites plutôt indiquées comme des convenances de l'esprit humain que jetées au travers des auteurs comme des barrières. Le goût n'est pas une doctrine, encore moins une science; c'est le bon sens dans le jugement des livres et des écrivains. La vérité, au lieu de s'imposer, se donne un plaisir d'esprit, dont Voltaire nous invite à essayer. Il y a des prescriptions, des conseils, car il faut bien que le temple du Goût ait une enceinte sacrée; mais quiconque sait n'être pas ennuyeux a le droit d'y entrer, fût-ce par la brèche.
Les erreurs de cet esprit si juste sont des jugements intéressés, où il a pris sa commodité pour règle. S'il n'admire pas Homère, c'est qu'il ne sait pas le grec et qu'il croit enrichir la Henriade de ce qu'il a ôté à Vtliade. Il critique Montesquieu, Buffon, J.-J. Rousseau, parce qu'ils font trop parler d'eux.
1. Leltres à CideviUe, i5 nov. ITdS, et à Bernis, 26 juin 1702. A M""" du Deffand (12 avril 1760) il parle du plaisir « de voir verdir de vastes prairies et rroitre de belles maisons : c'est la véritable vie de l'homme ; tout le reste est illusion. »
24 COURS DE LIÏTÉKATURE
Cependant nul n'a plus admiré leurs qualités. Son goût leur rend alors plus que son humeur ne leur a ôté, et sa justice fait plus de bien que sa partialité n'a fait de mal. Aussi je ne sache pas de meilleur guide que sa Correspondance pour apprendre à lire et à juger les écrivains des deux derniers siècles et Voltaire lui-même*.
Le gofit critâquc et le stjle dans la Correspondance»
Il semble pourtant qu'un homme si personnel ne puisse cire un bon critique. Montesquieu du moins lui refuse ce mérite : « Il a trop d'esprit pour m'entendre, écrivait-il à Tabbé de Guasco (8 août 1752); tous les livres qu'il lit, il les fait; après quoi il approuve ou critique ce qu'il a fait. » Lui-même, Voltaire écril : « Un excellent critique serait un artiste qui aurait beaucoup de science et de goiU, sans préjugés et sans envie. Cela est difficile à trouver 2. » S'il a du goût, ^ un certain « bon » goût qu'il faudra définir, — a-t-il beaucoup de science et beaucoup d'impartialité?
Sa science littéraire n'était pas égale à sa science historique. Où et quand l'eût-il acquise? L'instruction élégante, mais superficielle, qu'il avait reçue chez les jésuites de Louis-le-Grand ne pouvait servir de fondement solide à des connaissances plus étendues et précises. Ses maîtres étaient des latinistes, non des hellénistes, et Voltaire avoue qu'il est « l'Iiomme du monde le moins grec »; il fait plus, il le prouve, dans cette même lettre adressée à un traducteur de Pindare^, où le grand lyrique grec n'est plus que le premier violon du roi de Sicile Hiéron, l'inintelligible et boursouflé Thébain. Il est vrai que Perrault, dans ses Parallèles, avait plaisanté sur « le galimatias impénétrable
1 . M. Lanson a dit aussi : « Les lettres que Voltaire a érrites sur des sujets littéraires, il Frédéric II, à M°" du Deffand, à tant d'autres, sont particulièrement exquises. Ce n'est pas que le goût de Voltaire soit irréijrochaljle : Vultaireest un classique (le décadence; lia des préjugés étroits qui le rendent injuste envers de grands talents, aveugle à des beautés éclatantes. Mais, à tout prendre, peu d'tiommes eurent le poi'it ]dus tin, et jugèrent les œuvres littéraires avec plus de bon sens et de délicatesse. Ses erreurs et ses partis pris sont moins choquants dans ses lettres, ou la sincérité, la vivacité de l'impression, font passer les exagérations; on pardonne à cette verve qui s'emporte, et qui condamne sans appuyer. »