‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 117 sur 153 · Dictionnah'e philosophique, art. Critique · texte numérisé non relu

Dictionnah'e philosophique, art. Critique

.■>'. A Cliabanon, !1 mars 177-2. Dans l'Epître dédicatoire des Lois de Minos i Richelieu, il écrit : « Comme il sait le grec aussi bien que moi... » Ce doit être une ironie, Richelieu n'avait pas [dus appris le grec que Voltaire à Louis-le-Urand. Mais M. l'ierron, dans Xoltaire et ses Maîtres, triomphe avec trop de fracas de tette demi-ignorance.

de Pindare ». Disciple du xvii^ siècle à tant d'égards, Voltaire n'a pas reçu de ses maîtres en héritage leur culte pour l'antiquité. Il juge les classiques anciens en moderne irrévérent, et n'est classique que par son respect pour les classiques modernes de France. Cependant, quand on l'enferme à la Bastille, il demande qu'on lui fasse parvenir un Homère et un Virgile. « Ces deux auteurs, écrit-il à Tliiériot (1717) sont mes dieux domestiques, sans lesquels je ne devrais point voyager. » Distinguons entre ces dieux. Comme il se croit destiné à donner une épopée à son pa3'S, il lit de près les épiques; mais, par nature, il comprend peu les épiques vraiment primitifs. Il ne lisait pas Homère en homme inintelligent, puisqu'il semble avoir entrevu l'hypothèse de la pluralité d'auteurs des poèmes homériques; mais il le lisait en philosophe du xviu'' siècle, et déclarait les dieux homériques « ridicules aux yeux de la raison ». Par suite, la grandeur, plus épique encore que dramatique, du Promélhéc d'Eschyle, lui échappait. On a vu qu'il ne rendait même pas justice à Sophocle, et que, d'une façon générale, le théâtre français lui paraissait une imitation plus vraie de la « nature » que le théâtre grec. Ce mot de « nature » prend des sens bien variés selon qu'il est employé par Boileau et par Fénelon, parla Fontaine et par Voltaire. Pai' exemple, Voltaire défluit ainsi le goiJt : « Le meilleur goût en tout genre est d'imiter la nature avec le plus de fidélité, de force et de grâce'. » Mais imitera-t-on la nature telle qu'on la trouve chez Démosthène, que Voltaire n'entend guère -, ou chez Cicéron, dont il parle souvent avec éloges? Chez Virgile elle n'est plus ce qu'elle est chez Homère, et il n'hésitait pas à préférer le naturel viigilien, où il entre plus d'art. Il n'en sentait peut-être pas toute la profondeur de sensibilité; mais, à coup sûr, il n'était pas indigne de comprendre le génie de Virgile, celui qui commençait une lettre à M°"= du Deffand (19 mai 1754) par ce bel éloge et ce bel élan :

Savez-vous le latin, Madame? Non : voilà pourquoi vous me demandez si j'aime mieux Pope que Virjjiie. Ah! Madam.e, toutes nos langues modernes sont sèches, pauvres et sans harmonie, en comparaison de celles qu'ont parlées nos premiers mailres, les Grecs et les Romains. Nous ne sommes que des violons de village. Comment voulez-vous, d'ailleurs, que je compare des épitres à un poème épique, aux amours de Didon, à l'embrasement de Troie, à la descente d'Énée aux enfers? Je crois l'Essai sur l'homme, de Pope, le

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