‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 131 sur 153 · I. Minéraux : le Diamant. Cf. Quadrupèdes : la Girafe · texte numérisé non relu

I. Minéraux : le Diamant. Cf. Quadrupèdes : la Girafe

li. Minéraux : le Fer.

physionomie originale. Villemain signale l'affinité du génie de BufFon avec celui des anciens :

Voici ce que nous raconte Hume de l'impression que fit en lui la partie la plus conjecturale des ouvrages de Buffon : la Théorie de la Terre : k J'étais, dit-il, arrivé par mes réflexions à un état de scepticisme complet, lorsque je reçus ce livre; et ce me fut une surprise extraordinaire de voir que le génie de cet homme donnait à des choses que personne n'a vues une probabilité presque égale à l'évidence. Gela me paraît, je l'avoue, un des plus grands exemples de la puissance de l'esprit humain. « Cette grandeur imposante el; si bien attestée par Tétonnement naïf de Hume, nous parait le signe caractéristique du génie de Buffon. Par là aussi, Buffon appartient bien plus à la famille des philosophes anciens qu'à celle des savants et des nomenclateurs modernes. Il commencerait volontiers son ouvrage comme Emi)édocle, par ces mots : « J'écris de l'univers. >> Ni l'infini du monde réel ni l'infini du possible n'effrayent son imagination. Il entreprend de tout raconter, en remontant aux causes de tout ; et, dans une tâche où l'immensité des faits accable, il ajoute sans crainte l'immensité des hypothèses.

Comme les premiers philosophes de la Grèce, il écrit « de la Nature ». Mais, comme eux, il vient trop lot pour une synthèse dont l'analyse n'a pas encore fourni tous les éléments. Comme eux, il construit un système de toutes pièces, avec plus de rigueur scientifique, mais avec la même ambition, que seule assouvit la vue de l'infini. Aristote lui semble plus précis, plus intelligible que Platon'; mais le génie du « peintre d'idées » a plus d'affinités avec le sien. Pline, « esprit fier, triste et sublime », a voulu trop embrasser, et trop abaisser l'homme pour exalter la nature; mais Butfon ne peut se défendre de lui envier « cette facilité de penser en grand, qui multiplie la science- ». Luci^èce semble avoir donné à l'auteur des Epoques de la nature l'éclat poétique dont il illuminait les problèmes les plus arides. Plus savant et moins hardi dans la négation, surtout plus paisible, Buffon est pénétré d'un égal enthousiasme pour son œuvre et les bienfaits dont l'humanité lui sera redevable. Jadis, il eût été le plus moderne des anciens; égaré dans le xviii" siècle, il est le plus ancien des modernes.

Aussi se plaît-il à humilier ses contemporains devant les naturalistes de la Grèce ou de Rome. Ce qui fait leur supériorité à ses yeux, c'est qu'ils « rapportent tout à l'homme mo-

\. L'Homme : la Génération. Cf. le Discours sur la manière d'étudier et de traiter r histoire naturelle, et les Oiseaux de proie : l'Orfraie. « L'Histoire des animaux il'Aristote est peut-être encore aujourd'luii ce que nous avons de mieux fait en ce fr<Mirc... il n'y a guère de faits dans V Histoire des animaux d'ArLstote qui ne soient vrais, ou iju moins qui n'aient \in fondement de vérité... Aristote voyait bien et disait M'ai presque en tout. <> Sur les Grecs, voir la Poule sultane.

1. Quadrupèdes : le Castor. — Discours sur la manière d'étudier et de traitei' 'liistoire naturelle.

rai )>; ce qui le rapproche d'eux, c'est un commun amour pour les « grandes vues » el un commun dédain pour ces « détails )> qui ne permettent rien au génie '.Il est vrai que les modernes ont créé des méthodes nouvelles de classification. Mais Bulfon repoussait ces méthodes compliquées et factices. II n'y recourut qu'à la dernière extrémité, quand il se trouva aux prises avec les innombrables espèces des oiseaux : même alors, il n'y vit que des procédés momentanément commodes, car « la Nature n'a ni classes ni genres : elle ne comprend que des individus. Ces classes et ces genres sont l'ouvrage de notre esprit... En réalité, il n'y a que des individus et des suites d'individus, c'està-dire des espèces ». Bulïon s'étonnait, s'indignait même que l'homme osât porter dans les ouvrages du Créateur les abstractions de son esprit borné, qu'il prétendit établir entre les êtres les plus diiïérents des rapports arbitraires. Il raillait cet ordre mystérieux, « enveloppé de grec et d'érudition », ces formules étroites, sorte de filet scientifique, où. l'on s'imaginait renfermer l'immensité de la nature, « plus riche que nos idées, plus vaste que nos systèmes- », plus étonnante joar ses exceptions que par ses lois.

