Lettres ù de Brosses, Il févr. I7(il et 7 mars I7CS
invincible. C'est par des railleries qu'il accabla le grand railleur, dans ses Preuves de la théorie de la terre. Plus tard, il se repentit d'avoir répliqué sur ce ton, qui ne lui était pas habituel. Aussi déclare-t-il à de Hrosses {1 mars 1708) qu'il ne lit même plus les « sottises » de Voltaire. Celui-ci, qui n'avait pas voulu, disait-il, se brouiller avec BufTon pour des coquilles, n'en continuait pas moins à le harceler dans une série de légers écrits, dont il suffit ici de citer les titres : la Béfeme de mon oncle (1767, ch. xix); des Singidarllés de la nature (1768, ch. xi, xii, xvii); les Colimaçom du R. P. l'Escarbotier (1708, .3° lettre); l'Homme aux quarante écus (1768, ch. vi) ; Précis du siècle de Louis XV (1769, ch. XLUi). Il ne pardonnait pas à Bulîon d'avoir eu raison contre lui.
En 1774, enfin, Guéneau ménagea entre eux une réconciliation qui ne fut jamais, comme l'avoue Voltaire lui-même, qu'un « raccommodage mal blanchi ». Dans une lettre d'une emphase calculée, BufTon s'était prosterné devant Voltaire 1^'''; Voltaire était resté debout et découvert devant le jeune fils de Butfon, envoyé à Ferney comme ambassadeur de paix. Mais ces démonstrations sentaient l'eliort, et les deux puissances restaient défiantes. Aussi changeant que l'opinion, qu'il dirige et qu'il suit, Voltaire continuait sa marche aventureuse; Butfon, satisfait de rentrer dans la paix d'où il n'aurait pas voulu sortir, retournait à son œuvre un moment troublée.
Par affinité de génie, il préféra aux auteurs qui « écrivent excellemment sur des choses superficielles- », les penseurs profonds. Ce qu'il estime surtout dans Jean-Jacques Rousseau, c'est l'élévation de la philosophie ; mais il regrettait que cette hauteur d'idées et de style n'allât pas sans quelque emphase et que les Confessions lui eussent appris à ne plus estimer leur auteur. Il était plus surpris encore que tlatté, quand Rousseau se prosternait devant la tour de Monlbard; dans ses romans il trouvait « bien du rabâchage ». Il applaudissait à plus d'une idée généreuse; mais les déclamations contre la société civilisée le laissaient froid, et ses railleries n'épargnaient pas <c l'un des plus fiers censeurs de notre humanité^ ».
1. Lettre du 12 novembre 1774. Il y a un sixain de Voltaire, adressé à Guéneau, ù l'occasion de la réconciliation ménagée par lui. Au reste, par des lettres de Voltaire au chevalier Haniilton et au baron de Fougères (1773 et 1776) et par \es Dialogues fJ'Evhémère (1777) on peut voir que Voltaire n'a pas absolument désarmé.