Lettre au président Ilénault, U août )7.'j
2. Lettre à Guasco, 10 mars et 4 oct. 175i, et 28 sept. 1753.
3. Lettre à M:;'' Cerati, juin 1745. Le 24 nov. 1749, Montesquieu écrit au même correspondant une lettre un pou réservée, mais bionveillanto. sur l'Histoire naturelle. Ce qu'il aimait tlans Paris, c'était le culte qu'on y avait pour l'intelligence et le mérite. i< Je hais Versailles, a-til dit, parce que tout le monde y est petit;
j'aime Paris, parce que tout le monde y est grand. » Il disait au jeune baron de Bielfeld (Lettres de Bielfeld, la Haye, 1703, t. IIj que le séjour de la capitale le conduisait au tombeau, mais par un chemin, semé de Heurs,
voir où reposer sa tête... Le bon esprit vaut mieux que le bel esprits » c'est-à-dire: Montesquieu, paisible châtelain de la Brède, est plus sage et plus heureux que l'errant Voltaire. Sans doute, mais Voltaire s'irrite et se révolte là où Montesquieu se résigne et sourit. Et Voltaire est souvent un bon esprit, et il arrive à Montesquieu d'être bel esprit aussi, car, n'étant ni un grand seigneur, comme BufTon, ni un souple et brillant homme du monde, comme Voltaire, il fait etTort pour ne sembler ni trop magistrat ni trop campagnard, quand Paris l'appelle et le retient.
Grand seigneur, il ne demanderait pas mieux pourtant que de le paraître : il nous confie que son nom n'a guà-e que deux cent cinquante ans de noblesse prouvée, mais qu'il y est attaché, et qu'il fait faire « une assez sotte chose », sa généalogie; il parle le plus sérieusement du monde de ses pères et de ses vassaux; il affecte d'être « honteux » de ses livres quand il les a faits et de ne pas les signer. On le désobligerait beaucoup si on laissait penser qu'il est l'auteur du Temple de Gnide-. Cela se conçoit. Nous concevons encore qu'il ne puisse se résoudre à faire imprimer son roman d'Arsace et Isménie^. Mais les Considérations, ['Esprit des lois? En tout cas, on ne peut lui reprocher d'avoir connu les petites vanités et rivalités des hommes de lettres contemporains ; il loue avec chaleur les Considérations deDuclos*, le Discours préliminaire de d'Alembert; il demande, en 1762, une pension pour Piron, « aveugle, infirme, pauvre, marié, vieux » ; il est modeste et tolérant, dans un temps et dans un monde où on l'était peu. On est supris et charmé, dans les Lettres persanes (144), de voir une page satirique s'achever sur un mouvement ému :
Je trouvai, il y a quelques jours, dans une maison de campagne où j'étais allé, deux savants qui ont ici une grande célébrité. Leur caractère me parut admirable. La conversation du premier, bien appréciée, se réduisait à ceci : « Ce que j'ai dit est vrai, parce que je l'ai dit. » La conversation du second portait sur autre chose : « Ce que je n'ai pas dit n'est pas vrai, parce que je ne l'ai pas dit. »
J'aimais assez le premier; car qu'un homme soit opiniâtre, cela ne me fait absolument rien; mais qu'il soit impertinent, cela me fait beaucoup. Le premier défend ses opinions; c'est son bien. Le second attaque les opinions des autres; et c'est le bien de tout le monde.