S'il était permis d'imiter ceux que BufTon poursuit de ses épigrammes, ÏHistoire naturelle tout entière pourrait être ramenée aux deux propositions suivantes : la Nature est simple, et sa simplicité se démontre par la comparaison des espèces. La Nature est variée, el sa variété se prouve par la description des individus. Comparer et décrire, voilà toute la méthode de Buffon, si c'en est une toutefois. La comparaison lui donne les rapports, la description les différences.

« Ce n'est qu'en comparant que nous pouvons juger, » a-t-il écrit 3. A vrai dire, son œuvre n'est qu'un rapprochement perpétuel, une perpétuelle confrontation de toutes les espèces, de tous les pays, de tous les temps. Sous la confusion apparente des phénomènes et des êtres, il découvre le lien qui les unit; car « rien n'est vide, tout se touche, tout se tient dans la nalure », et Bulfon proclame la parenté « de toutes les générations sorties du sein de la mère commune^ »; précurseur du transfor-

1. Quadrupèdes : discours général. — Oiseaux : avertissement de 1773.

2. Introduction à l'histoire de l'homme. — Quadrupèdes : le Moulton, les Singes, préambule; les Tatous; le Cochon. — Oiseaux : le Coq, le Secrétaire. — I)is- ■cours sur la manière d'étudier et de traiter l'histoire naturelle.

■i. Introduction à l'histoire 'le l'homme.

4. Oiseaux: le Cariama, le Pingouin. — Disco)irs sur la manière d'étudier et de iruiter l'histoire naturelle.

misme, il va jusqu'à écrire : « On peut descendre par des degrés presque insensibles de la créature la plus parfaite jusqu'à la matière la plus informe. » Ainsi de l'analyse il remontait à la synthèse et ressaisissait, à travers la diversité apparente des êtres, l'harmonie du plan général. Au sommet de l'échelle des êtres apparaît l'homme; à l'extrémité inférieure, le minéral. Entre eux, rien n'est commun, si ce n'est la vie, et cependant, à considérer l'uniformité du plan général, on dirait que Dieu a voulu « n'employer qu'une idée et la varier en même temps de ; toutes les manières possibles, afin que l'homme pCit admirer également et la magnificence de l'exéculion et la simplicité du dessein 1 ». L'unité de la nature fait donc l'unité du système de Buffon, unité vraie et profonde, égale, sinon supérieure, à . celle qui vient des méthodes. Il ne s'en contenta point, et en \ rechercha une autre plus factice, mais par cela même plus propre à servir ses vues systématiques.

Pour comparer tant d'objets divers, il fallait un terme de comparaison unique. L'Histoire nalurellc n'est que l'histoire de la nature considérée par rapport à l'homme. Jamais l'homme n'y est perdu de vue; toutes les études particulières tendent à lui, et à lui seul; toutes les divisions de l'ouvrage n'ont pas d'autre raison d'être : << Il nous est plus facile, plus agréable' et plus utile de considérer les choses par rapport à nous que sous aucun autre point de vue. » L'ordre le plus naturel sera donc d'étudier les objets et les êtres qui nous entourent à proportion des rapports qu'ils ont avec l'homme et de l'utiHté qu'il en peut tirer. Pour que la grandeur de l'homme soit mise dans tout son jour, il importe que le cadre où elle se manifeste soit digne d'elle. Avant de le connaître lui-même, il importe de connaître le théâtre de ses exploits, le domaine dont il est le maître. Ainsi s'explique la curiosité ardente de Butlon pour tout ce qui touche aux origines de la terre. Jeune, il s'eu préoccupe; vieillard, il y revient, et \q?, Éfoques delà nature sont le couronnement ou, si l'on veut, le frontispice de ce monument construit par l'homme et pour l'homme. Les six premières époques ne sont elles-mêmes qu'une magnifique introduction à la septième ; l'histoire de la matière, dans ses transformations primitives, n'a pour but que de préparer l'entrée sur la scène du monde de l'être intelligent qui va vivifier cette masse inerte, et la marquer pour toujours de son empreinte.

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