Introduction ù l'histoire de l'homme
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parti. Il les loue et les critique, les encourage ou les contient, heureux de les voir s'élever et s'identitler avec lui. Aussi lui demeuraient-ils fidèles, sentant tout ce qu'ils devaient à la douce tyrannie de son contrôle. Son amitié pour les présidents de Brosses et de Rufîey fut de celles qui, commencées avec la vie, ne finissent qu'avec elle. C'est à Ruffey que sont adressées les premières lettres de Bull'on, lettres parfois assez libres de Ion, pleines de traits satiriques et de médisances. Ces contidences amicales se prolongent pendant plus de cinquante années. Rutfey défendait la gloire de son illustre ami, comme si elle eût été sienne. On est touché de voir Buffon, dans une vieillesse avancée, lui écrire avec une vivacité toute juvénile : « C'est depuis environ soixante ans que nous nous aimons, et j'espère que nous signerons encore 1800 comme 1780; » et en 1783 : « Mon cher ami, l'àme ne vieillit pas ^ » Son attachement pour de Brosses, moins tendre, n'était pas moins solide. Ce qu'il aime en lui, c'est l'intelligence érudite, le goût des vastes sujets. Mais la société qu'il aime surtout, c'est celle des femmes, de sa sœur, M™*^ Nadault, de ses amies. M™" Guéneau, Daubenton, Necker. A celle-ci surtout vont ces lettres d'une galanterie si délicate, où le gentilhomme revit. Au lendemain d'un retour à Monlbard '2o juillet 1779), il lui écrit :
.Je suis bien arrivé ; mais, comme les grands regrets font faire des réflexions profondes, je me suis demandé pourquoi je quittais volontairement tout ce que j'aime le plus, vous que j'adore, mon fils que je chéris. En examinant les motifs de ma volonté, j'ai reconnu que c'est un principe dont vous faites cas qui m'a toujours déterminé : je veux dire l'ordre dans la conduite, et le désir de finir les ouvrages que j'ai commencés et que j'ai promis au public : car je suis ici dans une solitude absolue, sans autre compagnie que celle de mes livres, compagnie fort insipide, surtout les premiers jours. Vous pourriez croire que c'est l'amour de la gloire qui m'attire dans le désert et me met la plume à la main; mais je vous proteste, ma belle et respectable amie, que j'ai eu plus de peine à vous quitter que la gloire ne pourra jamais me donner de plaisir, et que c'est le seul amour de l'ordre qui m'a déterminé. Je mets mon bonheur à vous faire part de ce qui se passe dans mon cœur, et je demande au votre quelques mouvements de tendresse et d'amitié. Mille respects à M. Xecker; je fais tous les jours des vœux pour sa gloire.
Dès qu'ils s'étaient rencontrés dans ce milieu, dont les frivolités et le tumulte leur déplaisaient également, ces deux esprits avaient senti à quel point ils étaient faits pour se comprendre. Tous deux étaient graves, sincères, froids en apparence, pas-