‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 141 sur 153 · C. de Litt. — Blffon · texte numérisé non relu

C. de Litt. — Blffon

Lorsqu'on jette un coup d'œil général sur M. de Buffon, on ne sait ce qu'on doit le plus admirer dans une entreprise si étendue, ou delà vigueur de son esprit, qui ne sefatiguajamais, ou de la perfection soutenue de son travail, qui ne s'est point démentie, ou de la variété de son savoir, que chaque jour il augmentait par l'étude. 11 excella surtout dans l'art de généraliser ses idées et d'enchaîner ses observations. Souvent, après avoir recueilli des faits jusqu'alors isolés et stériles, il s'élèveet il arrive aux résultats les plus inattendus. En le suivant, les rapports naissent de toutes parts.

Vico-d'Azyr, Discours de réception à l'Académie, H déc. 1788.

« On a dit souvent que M. de Bulfon avait dénaturé la prose, en lui prêtant mal à propos le langage de la poésie. Ce reproche éternel d'écrire poétiquement un ouvrage en prose sur la physique est fait pour séduire au premier abord; mais il faut commencer par écarter ce mot poétiquement, qui ne peut qu'embrouiller les idées. La question se réduit à savoir si l'on a tort d'employer un style très élevé quand on écrit sur la physique. Ces mots expriment encore une idée très générale, puisque la pliysique embrasse une infinité de parties, et chacune de ses parties une infinité de détails, dont la variété demande nécessairement plusieurs styles. Un écrivain qui s'élève ou qui s'abaisse avec son sujet ne mérite que des louanges. On doit le blâmer quand il n'y a point de proportion entre son style et le sujet qu'il traite. Ces principes une t'ois posés, il faut examiner si M. de BulTon s'est exprimé pompeusement dans les endroits qui ne demandaient que de la simplicité. Il faut examiner s'il u écrit V Histoire du siiuje ou du chien du même ton que l'Histoire de l'homme, la Théorie de la terre, les Époques de la 7ia(urc. et tout ce qui tient aux causes premiéies.

M.-J. CiiÉ.MER, Lettre aux auteurs du Journal de Paris.

Le style de Buffon est d'une perfection rare. Pour garder aussi

bien les convenances, pour n'èlre jamais ni trop haut ni tro]t bas, il faut avoir soi-même beaucoup de mesure dans l'esprit et dans la conduite.

Chateaubriand, Génie du christ ianisme.

Je laisse aux savants à examiner ce que Ruli'on a été dans la science; mais on convient qu'il en a embelli la langue; et ses hypothèses, qui depuis longtemps ne séduisent plus personne, n'ôtentrien au mérite de son style, qui, dans la partie descripti\e et historique de ses ouvrages, a toujours charmé ses lecteurs, dont la plupart ne peuvent guère savoir, ou même s'embarrassent peu s'il les a trompés. Il est du petit nombre des écrivains originaux qui ont donné à l'idiome qu'ils maniaient le caractère de leur génie, en même temps qu'ils l'appropriaient à des sujets nouveaux. Beaucoup d'auteurs avaient écrit sur la physique ; mais Buli'on fut le premier qui, des immenses richesses de cette science, ait fait celles de la langue française, sans corrompre ou dénaturer ni l'un ni l'autre. Son livre est, en ce genre, un trésor de beautés incomiues avant lui. Il y règne un ton d'élévation soutenue. Sa phrase a du nombre, et son expression a de la force. Ce sont là les qualités de son talent, auquel il n'a manqué, ce me semble, qu'un peu plus de souplesse el de tlexibilité,

La Harpe, Cours de littérature, Dix-huitième siècle, Philosophie, chap. i*"", sect. 3.

Buffon, écrivain grave et élevé, embrassant à la fois le monde planétaire et l'organisme animal, les phénomènes de la lumière et ceux du magnétisme, a été, dans ses expériences physiques, plus au fond des choses que ne le soupçonnaient ses contemporains.

Hlmboldt, Cosmos.

L'histoire naturelle écrite par Ténelon serait préférable du côté du style, et infiniment du côté des pensées, à celle de But'-.

4U ' COURS DE LITTEUATURE

Ion. C'était là la couleur convenable : la différence de la noblesse et de la majesté; la noblesse est une majesté plus naturelle... Après avoir lu du Chien, du Chat, et un discours généra sur les animaux sauvages, nous pensons que le style de Butfon n'admet ni le doux ni le comique, qu'il ne regarde en tout que l'utilité à nos intérêts, pour ainsi dire, pécuniaires. Le bonheur du sentiment semble ne point exister pour Butî'on; il est sec et tendu; il vise à la majesté : c'est le style qui conviendrait à un gouvernement. Nous ne voyons rien à imiter en lui; nous croyons même que, pour écrire l'histoire naturelle, le ton doux, tendre, touchant, d'un bon Allemand, vaudrait mieux que celui de Hulfon.

Stendhal, Racine et Shakespeare^

L'histoire des travaux de Bulfon touche partout à l'histoire des travaux de Cuvier; ces grands travaux lient deux siècles. Bullbn devine, Cuvier démontre ; l'un a le génie des vues; l'autre se donne la force des faits ; les prévisions de l'un deviennent les découvertes de l'autre. Et quelles découvertes! les âges du monde marqués; la succession des êtres prouvée; les temps antiques restitués; les populations éteintes du globe rendues à notre imagination étonnée. Les travaux de Bullbn et de Cuvier sont, pour l'esprit humain, la date d'une grandeur nouvelle... Son véritable titre est d'avoir fondé la partie historique et desciiptive de la science. Et ici il a deux mérites pour lesquels il n'a été égalé par personne. Il a eu le mérite déporter le premier la critique dans l'histoire naturelle, et le talent de transformer les descriptions en peintures. Il ne se borne plus à compiler, comme on faisait avant lui, il juge; il ne décrit pas, il peint... Buffon est grand même par ses systèmes; car, à tout prendre, j'aime mieux une conjecture qui élève mon esprit, qu'un fait exact qui le laisse à terre, et j'appellerai toujours gi'ande l;i pensée qui me fait penser. C'est là le génie de Butfon et le secret de sa puissance : c'est qu'il a une force qui se communique; c'est qu'il ose, et qu'il inspire à son lecteur quelque chose de sa hardiesse; c'est qu'il met partout sous mes yeux le courage des grands efforts et qu'il me le donne.

Floure.ns, Histoire delà rie et des ouvrages de Bu/l'on; Carnier.

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