Lettre à M""» Xecker, 2 janvier
3. Lettre à de Brosses, Il fovr. 17(51. — Histoire naturelle : l'Homme. Le nom de Buffon est cité avec éloge dans l'Emile et le Discours sur l'inégalité. Hérault de
Plus voisin de Montesquieu par le sérieux du caractère et l'unité de l'oeuvre accomplie, plus indifférent aux critiques personnelles, il était aussi sensible aux « tracasseries théologiques' )>,et l'on sait qu'elles ne lui furent pas épargnées. Pourtant, dans un temps sceptique, Bu (Ton ne faisait pas profession de scepticisme. Plus que les philosophes contemporains, il observe, suivant le mot de Chateaubriand, les bienséances de la religion. Il ne pénètre pas moins avant dans le fond des choses, mais il respecte davantage les formes extérieures. Exact dans ses pratiques, il veut qu'on l'imite autour de lui. Il évite jusqu'à l'apparence du prosélytisme philosophique, persuadé que « la première de toutes les religions est de garder chacun la sienne- ». Quelle est sa religion à lui? 11 n'est certainement pas un matérialiste ; partout, et particulièrement dans Vlnirodiiction à l'histoire de l'homme et le Discours sur la nature des animaux, il distingue deux principes, l'un matériel, qui ne saurait se connaître, l'autre spirituel, rayon atTaibli, mais encore divin, de la lumière supérieure. L'existence de l'àme non seulement lui est démontrée, mais lui semble moins douteuse que celle de notre corps. 11 établit une dislance infinie entre les facultés du plus parfait animal et celles de l'homme, qui, seul, forme une classe à part. Il ne parait pas mettre plus en doute l'existence d'un Dieu « source unique de toute lumière et de toute intelligence-' », et son invocation à ce Dieu, dans le Discours sur la nature, est sincèrement émue :
Grand Dieu, dont la seule présence soutient la nature et maintient l'harmonie des lois de l'univers ; vous qui, du trône immobile de l'empyrée, voyez rouler sous vos pieds toutes les sphères célestes sans choc et sans confusion : qui, du sein du repos, reproduisez à chaque instant leurs mouvements immenses, et seul régissez dans une paix profonde ce nombre intini de cieux et de mondes, rendez, rendez enfin le calme à la terre agitée! qu'elle soit dans li' silence! Qu'à votre voix la discorde et la guerre cessent de faire retentir leurs clameurs orgueilleuses !
Dieu de bonté, auteur de tous les êtres, vos regards paternels embrassent tous les objets de la création; mais l'homme est votre être de choix, vous aviv. éclairé son àme d'un rayon de votre lumière immortelle; comblez vos bien-
Sénhelles lut dans le salon de Buffon un parallèle entre BufTon et Rousseau. On a de Hull'on à Rousseau, alors nialheureus et persécuté (13 oct. 1703), une lettre pleine de la sympathie la plus chaleureuse.
1. Lr-ttre à l'abbé Leblanc, i'-i juin 1750. Montesquieu, dont pourtant Buffon n'aimait çuere le style « asthmatique «, est loué en plusieurs passag-es di; la Clorrcspondance. Dans une lettre à Mgr Cerati (17 janvier 17o0), Moiitesiiuicu juge à sou tour BuiVon, mais dans les termes les plus réservés.
ii. Lettre à M'"" Necker. il mars 1774.
3. Quadrupi''des : -Vos indiyriws domestiques, discours général.
l'ails en pénétrant son cœur d'un trait de votre amour; ce sentiment divin, se répandant partout, réunira les nations ennemies; l'homme ne craindra plus l'aspect de l'homme, le fer homicide n'armera plus sa main; le feu dévorant de la guerre ne fera plus tarir la source des générations; l'espèce humaine, maintenant affaiblie, mutilée, moissonnée dans sa fleur, germera de nouveau, et se multipliera sans nombre; la nature, accablée sous le poide lies fléaux, stérile, abandonnée, reprendra bientôt avec une nouvelle vie son ;incienne fécondité : et nous. Dieu bienfaiteur, nous l'observerons sans cesse )iour vous offrir à chaque instant un nouveau tribut de reconnaissance cl; d'admiration.
11 faut tenir pour suspectes les révélations crUérault de Séchelles, à qui Hiiiron aurait dit : « J'ai toujours nommé le <".réateur; uiais il n'y a qu'à ôter ce mot, et mettre à la place la puissance de la nature ». A défaut d'une croyance ferme, Buffon avait trop de prudence pour faire profession de ïoi d'athéisme ou de pantliéisme. Mourant, il rendait hommage au « souverain Être )), dans une dernière lettre à ^1'"*= i\ecker(ll avril 1788). Mais son déisme a pu sembler un peu vague. Le Dieu que son esprit conçoit n'est pas ce Dieu sensible au cœur, que Pascal adore; ce n'est j)as davantage la Providence toujours active de Bossuet. S'il n'attaque pas le surnaturel, il s'en passe : il n'y a point de place pour le miracle dans son système. D'autre part, s'il est spiritualiste, il ne l'est pas à la façon d'un stoïcien chrétien, qu'inquiète le problème de la destinée humaine, mais plutôt à la façon d'un épicurien qui s'est fait un idéal de vie noblement sereine et accueille sans trouble l'idée de la mort. Ce n'est donc pas par la fermeté de son orthodoxie que Buffon se distinguerait des philosophes de 'son temps; peut-être même était-il plus vraiment philosophe qu'eux. Mais cà un esprit libre il joignait un caractère timoré, et sa circonspection voilait la portée lointaine de son œuvre.
En politique comme en religion, esprit libre, mais non pas indiscipliné, il respecte jusqu'aux traditions que sa raison désavoue. 11 est détaché des préjugés de naissance. Ce qu'il admire dans ses voyages à Nantes et à Bordeaux, c'est l'activité de la bourgeoisie commerçante, dont la façon de vivre lui parait la plus raisonnable. Ce qui l'y blesse, c'est le mépris ridicule i| n'affectent pour le négoce des comtes ou marquis d'un champ ou d'une métairie, petits-maîtres en qui s'unissent orgueil et gueuserie^. Toujours il sut juger les hommes de sa caste avec cette impartialité sévère. Jamais il n'exigea rigou-